Deux semaines après la
partie 1 et la
partie 2 (et au moins miiiiiille ans après Paris Photo), j'ai enfin de le temps de vous livrer la suite et fin de mes coups de coeur du dernier Paris Photo (comme ça, cette semaine, on pourra reparler de trucs qui se mangent, c'est cool, non ?). Sans plus de blabla... Enjoy!
Prix du oh-mon-dieu-poussez-vous-que-j'approche-le-mythe
attribué à... William Casby, born in slavery, Algiers, Louisiana,
March 24, 1963 de Richard Avedon
Mon premier réflexe, quand j'ai vu cette photo de loin, a été de penser "nan c'est pas possib', c'est pas lui." Et pourtant, si, c'était bien William Casby, sur l'un des murs du stand
Gagosian, entouré de plein de photos d'Avedon et d'autres oeuvres mythiques. Émotionnellement, le choc.
Prix du "oh ben ça va, c'est pas si cher"
attribué à...
une série de 9 bâtiments industriels, par les Becher
Quand je les regardais, un type avec des verres teintés orange a voulu en connaître le prix. Elles étaient déjà vendues, il a insisté. Maintenant, je sais que neuf photos des Becher, c'est 100.000 euros, et je comprends mieux quand on me dit que la photo reste encore le parent pauvre du marché de l'art. Le couple est quand même assez reconnu pour être sur une bonne partie des visuels de Paris Photo, tu vois ?
Prix de la série qui n'est pas ma préférée de son auteur mais c'était cool quand même
Lee Friedlander a réalisé des autoportraits tout au long de sa vie de 1958 à 2011 (et en réalise encore, du coup, vu qu'il a même pas tout à fait l'âge de ma grand-mère). C'est une série intéressante, de reflets et de miroirs, qui interroge le corps et le rapport au corps et à l'image de soi au fil du temps, mais aussi l'évolution du travail du photographe. Et pourtant,
ma série préférée de Friedlander reste
America by Car, où l'on découvre comme le nom l'indique l'Amérique photographiée de l'intérieur de voitures, qui l'ont immense avantage d'avoir... des rétroviseurs dans lesquels on voit un bout de l'hors-champ.
Prix de l'univers bucolique
Gilbert Garcin a découvert son génie sur le tard, à la retraite (première production en 1993 pour une naissance en 1929). Depuis, il raconte des histoires avec des photomontages bucoliques, quelque part entre Méliès et
Busby Berkeley. On y trouve des personnages qui s'attaquent au décor qui les accueille et d'autres qui sont perdus dans leur décor. C'est comme souvent du noir et blanc très vivant.
Prix du galeriste qui a trop joué avec le feu
attribué à... Michael Hoppen
... pour un accrochage de petits, tout petits formats d'allumettes, d'incendies, de fumée, accompagné de 4:01 pm, Sun Valley d'Alex Prager (ci dessus). Un bien bel incendie au milieu du désert, exposé avec cet oeil inquiet qui semble attendre que tout se consume.
Prix du jeu de mots foireux
attribué à... la série "Ânes situ", d'Hicham Benohoud
Eeeet oui, on parle bien d'une série de photos d'ânes foundus dans des intérieurs, derrière une plante, sous le tissu d'un canapé... Malheureusement, on ne trouve aucune de ces photos sur internet. Mais si vous avez sous la main un appareil photo, un âne et de quoi le camoufler, je vous invite à m'envoyer vos productions pour enrichir cette note.
Prix de la série qui m'a fait retomber en enfance
Les pissenlits, c'est toute mon enfance dans les parcs de Varsovie à m'époumonner en essayant de les déshabiller d'un souffle.
Prix de la série qui a l'air de tableaux,
mais dont les éléments ont dû aller beaucoup plus vite à faire
attribué aux... natures mortes de Sharon Core
Et oui, de loin, ces photos ressemblent à s'y méprendre à des tableaux de la Renaissance, et pourtant il s'agit bien de photos. C'est là de talent de Sharon Core : là où certains reproduisent des oeuvres d'art en utilisant les techniques d'origine (hier dans les salles du
MAM, par exemple), elle recrée des images sorties d'une
autre époque avec son appareil photo, .
Prix de la série dont la matière première n'est la bienvenue nulle part
Comme le titre de la série l'indique, elle représente de la poussière. Grise, blanche, colorée, en fine couche, en couche épaisse, en dégradé, puis prise en photo. C'est à se demander si on ne perd pas de l'argent en jetant le contenu de l'aspirateur au lieu d'en faire de l'art.
Prix de la mise en abîme
attribué au... polaroid des mannequins Chanel au Grand Palais,
Cathleen Naundorf est celle qui immortalise les backstages de défilé pour Condé Nast depuis 15 ans. Pendant six ans, elle a capté l'air de la Haute Couture en rendant hommage à sa perfection et à son artisanat : des mises en scène où mannequins, robes et accessoires sont choisis avec soin, mis en valeur dans des décors d'exception et figés grâce à des films polaroid et une chambre grand format. Le résultat, ce sont six maisons auxquelles Cathleen Naundorf a rendu leur part de rêve.