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dimanche 3 février 2013

Tate Modern - Mondrian - The Bigger Picture

Je ne lis jamais les cartels dans les musées. La dernière personne de ma famille à lire les cartels en entier, c'est ma grand-mère. Au mieux, je les commence, saisis quelques mots-clefs et m'enfuis dès que possible. Et puis tout à l'heure, à la Tate Modern, j'ai découvert les cartels "The Bigger Picture", sur lesquels le musée a recueilli d'intellectuels qui ne sont en général pas spécialistes des arts plastiques (on y trouve aussi des commissaires d'expo) pour accompagner certaines oeuvres. Ils font des liens avec leur propre domaine, avec une oeuvre éloignée, ou ouvrent les portes d'une réflexion.
J'ai trouvé ces cartels intéressants d'une part parce qu'ils montrent qu'il n'est pas nécessaire d'avoir faire des études d'histoire de l'art pour en parler, d'autre part parce qu'ils soulèvent des points auxquels je n'aurais pas pensé (que je sois d'accord ou non) ou qui résument assez bien ma pensée.


Ci-dessous, le cartel "The Bigger Picture" qui accompagne la Composition B (No.II) with Red, peinte en 1935 par Piet Mondrian :

"I have to admit - I used to pass works like this and think 'that's rubbish; a child could've done it.'
Two things have changed since I made those sorts of comments. Firstly, a friend has eagerly explained the background of this piece to me and secondly, I now have a child. Looking at the work again, I feel differently. I don't think a child could have done it, but I also don't think it is an insult to say that it is like a child's painting. I think children see beauty and form in a very pure, honest way. I see it in the way my daughter gazes at colours, at steam, at objects. Seeing the world through a baby's eyes and understanding more about this artist's ideas, I can appreciate works like this now. I really like looking at it.

Hollie McNish, spoken word poet"

lundi 24 décembre 2012

le 104 expose des souvenirs de l'amour.

Quand une histoire s'achève, il nous reste des souvenirs.
Qui ne s'effacent jamais, qui blessent, qui prennent de la place, que l'on regarde avec plaisir.
J'avais chez moi un presse-papier en verre, souvenir lourd mais fin, douloureux mais insignifiant, d'un amour qui a duré trois ans. L'un des rares cadeaux qu'il m'a offerts. Le genre d'objets que l'on garde sans savoir qu'en faire, mais que l'on n'ose pas vraiment jeter. Un bibelot transparent qui prenait bien plus de place qu'il n'en occupait vraiment.

Quand le Musée des Coeurs Brisés a lancé une collecte d'objets pour une exposition au 104, je n'ai pas hésité une seule seconde à leur raconter mon histoire et à leur offrir le presse-papier. Aujourd'hui, il est exposé avec tous les autres objets souvenirs de l'amour qui leur ont été apportés pour l'exposition parisienne. Plus tard, il rejoindra la collection à Zagreb et voyagera peut-être encore au fil des expositions temporaires locales, mais il ne m'en reste plus rien, même pas une photo.

Le Musée des Coeurs Brisés, c'est une belle idée qui a germé dans l'esprit de Olinka Vištica et Dražen Grubišić quand ils se sont séparés. Ils avaient des souvenirs auxquels ils ont voulu donner une deuxième vie, en leur consacrant un musée auxquels tous peuvent participer.
Face à l'afflux de participation, le 104 expose jusqu'au 20 janvier les objets collectés à Paris en deux temps (mon presse-papier et mon histoire y seront jusqu'au 7 janvier, avant de laisser leur place à d'autres objets). Vous pouvez jusqu'à la fin de l'exposition apporter vos propres objets, quels qu'ils soient... La collection croate comprend aussi bien une hache qu'un nain de jardin, des peluches ou des robes hors de prix !

A la fois une bonne façon d'assouvir notre curiosité en découvrant les objets et histoires d'inconnus, et de tourner la page des relations passées en leur offrant un maulosée de l'amour.



Le Musée des Coeurs Brisés, jusqu'au 20 janvier
Aux écuries du 104, 5 rue Curial, m° Riquet

dimanche 9 décembre 2012

Les Paris Photo Awards (3 sur 3)

Deux semaines après la partie 1 et la partie 2 (et au moins miiiiiille ans après Paris Photo), j'ai enfin de le temps de vous livrer la suite et fin de mes coups de coeur du dernier Paris Photo (comme ça, cette semaine, on pourra reparler de trucs qui se mangent, c'est cool, non ?). Sans plus de blabla... Enjoy!


