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vendredi 19 octobre 2012

fantastic lille3000 vu par ma mère.

Le titre de ce post est complètement mensonger : déjà, ma mère ne sait pas que je fais des trucs sur internet, donc je pourrais difficilement l'inviter sur ce blog. Ensuite, je vais vous raconter notre après-m à lille3000 en ajoutant les remarques de ma mère en bleu-comme-ses-yeux italique (et aussi de gens qu'on a croisés, héhé), qui m'a à la fois transmis son amour de la culture et de la désacralisation de l'art, domaine dans lequel elle tient une sacrée couche.
On a visité lors du weekend d'ouverture l'expo Phantasia au Tri postal, Babel au Palais des Beaux-Arts, et on vu pas mal des Métamorphoses Urbaines. De jour (détail de taille).
Récit (dans lequel il manque plein de noms d'artistes, but hey, on parle de ressenti !).


UFO, de Ross Lovegrove

jeudi 10 mai 2012

je suis une petite poupie d'immigrée.

(Vous avez le droit le passer la première partie.
Je ne dis pas que ce que j'y raconte est intéressant… mais c'est ma vie.
Rendez-vous après l'image, du coup.)

Quand j'avais 2 ans, à Varsovie, ma mère savait qu'on allait finir par rejoindre mon père en France, alors elle m'apprenait des mots, des phrases en français pour que je ne sois pas complètement perdue.
Quand j'avais 3 ans, j'étais l'enfant timide mais hyperactive de ma maternelle privée, celle qui n'arrivait pas à dormir pendant la sieste et qui touchait à tout parce qu'elle n'osait pas poser les questions.
Quand j'avais 4 ans et que je suis revenue en France en septembre après avoir appris à lire en Pologne et en polonais pendant l'été, ma mère était tellement agacée de me voir lire les enseignes françaises comme du polonais qu'elle m'a acheté la méthode Boscher, que j'ai finie avant mes 4 ans et demi.
Quand j'avais 5 ans, je savais lire et écrire, alors je suis entrée en CP, et je me suis beaucoup ennuyée. J'ai d'ailleurs passé la plus grosse partie de ma scolarité à m'ennuyer. La faute à ma maman qui, sentant le truc, a passé son temps à travailler avec moi le programme de l'année suivante à grands coups de cahiers de vacances. J'adorais ça.
J'étais tellement une enfant modèle que quand on a senti que je pouvais entrer dans une école de petits génies (entre le CE2 et le CM2), on m'a laissé le choix, et j'ai poliment décliné, parce que je sentais que ça m'isolerait encore plus des autres enfants (j'étais consciente d'être un peu lunaire).
A 15 ans, je commençais la peinture. Pour de vrai, je veux dire. Si on peut commencer "pour de vrai".
A 17 ans, je me faisais engueuler par mon prof d'histoire-géo (un ami des parents) parce que j'aurais pu majorer le bac dans mon lycée si j'avais eu des bonnes notes en sport.

On m'a très vite sortie du privéepour me mettre dans le public parce que c'était l'école de la République, celle de l'égalité des chances, et que quand on est fille de profs, on croit à tout ça. Alors même si je finis dans le privé, oui, c'est grâce à l'école publique que j'ai atterri dans une Grande Ecole. Grâce à elle aussi qu'un jour je volerai le travail d'un bon Français de souche, parce que je serai bien plus qualifiée que lui.

Grosse polémique autour de quelques fontaines Wallace
qui ont changé de couleur sur les sites de fanboys du patrimoine.
Ca résume bien mon propos.

J'ai été une enfant élevée dans l'idée que j'avais tout pour faire partie de l'élite de la France. Oui oui, gamine d'immigrés, et même immigrée moi-même, j'ai été élevée pour faire partie de l'élite de la France. Un choix fait par mes parents.

Un choix fait par ma maman, quand elle a choisi de rester en France, alors qu'elle était prête à quitter mon père et repartir en Pologne. Seulement il y a 18 ans, la Pologne était un pays où les gens de couleurs, même les enfants, étaient mal vus. Ma maman tenait à ce que je grandisse loin des insultes, et c'était plus simple en France. Alors elle a eu la nationalité française, aussi. On touchait les allocations familiales, ma mère bossait tant qu'elle pouvait, et puis elle est devenue prof des écoles. Un peu parce que ça devenait urgent d'avoir un boulot stable (pas de détails sur les circonstances), beaucoup parce qu'elle est pédagogue, qu'elle croit à l'importance des valeurs transmise par l'école et qu'elle aime. D'ailleurs, les électeurs de la bourgade où elle enseigne, malgré leurs 27% pour MLP au premier tour, trouvent qu'elle est une excellente prof. Sans doute oublient-ils qu'elle est l'une des premières à ne pas avoir été scolarisée en France et à avoir été titularisée en primaire.

Un choix fait bien avant par mon père, qui, après un détour par le Liban, a choisi de franciser son nom et de s'installer définitivement en France, où il avait étudié des années auparavant, parce que ça serait plus simple pour ces enfants, même s'il tenait un peu à cette vieille marque de noblesse africaine. Il s'est éloigné à l'occasion d'un héritage politico-familial trop lourd pour être détaillé. Il n'a jamais compris pourquoi ma soeur avait tenu à avoir le passeport d'un pays dans lequel elle n'avait jamais vécu. Disons simplement que des décennies après la chute de l'empire colonial, je pourrais décrocher mon téléphone pour obtenir une planque et ne plus jamais connaître le découvert de toute ma vie ou presque. Mais j'aurais l'impression de manquer une occasion de faire mes preuves.

