J'adore les Parisiens.
Je m'en suis rendue compte avant hier, en descendant de l'avion qui me ramenait de Varsovie. Je les trouve souvent désagréables, égoïstes, impolis, mais intellectuellement stimulants. Ils ont des avis. Ils construisent des avis, ils les construisent dans le débat, la dispute, la confrontation. Ils se frottent et s'agrippent les uns aux autres. Des plus désagréables, on apprend à sélectionner les gens que l'on fréquente. Des plus intelligibles, on découvre une aventure humaine d'une seconde ou d'une éternité.
Je le revis à chaque fois que je reviens de Varsovie. A chaque fois, avant de monter dans l'avion, à l'aéroport Chopin, je suis fâchée avec la ville. A chaque fois, quand je descends de l'avion, je me jure de ne plus jamais y retourner. Il y a ce décalage étrange entre Varsovie et moi. Ou plutôt : il y a ce décalage étrange entre ses habitants et moi. Une gêne. Je vis toute l'année dans un monde où l'Eglise ne décide plus de ce qu'on fait le dimanche. Où le mariage n'est pas l'étape incontournable précédent la vie de couple. Où il est admis que l'homosexualité existe. Où les filles qui se font sauter le jeudi soir dans les soirées étudiantes assument. Où le fait d'enlever les signes religieux des bâtiments publics n'est plus une question. Où tous finissent par se ressembler, mais par leur quête de la différence.
Oui, bien sûr, il s'agit là d'un tableau quelque peu manichéen auquel il convient d'ajouter les nuances que constituent mes amis jeunes et ouverts d'esprits et anticléricaux d'un côté ainsi que mes connaissances frontistes ou presque ou catho-coinços de l'autre.
Malgré ces nuances, je reste souvent mal à l'aise dans les débats d'idées étriquées dans lesquels je prends souvent le contrepied des courants dominants, parfois par pur esprit de contradiction. Je repars donc souvent de Varsovie avec ce sentiment de ne pas réussir à rentrer dans ce moule-là, ce moule dont je ne suis pas censée dépasser mais pour lequel je n'ai pas l'air à la bonne forme.
Me voilà alors grommelante, frustrée, ermite, à Paris. Une nuit de sommeil, et ça va mieux. Pas encore réconciliée, mais moins en colère.
Et tôt ou tard, je croise quelqu'un qui part à Varsovie, et qui me demande de lui en parler. J'hésite toujours un peu, parce que c'est très intime, ça revient à ouvrir son coeur en devenant bavarde d'itinéraires, d'anecdotes, de petits détails à distinguer. J'éprouve un plaisir certain à parler de ces murs. J'éprouve ces murs, j'y trouve une émotion que je ne trouve pas ailleurs, cette impression d'appartenir à un lieu et d'y être en équilibre : la plénitude.
Je ressens Varsovie.
Je pense souvent au tout début de ce blog, et comme les mots "ici c'est partout" m'avaient paru évidents quand je les ai entendus. Tout avait commencé par un déplacement, une quête, un avion. On pourrait dire que j'ai voyagé plus que d'autres depuis 8 ans. On pourrait dire que j'ai à tout prix voulu trouver une voie qui me soit propre. On pourrait dire c'est grâce à ça que je cerne qui je suis. Mais que ça m'angoisse de ne pas savoir où j'ai envie de l'être.

wow tu as mis des mots sur certains sentiments que je ressent quand je visite la Pologne. xox Ola de Canada.
RépondreSupprimerMerci, choupette ;)
RépondreSupprimerTrès beau texte, thanks for sharing.
RépondreSupprimerFollowing your tweets.
Merci beaucoup ;)
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