Prix du oh-mon-dieu-poussez-vous-que-j'approche-le-mythe
attribué à... William Casby, born in slavery, Algiers, Louisiana,
March 24, 1963 de Richard Avedon
Mon premier réflexe, quand j'ai vu cette photo de loin, a été de penser "nan c'est pas possib', c'est pas lui." Et pourtant, si, c'était bien William Casby, sur l'un des murs du stand Gagosian, entouré de plein de photos d'Avedon et d'autres oeuvres mythiques. Émotionnellement, le choc.


Prix du "oh ben ça va, c'est pas si cher"
attribué à... une série de 9 bâtiments industriels, par les Becher
Quand je les regardais, un type avec des verres teintés orange a voulu en connaître le prix. Elles étaient déjà vendues, il a insisté. Maintenant, je sais que neuf photos des Becher, c'est 100.000 euros, et je comprends mieux quand on me dit que la photo reste encore le parent pauvre du marché de l'art. Le couple est quand même assez reconnu pour être sur une bonne partie des visuels de Paris Photo, tu vois ?


Prix de la série qui n'est pas ma préférée de son auteur mais c'était cool quand même
Lee Friedlander a réalisé des autoportraits tout au long de sa vie de 1958 à 2011 (et en réalise encore, du coup, vu qu'il a même pas tout à fait l'âge de ma grand-mère). C'est une série intéressante, de reflets et de miroirs, qui interroge le corps et le rapport au corps et à l'image de soi au fil du temps, mais aussi l'évolution du travail du photographe. Et pourtant, ma série préférée de Friedlander reste America by Car, où l'on découvre comme le nom l'indique l'Amérique photographiée de l'intérieur de voitures, qui l'ont immense avantage d'avoir... des rétroviseurs dans lesquels on voit un bout de l'hors-champ.


Prix de l'univers bucolique
attribué... aux photomontages de Gilbert Garcin
Gilbert Garcin a découvert son génie sur le tard, à la retraite (première production en 1993 pour une naissance en 1929). Depuis, il raconte des histoires avec des photomontages bucoliques, quelque part entre Méliès et Busby Berkeley. On y trouve des personnages qui s'attaquent au décor qui les accueille et d'autres qui sont perdus dans leur décor. C'est comme souvent du noir et blanc très vivant.


Prix du galeriste qui a trop joué avec le feu
attribué à... Michael Hoppen
... pour un accrochage de petits, tout petits formats d'allumettes, d'incendies, de fumée, accompagné de 4:01 pm, Sun Valley d'Alex Prager (ci dessus). Un bien bel incendie au milieu du désert, exposé avec cet oeil inquiet qui semble attendre que tout se consume.


Prix du jeu de mots foireux
attribué à... la série "Ânes situ", d'Hicham Benohoud
Eeeet oui, on parle bien d'une série de photos d'ânes foundus dans des intérieurs, derrière une plante, sous le tissu d'un canapé... Malheureusement, on ne trouve aucune de ces photos sur internet. Mais si vous avez sous la main un appareil photo, un âne et de quoi le camoufler, je vous invite à m'envoyer vos productions pour enrichir cette note.


Prix de la série qui m'a fait retomber en enfance
 attribué à... Natural Process Activation #3, par Hicham Berrada
Les pissenlits, c'est toute mon enfance dans les parcs de Varsovie à m'époumonner en essayant de les déshabiller d'un souffle.


Prix de la série qui a l'air de tableaux,
mais dont les éléments ont dû aller beaucoup plus vite à faire
attribué aux... natures mortes de Sharon Core
Et oui, de loin, ces photos ressemblent à s'y méprendre à des tableaux de la Renaissance, et pourtant il s'agit bien de photos. C'est là de talent de Sharon Core : là où certains reproduisent des oeuvres d'art en utilisant les techniques d'origine (hier dans les salles du MAM, par exemple), elle recrée des images sorties d'une autre époque avec son appareil photo, .



Prix de la série dont la matière première n'est la bienvenue nulle part
attribué à... La Poussière, par Marie Amar
Comme le titre de la série l'indique, elle représente de la poussière. Grise, blanche, colorée, en fine couche, en couche épaisse, en dégradé, puis prise en photo. C'est à se demander si on ne perd pas de l'argent en jetant le contenu de l'aspirateur au lieu d'en faire de l'art.


