Le banquet des vampiresHors d’œuvre : Le milieu du cinéma, comme la nation entière, s’est divisé en deux camps, et c’est à celui qui criera le plus fort. Les uns sont pour envoyer le réalisateur en taule, les autres considèrent le talent et une liste de récompenses fournissent une prestigieuse excuse, du rot à la pénétration de mineurs. Dans la biographie de Roman Polański écrite par Christopher Sandford, on découvre que la question que le petit Roman adorait poser aux filles était « Est-ce que tu baises ? ». Cette découverte littéraire devrait résonner aux oreilles des parents à peu près de cette façon : Tu envoies ton enfant à l’école, vérifie qu’aucun détenteur d’Oscar n’habite dans les parages. – Kuba Wojewódzki, agitateur professionnel
J’avais décidé de ne pas m’intéresser à l’ « Affaire Polański ». Trop de battage médiatique, et en fin de compte rien d’autre. Seulement, je me suis retrouvée en Pologne, entourée de 1001 couvertures sur l’histoire, et je suis sentie d’un seul concernée. Conclusion, j’ai acheté deux magazines (Polityka et Przekrój) et vu une émission à la télé pour avoir le point de vue de l’autre patrie du cinéaste. Plus, je pouvais pas, mes journées ne font que 24h, et croyez-moi, je le regrette.
Parmi les arguments qui semblent expliquer – et tentent de justifier – les actes du réalisateur, se trouvent son âme d’artiste, l’ébullition sociale des années 70.
Force est de constater que Roman, qui aurait subi après les faits, un réel lynchage médiatique aux Etats-Unis, a aujourd’hui les médias polonais comme soutiens indéfectibles ou presque. Ceux-ci d’ailleurs conseillent aux Etats-Unis de juger, mais de ne pas punir l’homme qui la plus grande partie de sa vie n’a pas fait de mal à une mouche.
Pourtant, ce n’est pas aux Etats-Unis que s’en prennent les articles. Tant que la demande d’extradition n’a pas été faite, que peut-on leur reprocher à part la présence d’un mandat d’arrêt froissé dans un tiroir suisse ?
Toute cette histoire est qualifiée de « typiquement suisse ». Pas faux, au fond. Peu d’autres pays ont à faire oublier de sombres histoires de banque. De plus, la Suisse a une ministre de la justice fermement opposée aux délinquants sexuels (contrairement à la Thaïlande, par exemple), et fait même interner des coupables après qu’ils ont purger leur peine de prison. Et malgré de légères dissonances au sein du gouvernement suisse – la ministre des affaires étrangères regrette le manque de finesse qui caractérise d’opération – c’est le pays l’un des pays les plus conservateurs qui s’oppose aujourd’hui à la France et à la Pologne.
La France et la Pologne, justement. Je me suis sentie concernée parce que j’ai compris que je partage une chose formidable avec un homme qui arrive à me faire pleurer pendant deux heures ininterrompues à chaque fois que je regarde le Pianiste. On a les mêmes passeports. Quoique, s’il ne va pas aux Etats-Unis, je ne vois pas ce qu’il ferait d’un passeport biométrique.
Considérant ce point commun entre Polański et moi, ma modestie s’est posée la question suivante : et moi dans tout ça ? Je n’ai rien fait d’aussi répréhensible par la loi que lui, mais je n’ai sûrement pas marqué mon art de la même façon, non plus. Alors évidemment, la question me taraude : si je fais une grosse bêtise, si je casse un gobelet dans un fast-food à côté de chez Barack, qui viendra me sauver??
J’avais décidé de ne pas m’intéresser à l’ « Affaire Polański ». Trop de battage médiatique, et en fin de compte rien d’autre. Seulement, je me suis retrouvée en Pologne, entourée de 1001 couvertures sur l’histoire, et je suis sentie d’un seul concernée. Conclusion, j’ai acheté deux magazines (Polityka et Przekrój) et vu une émission à la télé pour avoir le point de vue de l’autre patrie du cinéaste. Plus, je pouvais pas, mes journées ne font que 24h, et croyez-moi, je le regrette.
Parmi les arguments qui semblent expliquer – et tentent de justifier – les actes du réalisateur, se trouvent son âme d’artiste, l’ébullition sociale des années 70.
Force est de constater que Roman, qui aurait subi après les faits, un réel lynchage médiatique aux Etats-Unis, a aujourd’hui les médias polonais comme soutiens indéfectibles ou presque. Ceux-ci d’ailleurs conseillent aux Etats-Unis de juger, mais de ne pas punir l’homme qui la plus grande partie de sa vie n’a pas fait de mal à une mouche.
Pourtant, ce n’est pas aux Etats-Unis que s’en prennent les articles. Tant que la demande d’extradition n’a pas été faite, que peut-on leur reprocher à part la présence d’un mandat d’arrêt froissé dans un tiroir suisse ?
Toute cette histoire est qualifiée de « typiquement suisse ». Pas faux, au fond. Peu d’autres pays ont à faire oublier de sombres histoires de banque. De plus, la Suisse a une ministre de la justice fermement opposée aux délinquants sexuels (contrairement à la Thaïlande, par exemple), et fait même interner des coupables après qu’ils ont purger leur peine de prison. Et malgré de légères dissonances au sein du gouvernement suisse – la ministre des affaires étrangères regrette le manque de finesse qui caractérise d’opération – c’est le pays l’un des pays les plus conservateurs qui s’oppose aujourd’hui à la France et à la Pologne.
La France et la Pologne, justement. Je me suis sentie concernée parce que j’ai compris que je partage une chose formidable avec un homme qui arrive à me faire pleurer pendant deux heures ininterrompues à chaque fois que je regarde le Pianiste. On a les mêmes passeports. Quoique, s’il ne va pas aux Etats-Unis, je ne vois pas ce qu’il ferait d’un passeport biométrique.
Considérant ce point commun entre Polański et moi, ma modestie s’est posée la question suivante : et moi dans tout ça ? Je n’ai rien fait d’aussi répréhensible par la loi que lui, mais je n’ai sûrement pas marqué mon art de la même façon, non plus. Alors évidemment, la question me taraude : si je fais une grosse bêtise, si je casse un gobelet dans un fast-food à côté de chez Barack, qui viendra me sauver??
Et le film qui tombe est sorti il y a un an, que personne n'a vu, mais qui va à mon avis apprécier la polémique:
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