Alors oui, il y a des jours où je me lève avec l'envie de tout plaquer, d'assouvir mes envies de changer d'air et de partir à Lille ou au bout du monde. Mais il y en a d'autres où je pourrais passer ma vie entière à Paris, et où je me sens un peu plus chez moi à chaque pas que je fais dans mon quartier. Mon boulot actuel, à la fois ouvert sur le monde et très parisiano-centré, y est pour beaucoup. J'ai souvent l'impression qu'au-delà de Paris, c'est la France que je travaille, et que Paris n'en est que la vitrine touristique.

Quand près d'un Français sur cinq a voté FN, je n'ai pas réagi. Parce que j'ai eu du mal à croire à ce ras-le-bol-là. Parce que je crois trop à l'intelligence et à la bonté de l'être humain pour croire que la haine et le désespoir (surtout le désespoir) peuvent aveugler au point de donner du sens à des idées aussi creuses. Et puis François Hollande a été élu. J'ai vu fleurir les réactions de gens qui avaient "honte d'être Français". Des gens que j'aimais bien, qui me faisaient sourire, pour qui j'avais du respect. Et qui m'ont fait beaucoup de peine. Parce qu'ils ont utilisé ces mots-là à la légère. J'étais heureuse, moi, que la démocratie ait pu parler. Bien sûr, on peut dire que François Hollande a été élu par moins de 50% des électeurs, mais par le jeu des abstentions et des bulletins blancs, il a gagné, c'est comme ça, c'est le jeu, c'est la loi.
Je n'y connais pas grand-chose en politique, je pense que de toute façon l'importance des échanges internationaux laisse peu de marge de manœuvre économique. Alors souvent, comme je suis jeune et qu'après il sera trop tard pour avoir des idéaux, je vote sur des valeurs, des idées. Des utopies, peut-être. Le droit des femmes, la culture, les immigrés, en autres.

Dans cette campagne, j'ai entendu des idées malsaines qui allaient à l'encontre de ce qui avait donné envie à mes parents de s'installer en France. Je me suis demandé comment on s'y retrouvait, nous, dans ma famille recomposée et internationale, où on a tous au moins un parent né ailleurs. J'ai pensé à ma belle-sœur, dentiste dans les beaux quartiers de Paris, espagnole, qui a fait sa demande de nationalité française "parce qu'on ne sait jamais, le climat se tend". Je me suis demandé comment je réagirais si on me demandait de choisir entre mes deux passeports. Je me suis demandé comment je vivais d'entendre le mot "immigré" et le mot "étranger" sans arrêt confondus, et surtout fondus dans une idée de délinquance.
Il y avait comme une gêne.
Un peu comme si on m'annonçait d'un coup que j'avais le même passeport et les mêmes droits et devoirs que les autres, mais que j'entrais quand même dans une case à part. Je n'aime pas trop les cases, c'est vite réducteur.

Mais j'ai compris aussi ce qui ferait de moi à jamais une immigrée, alors que je ne m'étais jamais posé la question. Mon amour de la France, mon incapacité à avoir honte d'appartenir à un pays qui m'a tant donné, et que j'ai envie d'aider à construire, à ma façon.
Un pays que j'aime, parce qu'il ne se résume pas à ses couleurs et à sa couleur politique.
Un pays dont je me méfierai un peu s'il se teinte de ce noir-là.

mercredi 1 février 2012

le SIDA et les inconnues polonaises sur facebook

Parlons un peu de cette vidéo qui traîne en ce moment sur les réseaux sociaux, et qui suscite une mirifique quantité de réactions passionnées et passionnantes que l'on peut résumer à "Pourquoi il ne faut pas accepter d'inconnues sur facebook" :



*éclaircissement de gorge*
Point interculturalité.

