Parmi ces grandes questions auxquelles j'ai dû faire face dans ma courte vie, la suivante m'a demandé un temps de réflexion tout particulier :
C'est quoi le pire, se passer de chocolat ou se passer de fromage ?
Le pire du pire, ça serait de ne pas avoir de fromage au frais, histoire d'en grignoter en travaillant, au goûter ou juste pour un petit plaisir impromptu avant de dormir. Le plateau de fromage avant le dessert sans doute
la tradition culinaire française devant laquelle mon côté polonais s'étonne toujours un peu, aussi, mais c'est peut-être ma tradition culinaire préférée. C'est simple : le bon fromage, c'est la vie, surtout quand c'est François Robin, chef fromager chez
Fauchon (et
accessoirement meilleur ouvrier de France 2011), qui en parle le temps d'une soirée. Là, le fromage devient poésie et les associations les plus inattendues font vibrer les palais.
Carré de Val de Meuse (au lait de vache) + Confiture de mirabelles au Gewützraminer + Spray de gin, par exemple. Du gin sur du fromage, tout à fait ma bonne dame, parce que ça relève le goût du Val de Meuse et contraste joliment avec l'onctuosité du mélange sucré-salé du fromage et de la confiture.
La suite de la soirée n'a été que feu d'artifice gustatif avec des couples vin-fromage absolument divins.
La pointe du fond : Ossau-Iraty ; les deux petits au centre : chèvre de la Tarentaise ;
le pavé au premier plan : Salers. En-dessous, euh... mon carnet.
Tout a commencé avec un ossau-iraty basque affiné dans un tunnel à chaux, beaucoup plus équilibré au goût que tous les ossau-iratys que j'ai goûtés jusque là, un peu plus forts, avec un Mersault Domaine Latour 2006 qui fait ressortir le côté crémeux et beurré du fromage.
Ensuite, nous avons dégusté un chèvre de la vallée de la Tarentaise, à deux affinages différents : l'un de juillet, l'un d'octobre 2010. François Robin ne nous a pas révélé tous les secrets de fabrication de ce fromage unique, mais nous avons appris que ces chèvres, très difficiles, ne se nourrissaient que de feuilles de myrtillier et de framboisier poussant à 2800m d'altitude. Évidemment, le fromage est unique, et celui d'octobre 2010 l'était encore plus pour moi, qui ai un petit faible pour les fromages de chèvres bien affinés et plutôt corsés. Le vin choisi par le sommelier, un Sauvignon de Loire domaine Gilbert dans lequel j'ai cru déceler un petit goût de foie gras, s'accordait à merveille avec les deux fromages.
Enfin, nous avons pu découvrir un Salers de tradition Marcel Taillé de mai 2010 avec un Savagnin du Jura du Domaine Labet de 2007. J'ai adoré le goût de ce fromage, mais la texture m'a moins convaincue, j'avoue préférer les fromages qui "se tiennent" bien, et celui-ci, comme on peut le voir un peu sur l'image, s'émiettait un peu plus en bouche.
Dernière petite gourmandise (ou presque) de la soirée : des dés de comté 18 mois trempés dans une réduction de porto et des graines de sésame blanc. Un mélange de textures et de parfums idéal et facile à reproduire à la maison !
Toute triste de n'avoir pu profiter des confitures présentées pour la dégustation, j'avoue avoir réclamé du fromage pour ne pas passer à côté de ce mélange sucré-salé que j'affectionne particulièrement. Ne me jugez pas, je suis sure que vous auriez fait pareil, c'était
Fauchon, c'était trop bon.
La figue & olive, ma préférée.
Pour faire honneur jusqu'au bout au sucré-salé fromager, de la fourme d'Ambert à la pâte de coing.
Et parce que
Fauchon fait les meilleurs
éclairs au monde (je ne les ai pas tous goûtés, certes, mais je vois très mal comment quelqu'un pourrait faire mieux), nous avons goûté, au dessert, l'un des derniers nés de la maison : l'éclair Paris-Brest, version modernisée du gâteau créé à l'occasion d'une course de bicyclette et donc rond comme une roue de bicyclette. J'adore le Paris-Brest, mais je suis souvent déçue par la crème qui crie "beurre". Chez Fauchon, évidemment, la crème crie "praliné", elle est onctueuse, la pâte à choux est légère, les noisettes sont croquantes, et le sucre glace ne m'a pas dérangée, ce qui est le cas d'habitude. Il y a un mot pour les moments où j'aime le sucre glace, il commence par "mir" et finit par "acle".
Fauchon, 30, place de la Madeleine, Paris
PS : En plus, en décembre, François Robin fait son propre brie aux truffes. Je peux pas t'en parler, tu comprendrais pas. Va goûter, c'est un ordre.