Pigalle, la nuit, c'est un peu mon repaire du moment. Pigalle, ses salles de concert, ses théâtre, ses bars à Absente. Son Sexodrome. Mes copines. Et surtout, ma copine pas vraiment coincée, mais plutôt un peu bourgeoise, un peu keukine, mais pas vraiment assumée.
Je sais qu'elle a des sextoys. Je ne sais pas exactement combien, et je ne suis pas sure qu'elle m'autorise à révéler ici lesquels. Admettons donc simplement que nous étions à Pigalle, et que je savais qu'elle avait besoin d'un jouet pour adultes partiellement couvert de moumoute et utile à qui veut entraver les mouvements de son ou sa partenaire.
Etant dans le bon quartier à une heure encore raisonnable pour un soir de semaine, j'ai eu l'impulsion merveilleuse de l'emmener dans un endroit mythique dans lequel elle n'avait jamais mis les pieds.
Hurlements.
- Non non, surtout pas, t'es malade !
Chantage.
- On y va ou je recouche avec mon ex. Je ne sais pas exactement avec quel ex j'ai menacé de recoucher, mais je suis sure d'en trouver un qui sera d'accord, et qui que ce soit, ma copine n'a pas envie d'être coupable de ça.
Prise de conscience.
- Laisse-moi au moins remettre mon serre-tête en perles pour me racheter une dignité.
C'est fou comme il peut être nécessaire de rappeler que la bourgeoise à dégivrer est un indémodable lieu commun du fantasme masculin, et donc qu'un serre-tête en perles devient, dans certains lieux, l'accessoire indispensable d'un déguisement érotique.
Nous voilà dans le Sexodrome. Mais juste le rez-de-chaussée, avec ses murs en plastique mauve clair et ses bacs de "Ma sorcière bien baisée" et autres "Enfileur des anneaux" à dépasser dès l'entrée.
Elle marche d'un pas rapide, son regard scanne les lieux et elle trouve ce qu'il faut au plus vite. Elle traverse la pièce à une vitesse impressionnante pour faire son choix. Arrivée face aux objets recherchés, elle m'interroge timidement.
- A ton avis, je prends quelle couleur ? La moumoute a l'air plus douce sur celles-ci, non ?
Son air paniqué à l'idée de se faire repérer me fait vite oublier l'idée de demander au vendeur de déballer le produit.
Je la laisse réfléchir en traînant dans l'infini arc-en-ciel de bites en plastique, regrettant profondément l'impossibilité de mettre son doigt dans les masturbateurs masculins, quand j'entends, d'un coup, derrière moi, un cri horrifié.
- Ah mais non ! Je ne peux pas, j'ai pas mon chéquier !
- Comment ça, pas ton chéquier ? Tu peux payer par carte, non ?
- Mais non, mes parents ont accès à mon compte sur internet.
- Des espèces ?
- Pas assez… Mais… Mais on reviendra, non ?
Ce que l'histoire ne dit pas, c'est où et comment elle a acquis ses premiers sextoys.