La Pologne est un pays sublime, plein de forêts, de lacs, de farfadets et d’immeubles communistes. On y trouve aussi plein de jeunes, des églises sectaires et quelques anticléricaux. Puis des capotes par boîtes de 3, des flics qui traquent les forums sur comment acheter du RU484 aux Pays-Bas, des faiseuses d’anges et des gynécos progressistes dont on se refile l’adresse sous le manteau. Et quelque part, dans un petit coin de l’éducation sexuelle, le SIDA et d’autres IST plus ou moins mortelles.
Alors oui, le (jeune) Polonais utilise des préservatifs. Mais pas pour toutes les bonnes raisons. Le nombre de personnes qui se découvrent contaminées par le SIDA est en augmentation quasi-constante depuis 20 ans. La part des relations hétéros à risque parmi les « nouvelles contaminations » tourne autour de 21 % (contre 14 % pour les relations homos et 47 % pour l’injection de drogue… et 16 % de contaminations dont la cause reste indéterminée). Toujours est-il que le SIDA reste un truc de gays et de drogués. Une bonne partie des jeunes Polonais que je connais ne sort pas spontanément de préservatif et ne se fait pas tester régulièrement, pas après une prise de risque, souvent pas du tout. La capote reste un moyen de prévention de la grossesse, pas des maladies, alors elle est interchangeable avec les autres moyens de contraception. Pire, en cherchant les chiffres pré-cités, je suis tombée sur l’interview d’un expert sur la question du préservatif (oui je perds toutes mes références) qui – en plus de n’aborder les IST que très succinctement - disait que les filles avaient souvent honte d’imposer le préservatif, donc laissaient tomber. L’amour et la fidélité et l’Eglise protègent du SIDA. Ou plutôt : oui, le SIDA existe, mais la menace n’est pas réelle, ça peut tomber sur n’importe qui, donc ça arrive forcément aux autres, tout est une question de confiance en la personne qu’on a en face de soi, après tout. Le SIDA n’est pas assez abordé dans l’éducation sexuelle en Pologne, alors que les mœurs se libèrent peu à peu, donc cette campagne de la Croix Rouge polonaise est un petit pas en avant, même si ça serait chouette qu’un jour on parle de l’éventualité du SIDA dans le couple.
Alors oui, si vous voulez, vous pouvez faire le raccourci qui consiste à dire qu’accepter les bonbons des inconnues file le SIDA, mais dites-vous qu’il y a des pays où le SIDA reste un  sujet peu tabou et que vous avez de la chance qu’on vous répète sans arrêt que le latex peut sauver des vies. Et profitez-en pour réfléchir à la baisse de l’utilisation de la capote en France (et dans vos destinations de tourisme sexuel), au lieu de vous dire que tout ça ne vous concerne pas.

(chiffres de 2010 du Ministère de la Santé polonais)

vendredi 30 décembre 2011

j'ai deux amours

J'adore les Parisiens.
Je m'en suis rendue compte avant hier, en descendant de l'avion qui me ramenait de Varsovie. Je les trouve souvent désagréables, égoïstes, impolis, mais intellectuellement stimulants. Ils ont des avis. Ils construisent des avis, ils les construisent dans le débat, la dispute, la confrontation. Ils se frottent et s'agrippent les uns aux autres. Des plus désagréables, on apprend à sélectionner les gens que l'on fréquente. Des plus intelligibles, on découvre une aventure humaine d'une seconde ou d'une éternité.
Je le revis à chaque fois que je reviens de Varsovie. A chaque fois, avant de monter dans l'avion, à l'aéroport Chopin, je suis fâchée avec la ville. A chaque fois, quand je descends de l'avion, je me jure de ne plus jamais y retourner. Il y a ce décalage étrange entre Varsovie et moi. Ou plutôt : il y a ce décalage étrange entre ses habitants et moi. Une gêne. Je vis toute l'année dans un monde où l'Eglise ne décide plus de ce qu'on fait le dimanche. Où le mariage n'est pas l'étape incontournable précédent la vie de couple. Où il est admis que l'homosexualité existe. Où les filles qui se font sauter le jeudi soir dans les soirées étudiantes assument. Où le fait d'enlever les signes religieux des bâtiments publics n'est plus une question. Où tous finissent par se ressembler, mais par leur quête de la différence.
Oui, bien sûr, il s'agit là d'un tableau quelque peu manichéen auquel il convient d'ajouter les nuances que constituent mes amis jeunes et ouverts d'esprits et anticléricaux d'un côté ainsi que mes connaissances frontistes ou presque ou catho-coinços de l'autre.
Malgré ces nuances, je reste souvent mal à l'aise dans les débats d'idées étriquées dans lesquels je prends souvent le contrepied des courants dominants, parfois par pur esprit de contradiction. Je repars donc souvent de Varsovie avec ce sentiment de ne pas réussir à rentrer dans ce moule-là, ce moule dont je ne suis pas censée dépasser mais pour lequel je n'ai pas l'air à la bonne forme.
Me voilà alors grommelante, frustrée, ermite, à Paris. Une nuit de sommeil, et ça va mieux. Pas encore réconciliée, mais moins en colère.
Et tôt ou tard, je croise quelqu'un qui part à Varsovie, et qui me demande de lui en parler. J'hésite toujours un peu, parce que c'est très intime, ça revient à ouvrir son coeur en devenant bavarde d'itinéraires, d'anecdotes, de petits détails à distinguer. J'éprouve un plaisir certain à parler de ces murs. J'éprouve ces murs, j'y trouve une émotion que je ne trouve pas ailleurs, cette impression d'appartenir à un lieu et d'y être en équilibre : la plénitude.
Je ressens Varsovie.

Je pense souvent au tout début de ce blog, et comme les mots "ici c'est partout" m'avaient paru évidents quand je les ai entendus. Tout avait commencé par un déplacement, une quête, un avion. On pourrait dire que j'ai voyagé plus que d'autres depuis 8 ans. On pourrait dire que j'ai à tout prix voulu trouver une voie qui me soit propre. On pourrait dire c'est grâce à ça que je cerne qui je suis. Mais que ça m'angoisse de ne pas savoir où j'ai envie de l'être.

Varsaviana

lundi 20 juin 2011

Monumenta - Leviathan, plus que 3 jours


Il vous reste 3 jours pour vivre l'expérience Anish Kapoor dans la Nef du Grand Palais.

J'aime bien chroniquer les expos sur la fin, une fois que tout a été dit ailleurs... On va dire que ça rappelle à certains d'y aller.