 Prix de la mise en abîme
 attribué au... polaroid des mannequins Chanel au Grand Palais,
par Cathleen Naundorf, exposé au Grand Palais
Cathleen Naundorf est celle qui immortalise les backstages de défilé pour Condé Nast depuis 15 ans. Pendant six ans, elle a capté l'air de la Haute Couture en rendant hommage à sa perfection et à son artisanat : des mises en scène où mannequins, robes et accessoires sont choisis avec soin, mis en valeur dans des décors d'exception et figés grâce à des films polaroid et une chambre grand format. Le résultat, ce sont six maisons auxquelles Cathleen Naundorf a rendu leur part de rêve.


Retrouver le début et le milieu des Paris Photos Awards.

vendredi 23 novembre 2012

Les Paris Photo Awards (2 sur 3)

Et voilà la suite de ma sélection très personnelle de Paris Photo. Vous verrez, dans cette partie, on rit, on pleure, on réapprend les travaux manuels, c'est fabuleux. Il y a même une photo nsfw à la fin, comme ça je suis sûre que vous aurez au moins envie d'en voir une. Et comme je suis cool, elle est signalée par un gif au cas où vous seriez dans un environnement à risques.
Enfin, venons-en aux faits et démarrons ce deuxième épisode de remise des prix.
Et pour les petits curieux, le troisième épisode est là.

Prix "La Terre vue du Ciel"
attribué à... Taiji Matsue
Le prix "La Terre vue du Ciel" récompense un photographe dont l'oeuvre (ou au moins une série) comporte une importante part de verdure, et que les activistes écolo du dimance pourront agiter dans vingt ans à la face de la Terre en disant "regardez ce que l'industrialisation nous a fait ! vous a fait !" ou encore accrocher (en reproduction) dans leur salon pour dire à Matteo et Lila que l'environnement, c'était mieux avant.


Prix de l'institution qui m'a donné envie de la visiter en une photo
attribué au... Fotomuseum Winterthur, grâce à Vera & Liz, de Nils Nova
J'aime bien l'idée de cultiver, même un court instant, une vague ressemblance avec une icône, ça trouble l'entourage. Et puis immortaliser Vera, ça la fait quasiment accéder au statut de Liz, non ?


Prix de la photographe dont je n'ai rien vu parce que j'ai le livre à la maison
attribué à... Rinko Kawauchi à cause d'Illuminance 
Je suis une fille un peu vieux jeu. J'adore m'entourer de livres. J'aime bien l'expérience du papier, de l'objet que l'on peut ouvrir à une page au hasard, dont on peut replier les coins, dont on lit involontairement une phrase en le rangeant sur un étagère. Et puis il y a le beau livre, comme celui de Rinko Kawauchi, celui que l'on feuillette en buvant un thé et en caressant sa couverture en tissu. C'est sans doute pour ça que je n'ai pas cherché les photos de Rinko Kawauchi dans la nef du Grand Palais : j'avais peur de ne pas retrouver l'émotion des photographies inondées de lumière sur l'épais papier mat à la reliure étrange.


Prix du mec qui a éternué dans des montagnes de pigment
attribué à... série dont je ne trouve plus le titre, de Cyril Lachauer
Il y a une mode en ce moment, sur internet, celle des photos de liquides (encres ?) colorés qui se répandent dans de l'eau. J'aime bien les images aériennes de Lachauer, parce qu'on imagine les différentes couleurs se propager lentement dans l'air pour finalement tout recouvrir, délicatement mais inévitablement. Et quand je dis "tout recouvrir", ça sous-entend que ce genre de photo finit toujours en fond d'écran chez un mec qui la trouve arty. Sad but true.


Prix des techniques mixtes que tu apprends (au plus tard) au collège mais quand toi tu le fais, c'est moche
attribué au... FACE/project, de Tina Berning & Michelangelo Di Battista
Elle est illustratrice, il est photographe de mode. L'alliance est parfaite. De belles photos qui gardent et gagnent en puissance sous les coups de crayon, pinceau et fil. Les techniques utilisées sont nombreuses et variées (impossible de ne garder qu'une seule image !), et pourtant, la série reste cohérente. La dernière fois que j'ai tenté un truc de ce genre (sur une page de magazine avec de la gouache), j'ai compris qu'il valait mieux laisser ça à des gens équipés.


Prix du modèle à qui tu ferais bien l'amour si elle était là devant toi
 attribué à... cette photo de Fabio Paleari dont j'ai perdu le titre
L'érotisme de cette photo vient peut-être du caractère dans le visage de cette jeune femme. Ou ses bras ouverts. Peut-être de sa blouse si peu entr'ouverte. Ou au contraire de l'épaisseur des tissus qui camouflent négligemment son corps. Peut-être réside-t-il dans le clair obscur. Certains pourront le voir dans les plumes posées telles des ailes à même les tomettes froides. Même tomettes que dans ma cage d'escalier, d'ailleurs, si vous vous sentez photographe.


Prix de la photo à laquelle il manque un sextoy
attribué à... Book Club, de Julie Blackmon
Exactement le cliché que l'on a pu créer autour de Fifty Shades of Grey : des nanas qui discutent en essayant de ne plus avoir quelques minutes leur gamin dans les pattes, et finalement restent entre elles en prenant le thé dans leur pavillon de banlieue-ghetto de la gentrifrication.


Prix de la photo en noir et blanc qui en fait est grise
attribué à... la série Mount St. Helens, de Dan Holdworth
Le Mount St. Helens photographié dans tous les sens. Que vous dire, sinon que je suis restée scotchée devant ces photos, surtout celles où le ciel est invisible, à observer cette neige qui a l'air de papier froissé, à me demander comment tout ce blanc avait pu garder sa pureté en devenant gris, à me laisser bercer par le calme infini de ce volcan en éruption permanente.


Prix de la curiosité qui ne veut pas être assouvie
 attribué à... Afterlife, série de Broomberg & Chanarin
Afterlife commence avec l'histoire d'une seule photo. Celle de l'exécution de onze prisonniers kurdes aux yeux bandés, prise en août 1979 en Iran par un photographe anonyme et pourtant vainqueur du Pulitzer en 1980. On sait depuis 2006 que l'auteur de la photo est Jahangir Razmi, alors Adam Broomberg et Oliver Chanarin l'ont rencontré et ont utilisé les photos issues de la même série que la photo gagnante pour faire des collages sur verre, sans décor, en utilisant uniquement les silhouettes humaines. C'est tantôt inquiétant, tantôt désolant, et notre esprit comble les vides de la vue.

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Prix "oui non d'accord mais pourquoi"
attribué à...
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Mom spread with Tiara, de Leigh Ledare
C'est l'artiste qui l'a dit, c'est bien sa maman, là, allongée sur le lit, avec la tiare dans le vagin (bien que n'ayant jamais vu de tiare avec une proéminence plus ou moins pointue au sommet, je me demande où ils ont bien pu la trouver). Tu remarqueras le sceptre posé à ses pieds. Oui, évidemment qu'il y a une démarche (voir lien précédent). Pour te faire un avis sur la question, tu googles "Leigh Ledare" et tu as deux mille personnes qui prennent position.
La vraie question que pose cette photo : sait-on avec certitude qui a servi de modèle à Courbet ?


Retrouver le début et la fin des Paris Photos Awards.

mardi 20 novembre 2012

Les Paris Photo Awards (1 sur 3)

La semaine dernière, c'était... Paris Photo ! Le rendez-vous des galeristes du monde entier, l'occasion pour les collectionneurs de mettre 100.000 euros dans neuf photos des Becher, pour les moins riches d'essayer de négocier un zéro sur une photo montée sur panneau lumineux (true story. le principal argument de la wannabe acheteuse étant : mais c'est cher), et pour les amateurs de photo et bobos assimilés de mettre 28 euros dans une entrée unique à un évènement qu'il est humainement impossible de faire d'une traite sous peine de mourir de fatigue, de mal de dos et d'éclairage artificiel (l'horrible aveu : je n'ai vu que les deux tiers de Paris Photo).

Au début, je voulais revenir avec un top de mes photos préférées de Paris Photo. Le problème, c'est qu'on est vite noyé dans la qualité, et même si j'étais plus ou moins touchée par certaines photos, c'était difficile de réduire à un top (ou alors un top 100, mais ça aurait été fatistidieux). J'ai donc eu l'idée, en traînant dans le salon, de faire une remise des prix, un truc qui permettrait de vous parler des photos qui m'ont parlé. Parfois par leur démarche artistique, parfois tout parce qu'elle trouvait un autre echo en moi.

Aujourd'hui, 10 photos. 10 autres ici. Et puis une troisième série quand j'arriverai à relire les gribouillis posés sur les plans de la Nef.


Prix du "tout le monde peut de faire"
attribué à... une dame devant Near Tikehau de Guy Tillim
J'étais en train de regarder la photo d'à côté, du même photographe, en me disant que c'était exactement la photo que j'aurais voulu prendre derrière chez mon ex, en Chine, mais je n'avais pas le bon appareil et encore moins de connaissances en photo que maintenant (c'est dire), quand une dame a déclaré à son accompagnant : "Oui m'enfin, il suffit d'avoir un bon appareil photo, de savoir faire les bons réglages et de se trouver au bon endroit au bon moment pour prendre une photo pareille. Tout le monde aurait pu le faire, tu vois, moi ça me chiffonne."