A 3 jours de la fin, inutile de chercher à inventer l'inédit autour du Leviathan, je vous dirais donc simplement que c'est l'occasion rêvée pour vivre une expérience in utero dans une oeuvre gigantesquement impressionnante, à la lumière oppressante et à la chaleur étouffante.

Profitez-en aussi évidemment pour observer le jeu de lumière sur la surface de Leviathan et... la réaction des visiteurs face à l'oeuvre.


Toutes les infos pour en profiter avant le 23 juin à minuit ici.
(Cliquez sur les photos pour en voir plus...)

mardi 12 avril 2011

expo : polonia à la cnhi

C’était ma première fois à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. Je n’y suis allée que pour découvrir Polonia, l’exposition sur la diaspora polonaise en France. Polonia retrace l’histoire des Polonais en France depuis la toute première vague d’immigration en 1831, suite à l’échec de l’insurrection contre le pouvoir tsariste.


La force de cette exposition est de montrer à quel point la France, et Paris en particulier, a toujours été une formidable terre d’accueil pour les Polonais. Les exilés y ont établi des institutions, une école, un gouvernement (établi au Regina en 1831 et dirigé par Sikorski), une église, un cimetière. Certaines ont disparu, mais d’autres (Kultura à Maisons-Laffitte, la librairie de Saint-Germain, la bibliothèque de l’Ile Saint-Louis…) ont perduré comme autant de témoignages de ce lien continu entre la France et la Pologne.
Les artistes et intellectuels y ont trouvé refuge, de Chopin et Mickiewicz aux plasticiens contemporains mis à l’honneur à la toute fin du parcours. Les scientifiques – comme Bronia et Marie Skłodowska - y ont trouvé une formation et des moyens à leur hauteur. Les plus démunis y ont trouvé du travail grâce aux recrutements en Pologne de main d’œuvre pour la France, et surtout ses bassins miniers. Les plus patriotes y ont trouvé un moyen de combattre l’ennemi nazi en s’enrôlant dans l’armée française ou un soutien aux soulèvements et grèves provoqués par Solidarność et Lech Wałęsa. Ils ont en retour apporté à la France leurs connaissances, leur art, leur force de travail, ou encore leurs convictions, comme le mineur syndicaliste Thomas Olszanski, militant communiste dénaturalisé et expulsé en 1934.

Des Polonais d’hier à ceux d’aujourd’hui, l’exposition, logée dans un bâtiment construit pour l’exposition coloniale de 1931, alors que les Polonais étaient la deuxième nationalité la plus représentée dans l'Hexagone, dépeint avec brio la multiplicité et la complexité du lien entre la France, la Pologne, et Paris, qui est un peu sa seconde capitale.


Jusqu’au 28 août
A la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration
Palais de la Porte Dorée, Paris.

mercredi 15 décembre 2010

miam ! le loulou de bastille

Ca faisait bien longtemps que j'avais envie de te parler, cher lecteur assis devant ton écran avec de petites fraises des bois au champagne, d'un restaurant absolument charmant niché au coeur du 11e. Let's donc talk about le Loulou de Bastille.
Le Loulou de Bastille est tout en haut de ma liste des bonnes tables parisiennes, celles où l'on dîne pour pas trop cher, mais délicieux et copieux, et en plus la déco a du style, l'équipe est sympa, l'ambiance est cool mais intime, et tu t'y imagines aussi bien avec des cop's qu'avec ta moitié ou ton boss. Développons.

Foie gras maison, pain maison, et, en arrière plan, le tarama aux framboises.
Une fois tout ça fini, nous étions déjà presque rassasiés.

Le Loulou est un endroit tout mignon, prévu pour une 30aine de couverts, à la déco soignée. Aux murs, d'anciennes publicités pour alcool, chocolats, une carte indiquant la provenance des produits. Le tout dans de jolies couleurs qui confèrent au lieu son ambiance tamisée et chaleureuse. Souvent, au bar, des amis du patron discutent avec la serveuse, qui est donc attentive sans se jeter sur toi. Le Loulou, c'est l'art de la mesure.

Au Loulou, tout est fait maison. Les plats, évidemment, mais aussi le foie gras, le tarama de saumon aux framboises, le pain, tous les desserts, tout tout tout. La qualité est donc toujours au rendez-vous, les plats sont de grands classiques, mais avec un "truc en plus". Curry de poulet, oui, mais aux crevettes. Magret de canard, oui, mais à la sauce à la mangue. Filet mignon, oui, mais au gingembre. Le chef est un passionné, et la passion se ressent dans l'assiette. Seul petit bémol, comme le chef est seul en cuisine, les accompagnements ne sont pas très variés, mais ils restent délicieux. Et puis les plats sont tellement copieux que c'est le seul lieu où j'aie renoncé au dessert !
Pour accompagner les mets, vous aurez le choix entre deux cartes des vins : et la liste des vins classiques et naturels (ceux qui font moins mal à la tête en cas d'ingestion en très grande quantité...) est longue ! Tous les vins ont été sélectionnés avec soin, et chose un peu inhabituelle à Paris, on peut commander presque chaque vin au verre (ou en quart, en demi, en bouteille). Parfait pour éviter les disputes viticoles (vigneronnes ?) avant le dîner !

Magret de canard sauce à la mangue.
L'angle de la photo ne rend pas au canard sa place imposante dans l'assiette.