Prix de la photo qui aurait pu être dans l'expo d'à côté (chez Hopper)
attribué à... Shadow 3, de Haï Bo
Oui, je dis ça à cause de l'ombre de la fenêtre. Enfin il y a aussi la mélancolie et le calme qui émane de cette photo, mais si tu connais Hopper, tu vois ce que je veux dire. Et si tu connais pas, je te conseille d'aller voir l'expo au Grand Palais, parce qu'une image vaut mille mots (Confucius parlait de photo et de peinture américaine, c'est sûr).


Prix de la photo que je voulais mais dont je n'ai pas demandé le prix parce que bon.
attribué à... Profile Portrait with Glasses and Hat, de Dora Maar
Tu savais que Dora Maar avait une vie artistique autre que "muse de Pablo" ? Moi pas, grosse porteuse d'oeillères que je suis.
Je suis tombée sur le prix de la photo en le cherchant pour cette note : vendue en mai dernier chez Bloomsbury pour 85000 euros (estimation : 7500-8700). Je vais économiser encore un peu (ou vendre un rein et un poumon, à voir).


Prix de la photo qui touche à l'esthétique de certaines photos de Cindy Sherman, mais qui est issue d'une série pour Vogue Italia
attribué à... Chromo Thriller, de Miles Aldridge
Ce chaud-froid chromatique. Cette brune désarticulée qui n'a même plus la force de s'alcooliser dans sa chambre d'hôtel. Il y a un truc. La série complète.


Prix du poldar
attribué à... la galerie Asymetria (Varsovie)
Tu vois, j'ai un truc bizarre. Un radar à Polonais. Un Poldar. Quand j'en croise à Paris, je les jauge et je sais. Là, je me dirigeais vers la sortie de Paris Photo en glissant négligemment mon regard sur les photos autour de moi, et j'avais à peine regardé quelques photos en noir et blanc quand j'ai pensé "Oh ! Des Polonais !" Et puis j'ai vu des collages qui m'ont rappelé ceux de Cieślewicz, mais qui étaient en fait du contemporain Tomasz Szerszeń. Et puis des photos du quartier de Nowa Huta. Une atmosphère. Et puis comme j'étais crevée, je me suis dit que j'aurai tout le temps de les voir quand je serai à Varsovie (en plus, Asymetria représenta aussi Wojciech Wieteska, que je coeur-love-coeur, même que j'ai repris une de ces silhouettes ).


Prix "c'est où à Paris ? ah non c'est vrai, c'est aux Steïtse."
attribué à... Woman smoking at counter, de Diane Arbus
On pourrait croire que j'ai fini par retenir que cette photo n'a pas été prise à Paris. Hé ben non. Mais on s'y croirait, vous ne trouvez pas ?


Prix de l'oeuvre dont le titre a visiblement échappé à pas mal de gens
attribué à... Tumblrarbeit 2, de Rudolf Bonvie
Je ne suis pas restée très longtemps devant les Tumblrarbeiten (qui sont assez représentatifs des internets dans leur multiplicité grâce à l'utilisation aussi bien d'oeuvres d'art que d'images someecards), mais j'ai entendu au moins 4 personnes commencer des phases par "alors tu vois tumblr c'est" pour les finir par "et ça peut donner ce genre d'assemblage visuel".


Prix du Poinçonneur des Lilas
 attribué à... Miguel Rothschild pour une bonne partie de son oeuvre
Miguel Rothschild prend des photos (souvent à connotation religieuse, ça rend suuuper bien dans des images de vitraux, quand la lumière remplace la lumière), y fait des trous de façon plus ou moins chaotique et ensuite expose les photos dans un cadre en verre juste assez épais pour que les confettis obtenus trouvent le spectateur entre le verre et la photo. C'est joli, non ?


Prix de la photo qui rend hommage à un artiste mais te fait penser à un autre
attribué à... Cubes for Albers and LeWitt, de Jessica Eaton
J'ai vu les oeuvres, j'ai eu l'impression d'avoir été transportée sur un détail de Varasely. Sans doute parce que je garde un très bon souvenir des travaux manuels autour de l'artiste. Mais oui, le format est bieeeen plus proche d'Albers ou de LeWitt. D'ailleurs, Jessica Eaton a bien dû kiffer à multiplier les techniques pour arriver à ce résultat.
C'est arrivé assez souvent, à Paris Photo, ce déclic "ah tiens on dirait du...", parce qu'il y avait plusieurs hommages photographiques, notamment la très réussie série We all love Ruscha de Mark Ruwedel, hommage aux photographies des infrastructures urbaines prises par le bon vieux Ed (oui, je donne des surnoms aux gens dont je suis fan, c'est comme ça).


Prix de la photo qui a créé un embouteillage alors qu'il y avait une photo de Bettina Rheims juste à côté
attribué à... Kate Moss, de Anton Corbjin
Je soupçonne l'embouteillage d'avoir en réalité été créé par une cloison qui rendait le passage soudainement plus étroit, surtout que la photo à côté, c'était un tirage super grand de la Théorie du Complot de Bettina Rheims (pas trouvée, pas linkée), et que c'est dur de se détacher de cette jeune fille qui a un pistolet dans la bouche. En plus, même si les deux photos étaient exposées par la même galerie, je ne suis plus certaines qu'elles étaient sur le même mur... Le vrai prix, ici, c'est le prix de la nana à avoir des photos prises par le plus grand nombre de photographes différents exposées à Paris Photo. Oui, évidemment, Kate Moss. Kate à poil, Kate entièrement couvert de dentelle, Kate jeune, Kate épilée ou pas, Kate de dos, on a eu un peu de tout.


Retrouver la suite et la fin des Paris Photos Awards.

mercredi 7 novembre 2012

de la culture en Amérique.

Les élections américaines, vous n'avez pas pu passer à côté. Si le duel lui-même a principalement occupé les médias, France Culture en a profité pour parler toute une journée de la Culture en Amérique (qui a par ailleurs fait l'objet il y a 4 ans d'un joli reportage sur arte, si vous le voulez, je l'ai, il suffit de demander). Je n'ai pas écouté l'intégralité de la journée, mais seulement le podcast de La Dispute, émission que j'écoute de toute façon (ça dure une heure, ça cultiver ton ménage ou ton repassage).



A travers des objets culturels comme toujours très contemporains, cet épisode revient sur la construction et la gestion de la culture outre-atlantique, mais surtout, surtout, sur l'aspect décomplexé de la culture aux Etats-Unis. Et oui, les Américains ont désacralisé la culture, ils assument de la "consommer", ils acceptent d'appeler "culture" des oeuvres populaires ou à gros budget, et ils font financer la culture par le privé, là où les grands projets français se trouvent grippés par le retrait de l'Etat et/ou la crainte de la main-mise du privé sur la culture (cf. Beaux-Arts n°340 pour avoir une petite idée des enjeux).

Premier exemple : la montée de Taylor Swift, idole faussement insouciante des adolescentes qui avait tout pour devenir une icône pop... tout en surfant sur la vague de la country, qui a poussé Obama à organiser un festival de la country à la Maison Blanche pour se montrer compréhensif avec l'électoral républicain. Ca n'est pas parce que la culture n'est pas financée par la politique que les deux ne sont pas liées. Comme partout, certes, mais quand Clint Eastwood parle à une chaise, il devient un meme de l'internet mondial, alors que quand Doc Gynéco soutient Sarko, on passe 10 secondes à essayer de se souvenir de sa dernière actu et puis on abandonne.

C'était vraiment difficile de ne garder qu'un seul détournement
je vous encourage à googler "clint eastwood talking to a chair".

Autre exemple : les zombies. The Walking Dead, Romero, Argento, la critique sociale et politique à travers les morts-vivants. L'exemple est doublement intéressant. D'une part, les zombies constituent un imaginaire sans arrêt repris, vulgarisé, universalisé, sans doute un peu vidé de sa substance, signe que les Etats-Unis créent une culture monde. D'autre part, les deux réalisateurs précités sont des enfants de l'immigration, tout comme Penelope Cruz, Javier Bardem, FF Coppola, Madonna ou même Nick Cave construisent à leur façon, avec leur vécu, avec leur apports culturels, une culture typiquement américaine de part la pluralité de ses influences.  

Et pour les finitions, La Dispute démonte 50 Shades, parce qu'il fallait bien en parler.
L'émission est dispo dans le player en haut de cette note ou en podcast en cliquant là (profitez-en pour vous abonner !).

vendredi 19 octobre 2012

fantastic lille3000 vu par ma mère.