Filet mignon au gingembre.

Passons aux desserts... Après avoir longuement hésité entre crème au chocolat, chocolatine à l'orange et crème brûlée, j'ai opté pour un dessert un peu inhabituel : une tarte au citron vert absolument merveilleuse. Consistance parfaite, zeste fondant, part généreuse... Un régal pour clôturer la soirée !

Tarte au citron vert


Le Loulou de Bastille,
11, rue Richard Lenoir, 75011 (M° Voltaire)
01.40.09.03.31
Ouvert le soir du mercredi au samedi
30-40€/pers entrée-plat-vin-dessert

mercredi 22 septembre 2010

allô allô ici paris



J'étais tellement contente de revenir à Paris. Bien sûr, il y avait la rentrée, mais il y avait tous ces vêtements personnes que j'allais retrouver et dont la pensée me mettait en joie. Malheureusement, j'ai vite déchanté au moment de quitter l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle-Etoile.

Pour une fois, le RER B n'était pas en grève. Pourtant, il ne circulait pas. A cause de travaux sur les rails. Je suis rage, colère et envie de prendre le taxi, mais décide courageusement de ne pas céder au désir de reprendre le train de vie délirant et déficitaire de mon juin parisien. Pas de taxi, je marche d'un pas décidé vers la navette prévue par la SNCF entre Roissy et Mitry-Claye. C'est en attendant cette navette que je me suis frottée à la bonne humeur et au festoiement à la française.


J'ai donc décidé de me plaindre des gens qui se plaignent.
Comme ça, the boucle will be boucled (oui, c'est la rentrée, je me remets à l'anglais.)


Juste derrière moi, une blonde, cheveux courts, la cinquantaine, iPhone et sac Marc Jacobs, revenant de je-ne-sais-où. Elle constate qu'elle devra monter dans une navette au lieu d'un RER. La première phrase que j'ai entendue sortir de sa bouche était "C'est quoi ce bordel ? ... Vous la faites payer, votre merde ?". La seconde question étant adressée à un très grand jeune homme, visiblement non-coupable de la situation. Elle s'est sentie prise en otage, parquée. Une navette toutes les dix minutes, c'est une honte !
J'hésite à lui proposer de me vendre son sac. Le plan : je lui file 70 euros, 80, peut-être, et elle peut se payer un tacos. Sauf qu'un homme à chapeau de cow boy acheté en Grèce me devance et lui propose aimablement de rejoindre Paris en transport moins commun. "Non mais vous avez perdu la tête ? Vous ne savez pas qu'on est dimanche soir et que les gens rentrent de week end ? Toutes les autoroutes sont bouchées !"
Autant de coïncidences... Elle doit avoir Jupiter en Verseau, moi aussi, ça me rendrait folle.

La petite dame continue de se plaindre, trifouille son iPhone avec air de gardien de prison à qui on aurait volé son déjeuner, monte finalement dans le bus, continue de gromeler, jusqu'à ce que l'homme au chapeau de cow boy ne lance un "Oh, ça va, arrêtez de vous plaindre, on se plaignait pas autant, pendant nos deux ans à l'armée !"

Des gens entassés dans un bus, un cow boy qui parle de l'armée, j'entrevois un point Godwin.

L'homme au chapeau, debout à côté, me parle de ses vavances en Grèce, où on va prendre un bus qui n'arrive jamais, alors on monte dans un taxi, mais on est heureux. Soleil, vacances, détente. Je lui réponds que ma vie va beaucoup mieux depuis que j'applique à tout va le merveilleux principe shadokiste suivant : S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème.

La blonde finit par se taire. Et je commence à savourer le brouhaha bienveillant qui m'aurait entourée depuis bien longtemps dans n'importe quel autre pays, d'un train polonais coincé par -30°C au bus chinois où les ouvriers s'entassent en passant par les arrêts de bus canadiens où les gens font docilement la queue et entrent un à un, ceux pour qui il n'y a plus de place restant silencieusement sur le trottoir.

C'est alors que l'homme au chapeau m'indique une chose que nous n'aurions sans doute pas vue du RER. 

Le sublime coucher de soleil embrasant les plaines de la lointaine banlieue parisienne.

lundi 9 août 2010

finalement, j'ai pas mal


Samedi, j'ai atterri avec l'Homme aux urgences d'un hôpital montréalais, rapport au fait que j'arrêtais pas de hurler à cause d'une théière kamikaze à l'heure du brunch. Je vais pas te décrire la brûlure, hein, ici on est clâsse, et si tu veux en savoir plus, file sur wikipédia. L'infirmière jette un oeil à mon ventre, non sans avoir ri du fait que j'étais en train de refroidir le truc avec une poche de lait, mais que voulez-vous, c'est tellement pratique. Comme je n'ai pas d'assurance sociale locale (car en fait je suis ici sans permis de travail, puisque je suis en stage en Pologne pour la Pologne), je dois passer par la case inscription, où la secrétaire nous demande si nous sommes prêts à avancer le coût de la consultation. Evidemment, nous sommes prêts à le faire, après tout, nous sommes peut-être aux urgences, mais dans un hôpital public, le genre de visite qui ne coûte pas plus de 50€ dans notre douce France, sécu ou pas sécu.