Le titre de ce post est complètement mensonger : déjà, ma mère ne sait pas que je fais des trucs sur internet, donc je pourrais difficilement l'inviter sur ce blog. Ensuite, je vais vous raconter notre après-m à lille3000 en ajoutant les remarques de ma mère en bleu-comme-ses-yeux italique (et aussi de gens qu'on a croisés, héhé), qui m'a à la fois transmis son amour de la culture et de la désacralisation de l'art, domaine dans lequel elle tient une sacrée couche.
On a visité lors du weekend d'ouverture l'expo Phantasia au Tri postal, Babel au Palais des Beaux-Arts, et on vu pas mal des Métamorphoses Urbaines. De jour (détail de taille).
Récit (dans lequel il manque plein de noms d'artistes, but hey, on parle de ressenti !).


UFO, de Ross Lovegrove

mercredi 26 septembre 2012

Six personnages en quête d'auteur à la Colline
(vs. Les rêves dansants)

Les matinées du dimanche sont mon moment préféré pour aller au théâtre, parce que les bruits de bouche des vieux me passionnent c'est le meilleur moyen d'éviter le blues du dimanche soir en se posant des questions existentielles sur le spectacle aujourd'hui. Oui, à force d'aller au théâtre au moins trois par mois, parfois trois fois par semaine, voire par jour, j'ai fini par développer une sorte de regard critique envers ce que je vois, sans pour autant me sentir vraiment légitime pour en parler et le juger (quand devient-on légitime pour le faire, d'ailleurs ?). Pourtant, j'ai envie d'en discuter et de confronter des idées, alors soyons fous, parlons-en.


Dimanche dernier, je me suis laissé tenter par Six personnages en quête d'auteur, texte de Pirandello adapté et mis en scène par Braunschweig, conseillé par Fitzcairn, déconseillé par les critiques qui en avaient fait la grande déception d'Avignon 2012. Il paraîtrait que Braunschweig a pas mal retravaillé sa mise en scène avant de présenter la pièce chez lui, à la Colline. En tout cas, c'était bien.

L'histoire de départ est simple : alors qu'un metteur en scène et ses 4 comédiens commencent une répétition arrivent 6 personnages, porteurs d'une histoire lourde, intense, unique. Ils ne demandent qu'à être écrits, à trouver un auteur, et semblent choisir le metteur en scène de la répétition. Sans spoiler (parce que l'histoire des personnages est tout aussi intéressante que la façon dont se déroule cette répétition), je dirais simplement que les 4 comédiens essaient de se mettre dans la peau des 4 personnages les 4 plus expressifs sous la direction du metteur en scène, qui n'est plus face à un texte, mais face à une histoire brute qui doit être mise en mots.

mercredi 25 juillet 2012

l'égalité H/F dans la culture. pour quoi faire ?

Je ne signerai pas le manifeste du mouvement H/F pour l'égalité femmes-hommes dans l'art et la culture.

C'est un peu casse-gueule de ma part, puisque je veux être une femme qui travaille dans l'art et la culture, de préférence à un poste important. Je tire donc une balle dans mon pied à moi, et en même temps, j'ai la modeste impression de rendre service à la communauté.

La démocratisation de la culture. Gros sujet.
Le prendre du côté de l'inégalité hommes/femmes chez les décideurs, comme le fait le manifeste, c'est, à mes yeux, passer à côté d'un aspect assez essentiel de la culture que l'on a souvent tendance à oublier : le public.

Sans public, la culture n'existe pas. Sans public, la culture deviendrait un truc de cultureux qui se gargarisent (expression copyrightée par @AlmiraGulsh) de leur propre travail.

Oh wait. La culture est un truc de cultureux qui se gargarisent de leur propre travail et du travail qu'ils admirent et soutiennent. Des cultureux qui créent, diffusent ou communiquent (en gros, on va pas se faire tous les métiers) pour des habitués, des initiés, des instruits qui connaissent les codes et les clefs de compréhension. C'est comme ça dans les théâtres, c'est comme ça dans beaucoup de musées, c'est comme ça dans la littérature.

La culture n'est pas transversale socialement. Non. Pas du tout même. Si on laisse de côté les touristes, cas à part, qui visite le Louvre ? Qui profite des premiers dimanches gratuits dans les musées nationaux ? Qui fréquente la Comédie française, l'Opéra, et pire, les salles aux mises en scènes plus "pointues" ? Qui lit les primés du Goncourt, du Médicis, du Femina ? Ceux et celles qui s'y intéressent et qui n'ont plus aucun effort à fournir pour les comprendre. Et à toute personne qui me répondra, mais siiiiii, les bac+rien aussi ont leur musée, au mausolée de Lek & Sowat, je dirai : ouais, mais c'est un lieu que le bourgeois de la Sorbonne ne comprendra pas.
(Oui, on va vaguement caricaturer les classes sociales pour que cet article soit plus court.)


Les lieux universels n'existent pas, c'est évident, entrent en jeu des questions de goûts et de couleurs. Sauf que les trois quarts les jeunes de banlieue n'auront jamais l'occasion de se forger une opinion sur Littell, Pina Bausch, Le Caravage, Berenice Abbott ou Ostermeier. Les lieux qui doivent les rendre accessibles leur sont inaccessibles. Par manque de médiation, ils sont persuadés qu'ils n'y comprendraient rien et préfèrent mater 1h49 de Top Gun que de se risquer à ne rien piger à 25 min de La Jetée. Quand un lieu est réservé à une catégorie d'initiés, la sélection du public ne se fait pas par le goût, mais par une médiation qui ne plus sert à rien, puisqu'elle s'exerce vers un public qui n'en a quasiment plus besoin, au lieu de simplifier l'information à destination d'un public nouveau. On en reparlera plus longuement un autre jour.

La parité dans la création est un problème difficile à amalgamer au reste. Pas les mêmes métiers, pas les mêmes rôles, pas les mêmes objectifs. L’œuvre est créée, et si elle est bonne, c'est à la médiation de la rendre accessible. Bien sûr qu'il existe des femmes formidables qui méritent plus d'exposition, c'est indéniable, d'ailleurs j'en connais.

Toujours est-il qu'à moins qu'on ne me démontre que les quelques institutions dirigées par les femmes ou les créations des femmes attirent un public plus varié que celles des hommes (à oeuvres équivalentes, c'est-à-dire que l'image Panini d'Anne Roumanoff ne vaut pas celle d'Ariane Mnouchkine ou de Lars Eidinger), à moins qu'on ne me prouve que la majorité des femmes ont une approche différente de la médiation et ne se satisfont pas du public facile et acquis des critiques, des initiés, des artistes et de la nomenklatura culturelle, mon énergie pour la culture sera ailleurs dépensée que dans l'égalité du côté des décideurs et de leur équilibre.

Alors signez la pétition du mouvement H/F si vous voulez, mais ça sera sans moi, vraiment.
Même si oui, si je devais me retrouver quelque part tout là-haut, je ferais tout pour la démocratisation de la culture. Même si elle devait se faire au prix de ma propre place (de femme).

lundi 16 juillet 2012

pamplemousse au palais des papes

Je vous ai dit que j'étais à Avignon et que j'y avais trouvé la plus adorable anecdote du monde sur le théâtre ?

Hier, en traînant dans le bureau des techniciens du Palais des Papes après Le Maître et Marguerite (clique, il y a des photos !), je suis tombée sur une adorable boule de poils avec un joli collier vert à clous. En pure et dure fille à chats facile à distraire, j'ai complètement décroché de ma conversation avec les pompiers pour caresser la petite chatte. Vingt minutes à lui chatouiller le ventre plus tard (comme pour draguer, il faut y aller peu à peu), je tiens son nom, elle s'appelle Pamplemousse. Pamplemousse n'est pas une chatte comme les autres. Pamplemousse n'appartient à personne, elle fait partie du Palais des Papes. Au début, elle était farouche, mais elle s'est doucement laissé apprivoiser et rentre parfois dormir chez l'un ou chez l'autre.

Pamplemousse, la chatte du Palais des Papes

Ce qui rend Pamplemousse exceptionnelle, c'est que contrairement aux chats qui ont un jardin pour terrain de jeu, elle a le Palais des Papes et sa Cour d'honneur.
Quand j'ai cru rêver hier en voyant une ombre longer le plateau du McBurney, mais non, pas du tout. Quasiment tous les soirs, Pamplemousse traîne sur le plateau, se glisse entre les pieds des comédiens, chasse les lumières de la scénographie, très furtivement, semant presque à chaque fois les techniciens et pompiers qui tentent de l'empêcher.

Pamplemousse, la chatte du Palais des Papes


(J'ai de jolies photos de Pamplemousse, mais je blogue aujourd'hui de mon smartphone en direct du Rocher des Doms, alors on verra demain. <= Phrase caduque puisque j'ai ajouté les photos, mais je la laisse pour me souvenir que j'étais dans l'herbe sous le cagnard avec juste assez de Mistral pour faire frais.)