C'est là qu'elle nous annonce le prix: 883 dollars et quelques centimes, soit à peu de choses près 650 euros. Clairement, j'ai beaucoup moins mal.
Après un coup d'oeil sur le papelard que nous a remis l'infirmière, la secrétaire souligne qu'une blessure de niveau II, même superficielle, requiert l'avis d'un médecin... Gros moment d'incertitude, on se demande si on paye (ou plutôt, comment on débloque une somme pareille aussi vite), elle se demande comment faire, et finit par dire que le médecin présent est assez sympa: on peut payer 160$ maintenant, le reste plus tard. Ca ne change pas vraiment le problème, je commence à me demander à quel point ma mutuelle prend en charge ce genre de choses. J'ai beaucoup moins mal, d'un coup d'un seul.

Finalement, la secrétaire, visiblement habituée à ce genre de situation, nous donne une feuille A6, avec un petit plan, celui d'un cabinet médical privé qui se trouve à 5 minutes, où les consultations sont à 100$, et où on me fera passer sans attendre du tout...

Samedi, le fait que ma nouvelle carte vitale soit perdue dans les limbes de l'administration est devenu le cadet de mes soucis: avant de venir ici, je ne trouvais pas énormes les 22€ à avancer, maintenant je crois que je serai carrément contente de n'avoir que ça à avancer.

mardi 1 juin 2010

Vade Retro, goujat!

J'ai beaucoup hésité avant de vous parler d'un de mes talents cachés, mais la journée d'hier m'a aidée à prendre conscience de l'urgence de la catharsis.
Avant d'en venir au coeur du sujet, évoquons mes deux autres dons: 
- sortir en avance et arriver en retard (même si je me débrouille pour ne plus intimider les foules avec cette abilité exceptionnelle) ;
- me perdre dans un quartier que je connais avec une boussole, un plan, un GPS, une adresse ET en demandant aux passants. Pour ça, rien à faire, ça m'est chevillé au corps, le talent au pouvoir, ça ne se bride pas.


Revenons-en à notre propos. J'ai un talent incontrôlable, qui s'exprime de façon inopinée, et souvent un peu gênante : j'attire le relou. Par "relou", j'entends "personne de sexe masculin qui a eu son permis de parler au sexe opposé dans une pochette surprise, et qui aurait beaucoup mieux fait de tomber sur des cotillons, des chausettes de foot ou un pistolet à eau."
Parmi les exemples les plus flagrants, je citerai le chauffeur de taxi voulait m'emmener "jusqu'au bout du monde", le mec qui m'a draguée en me demandant si j'étais vierge, celui qui s'est frotté à moi dans un métro quasi-vide un lundi matin. Il y a aussi le travesti au style militaire de Camden Market, mais ille n'était pas vraiment relou, les travestis ne sont simplement pas mon genre. Je suppose qu'il est inutile de mentionner ceux qui commencent par "hé mad'mwaselle" et qui finissement par "zyva, teupu, tu pourrais répondre", alors que non, je ne peux pas répondre, je suis en train de discuter chiffons au téléphone.

Mais que s'est-il passé hier pour que je vous parle de tout ça? Un homme m'a giflée. Une petite gifle, hein, pas un truc qui fait mal. Ou pas physiquement en tout cas. Au commencement, un homme m'a sifflée alors que je passais à côté de lui. Bercée par la toute-puissante rebelle et rock que je ressens à chaque fois que j'écoute Live Through This de Hole, j'ai répondu au goujat par un doigt d'honneur, certes peu subtil, mais pas suffisant à mes yeux pour que l'idiot m'agrippe et me gifle, sans que personne autour ne bronche.
La gifle a mis une seconde à atteindre mon cerveau, j'ai ravalé mon féminisme et mon honneur, et je suis partie. Parce que je n'y peux pas grand-chose si sa mère ne lui a pas dit que:
1. S'il siffle les filles et qu'aucune ne lui a encore fait de doigt d'honneur, il y a un souci ;
2. Non, un râteau violent (et grossier, je l'admets) ne te donne pas le droit de frapper la personne qui te la mis. Tu en ressens le besoin? Consulte.

Une note de douceur pour la fin? On m'a déclamé un jour ceci:
Tu es venue me dire que tu t'en vas,
et que mes larmes n'y pourront rien changer...
Le mignon minois de la jeune fille qui a pris mon ticket au vestiaire d'une soirée gay, son joli loup en dentelle et ces quelques mots m'auraient presque fait changer de bord...
...mais c'est une autre note...

jeudi 15 avril 2010

Celle où je porte la moustache.

Je m'appelle moustache, par Katrin Greiling

Moustache : Ornement capillaire démodé et relativement importable donc déconseillée chez les moins de 35 ans non-écologistes pratiquants.
J'en arborais une hier. Je l'avais dessinée avec amour chez moi, vers 8h30, avant de prendre le métro. Et j'ai vu les gens dans le métro sourire sur mon passage, les vendeuses, les Parisiens pressés, aussi. Rien que pour égayer le triste paysage du métro parisien, je serais prête à porter la moustache tous les jours.

vendredi 19 mars 2010

Générosité et gourmandise

Pour tous ceux qui n'auraient éventuellement peut-être pas de radar à bons plans gourmands, je rappelle que demain, c'est le début du printemps, mais aussi (et surtout) le Jour du Macaron. C'est donc l'occasion rêvée d'appeler des copines (ou des copains, ne soyons pas sexistes), d'acheter du sirop à mettre dans la Cagole, et de se préparer à faire la queue devant l'une des pâtisseries à travers la France (dont les pâtisseries Pierre Hermé, créateur de la fête) qui participent à cette distribution de macarons gratuits...


Et une fois vos petits macarons gratuits engloutis, vous pourrez faire un don. Pour cette cinquième édition, les dons seront versés moit'-moit' à Autour des Williams et à l'Association Maladies Rares.


L'occasion rêvée de faire sa BA en se faisant plaisir, non?

lundi 15 mars 2010

A Paris

..., on voit ça, aussi.


Lors de votre prochain voyage,
vous ne jetterez pas vos pièces dans les fontaines...

samedi 13 mars 2010

Tou-riste!


Youhou! J'ai des copines de Polakie qui débarquent! D'un coup d'un seul, je suis bien contente d'habiter pas trop loin de la tour Eiffel, elles risquent d'être bien contentes de voir la dame de fer clignoter by night, non? Et je vais pouvoir faire des trucs de touristes. Etrangement, j'ai hâte... je crois que je repousse le boulot comme je peux, surtout...
Je vous raconterai!

jeudi 11 mars 2010

De l'art de porter la cuissarde.

Tous les détails superficiels sont indispensables à la bonne compréhension de l'anecdote.


Hier soir, invitée à dîner chez des amis, j'ai eu envie de me faire shagasse belle. Chez moi, l'effet était réussi, mes cuissardes en daim noir (qui resemblent à celles de l'image mais sont beaaaaaucoup moins chères) allaient très bien avec la robe courte en soie vert émeraude qui colle à toutes les occasions et sert donc tous les jours où bordel, j'ai rien à me mettre (et pour le déguisement de fougère du Bois de Quat'Sous). A la question "J'ai l'air d'une pute?", tout le monde me répond que non. Sauf que j'ai oublié un détail. Le dîner était à Pigalle. C'est quand je me suis retrouvée nez à nez avec le Sexodrome que j'ai compris mon erreur.

Là où dans le sixième on trouve que ta jupe est bien courte, à Pigalle, on te demande tes tarifs.

samedi 6 mars 2010

Brin de Causette

Plus féminine du cerveau que du capiton.
Cette phrase me parle vachement, vois-tu. D'un côté parce que j'ai le cerveau plus tonique que la fesse, d'un autre parce que je préfère avoir le cerveau tonique plutôt que la fesse. Cette phrase, c'est la devise de Causette. Et Causette, c'est un bimestriel féminin incontournable.

La couv du numéro 1 (et sa référence à Dany le rouge)
a provoqué une petite erreur de jugement chez les kiosquaires,
qui ont eu vite fait de ranger Causette dans les mags cochons.

Causette ne te culpabilise pas de faire du 38. Et ne t'ordonne pas de porter de l'imprimé zèbre violet avec des fleurs vert céladon tout l'été en assortissant ton carré effilé à tes cuticules.

samedi 27 février 2010

Celle où on parle à M'sieur l'Agent

Hier, peu après minuit et peu avant une heure, en pleine marche du cinéma vers le métro, nous sommes tombés sur trois agents de police et un civil à terre. Là où une bonne partie des gens alentours passaient sans les voir, nous avons décidé d'aller jeter un oeil. Pas pour assouvir nos envies de voyeurisme, pas non plus pour nous assurer qu'il n'y avait pas de bavure policière, mais parce que le civil à terre avait peut-être perdu connaissance, et que l'Homme a son brevet de secourisme (et que les policiers, on sait pas).
Comment vous dire, l'accueil des policiers a été plus que froid. Dès que nous nous sommes trouvés à un peu de 5 mètres de la scène, la jeune femme en uniforme nous a interpelés: "Allez-y, prenez des photos, vous gênez pas!", suivi d'un "On vous rassure, il a couru le premier" du deuxième agent. Et là, le troisième agent se relève, nous regarde, et assène en désignant le virage du couloir du métro: "Vous savez, on lui a encore rien fait, on attend que vous soyez partis par là pour le latter". On a bien dû rester quelques secondes à nous demander quoi répondre à ça (si vous avez des idées...), puis nous avons repris notre chemin.
Sans dire que ces trois agents étaient représentatifs de leur profession, je crois que l'épisode, aussi court qu'il soit, a montré la méfiance mutuelle qui s'est installée entre une partie de la population et une partie des forces de l'ordre. D'accord, les uniformes m'inquiétaient beaucoup jusque là, mais c'était une angoisse irrationnelle, sans fondement aucun, qui me poussait à chantonner le générique des Tortues Ninja en passant près des CRS pour me donner du courage. Toujours est-il que l'on voit beaucoup plus de policiers dans les rues de Paris que dans celle de Varsovie ou d'Amsterdam (tu vois la tête des touristes, à Amsterdam?!), et que je ressens du coup cette angoisse plus souvent à Paris qu'ailleurs.
Seulement, ces policiers m'ont vraiment inquiétée, en montrant que a) ils se méfiaient de nous parce qu'on aurait pu les gêner dans l'exercice de leurs fonctions, b) hahaha, faire des blagues sur l'éventualité d'une bavure policière c'est trop fun. Ils ne sont pas nécessairement représentatifs de leur profession, mais ils ne m'ont sûrement pas aidée à lui faire confiance.


PS: Waouh, Océans, tellement beau! (Sauf quand les bélugas se prennent dans les filets de pêche, là, c'est triste.) Allez le voir!
PPS: J'ai quand même fait rentrer une bouteille d'eau dans un UGC. Pas froid aux yeux, hein.

mercredi 24 février 2010

Boltanski vs Les Bienveillantes

Cela va sans doute vous paraître étrange, mais je vais vous parler d'un évènement passé. Cet évènement, c'est Monumenta 2010 et l'installation "Personnes" de Christian Boltanski. Si je vous en parle 3 jours après sa clôture, c'est que j'y suis allée très tard, et surtout, que je devais digérer. Emotionnellement parlant. Surtout que j'ai visité l'installation dans un contexte littéraro-personnel particulier.
Pendant 2 mois et 3 semaines, j'ai traîné un ouvrage de 1400 pages (pour l'édition poche) dans tous mes déplacements. Une fresque au narrateur malsain et fascinant à la fois, j'ai nommé Maximilian Aue, officier SS, dont les mémoires fictifs ont été consignés par Jonathan Littell dans Les Bienveillantes. L'auteur s'est extrêmement bien documenté avant de s'atteler à l'ouvrage, et les crues descriptions laissent souvent place à des reflexions éminemment fines. Si le thème central est la seconde guerre mondiale, le narrateur se laisse parfois aller à des récits personnels ou à des flashbacks dans lesquels se mêlent foutre, sang, merde et onirisme. Au moment de voir "Personnes", j'étais à quelques 15 pages de la fin des Bienveillantes.


Lorsque je suis entrée dans la Nef du Grand Palais, j'ai ressenti un malaise. J'étais là, dans une oeuvre symbolisant la Shoah, et les allées bordées de vêtements me semblaient aussi interminables que les battements de coeur diffusés étaient assourdissants. J'ai été physiquement malade de la surimpression des émotions de mes lectures et des émotions suscitées par l'installation de Boltanksi. Pourtant, je suis restée, comme enveloppée par tant de Mort, et la Mort, on n'en sort pas. Cette première impression vaincue, j'ai concentré mon attention sur l'impressionnante colline de vêtements de seconde main. La pince qui en animait le sommet me semblait avoir un dessein, une vie propre, et ma présence en ce lieu, bien que pleinement justifiée, m'avait rendue voyeuse de son activité. J'ai détourné les yeux avec gêne. Seulement, détourner les yeux, c'était se tourner vers le sol couvert de vêtements et en avoir les larmes aux yeux. Je suis sortie précipitamment et l'air frais du soir parisien sur mes joues m'a plus que jamais fait prendre conscience que j'étais vivante. Je pense avoir erré une petite heure, sur les Champs-Elysées, avant de retourner dans le ventre de Paris. Je sais que j'ai eu des cauchemars la nuit suivante, et que Boltanski tout comme Littell y ont contribué.

A ceux qui n'ont pas visité l'installation de Boltanski, je dirais simplement que c'est regrettable. Pour ce qui est des Bienveillantes, c'est un livre que je ne conseille ni ne déconseille. C'est un livre qui se lit jusqu'au bout
, en prenant son temps. C'est un livre qui se digère.

lundi 22 février 2010

Celle où j'habite dans le 16e

Par un étonnant (et vil) coup du sort, j'ai emménagé il y a peu dans le 16e arrondissement parisien. Le 16e, au début, je l'imaginais comme un quartier ennuyeux, dans lequel rien ne se passe et où je n'aurais pas grand-chose à faire. Comme j'avais tort! Après moins d'un mois passé dans le 75116, je vois bien que le quartier a beaucoup à apprendre à une jeune fille de 20 ans qui avait l'habitude de se complaire dans les vices (et les bars) du 11e.

La vue à la sortie du métro est tout de même plus sympa...


Observation n°1: Il n'est pas choquant de ramener de chez le teinturier un T-shirt noir et un T-shirt blanc. Surtout si on a amené au préalable ces T-shirts chez ce même teinturier.

Observation n°2: Si tu as quelque chose à cacher, gare à toi. Parce que c'est le concierge qui récupère le courrier des 30 appartements et dépose les lettres et colis sous la porte correspondante.

Observation n°3: Si tu rentres par le dernier métro avec une grosse faim, tu as tout intérêt à avoir un casse-croûte qui t'attend à la maison.

Observation n°4: Les Porsche moches, surtout en blanc, ça existe. Les gens qui les achètent aussi.

Observation n°5: Après comparaison avec le 16e, tu te rends compte que la région transfrontalière entre le 6e et le 7e est en fait extrêmement animée après 20h.

Observation n°6: Oui, il est tout à fait possible d'avoir l'air d'une bonne chrétienne avec une mini-jupe et des talons. Il suffit de collants noirs et de beaucoup de gris. Maintenant que je sais ça, je n'ai plus d'excuse.

Je ne doute pas que mon nouveau quartier, même si je n'y resterai sans doute que quelques mois, m'apprendra encore beaucoup. Tout comme j'espère que les gens de mon immeuble apprendront à dire bonjour aux voisins qu'ils croisent...