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mardi 22 janvier 2013

changer de perspective

Une foultitude de petites choses me rendent mon âme d'enfant.
L'odeur des crêpes préparée par ma maman, m'asseoir par terre au milieu du salon de ma grand-mère, écouter du Diana Ross ou Louis Armstrong. Ces petites choses grâce auxquelles on s'émerveille, ou au moins on se souvient qu'on s'est émerveillé un jour.
Et puis la semaine dernière, j'ai eu envie d'un tour de grande roue. Ou plutôt : mon amour de l'hiver m'a donné envie de grande roue. J'adore le froid qui pique les joues, j'adore me réchauffer les mains sur les chocolats chauds, j'adore me lever le matin en ayant le fol espoir que les toits seront couverts d'un manteau blanc.
Le simple fait de devoir mettre un manteau d'hiver me met de bonne humeur.

Le top du top, en hiver, c'est la nuit. Loin de la nuit d'été, celle que l'on passe à la belle étoile, à regarder le ciel en sentant la brise dans ses cheveux, la nuit froide, longue, silencieuse, celle qui tombe en même temps que le mercure dans les thermomètres. La profondeur des nuits d'hiver met d'autant plus en valeur les touches de lumière qui la ponctue. Le silence des nuits d'hiver met d'autant plus en valeur les notes qui le ponctue. Les grands espaces vides rendent précieux chaque être humain avec qui l'on passe du temps.

C'est pour ça que j'aime particulièrement la grande roue, cette gigantesque parenthèse de lumière au coeur de Paris. Des nacelles hors du temps qui n'auraient pourtant aucun sens à mes yeux autrement que dans le froid mordant de l'hiver… De quoi protègeraient-elles sinon ?

La semaine dernière, un Parisien pur et dur avec qui j'ai voulu vivre la grande roue m'a répondu "meuh non, c'est un truc de touristes, on va pas faire ça !". Deuil et tristesse, mais comme une amie avait déjà répondu à l'appel de la grande roue, j'ai partagé l'expérience avec elle. J'aurais pu y aller tous les soirs, parce que quand on aime (les gens, l'hiver, la grande roue), on ne compte pas.


Une fois dans notre capsule, on pousse de petits cris de souris contentes d'être là. Et c'est après un quart de tour que la magie opère : Paris est là, sous nos pieds, on flotte entre le Crillon et la Seine, entre les Tuileries et l'obélisque de la Concorde. Impossible de ne pas s'émerveiller quand on a à portée d'oeil la Tour Eiffel, le Grand Palais, les Champs Elysées et l'Arc de Triomphe, la majesté du Louvre, la Seine, Jussieu et la Tour Montparnasse. On ne sait plus où donner de la tête, Paris est magnifique, toute petite et délicatement éclairée sous le ciel bleu marine.

C'est la grande force de l'attraction pour touristes qui ne dit rien, l'attraction qui ne fait que montrer, celle qui offre un regard nouveau, une vue d'ensemble. Ces monuments dont on longe au quotidien les pierres et la structure en se plaignant de la pluie et de la foule forment soudain un ensemble à l'harmonie sans faille. On retrouve de là-haut ce que les touristes aiment à Paris : sa magie, son romantisme, ses lumières. On comprend qu'on a de la chance de pouvoir toucher à tout ça au quotidien, et qu'on n'en profite sûrement pas assez.
Parce qu'un changement de perspective et une prise de hauteur gomment les défauts du quotidien, faites un tour de grande roue, respirez profondément et laissez-vous (ré)enchanter…

dimanche 28 octobre 2012

Aime-toi et le Ciel t'aimera (peut-être)

Avant, je ne m'aimais pas. Pire : je m'insupportais.
Il m'a fallu du temps pour accepter de me voir. Il m'a fallu du temps pour accepter le face-à-face avec moi-même.
Je crois que j'ai souvent rompu cette relation avec moi-même, d'ailleurs. Avec le corps, et même l'esprit parfois. Souvent j'ai préféré m'enfuir dans d'autres bras, avec d'autres rires, avec d'autres soucis. M'enrouler dans l'amour des autres comme rempart pour ne pas avoir à me rencontrer. 
Et puis un jour, je me suis perdue. J'ai eu une sale journée de brouillard, une journée où personne n'étais là pour me montrer qu'il m'aimait. J'ai compris que les autres ne t'apportent leur amour que quand ils sont là. Entendons-nous bien, je sais bien que les proches pensent aussi à toi quand ils ne sont pas à portée de bras, mais ils ne peuvent pas te couvrir de signes d'affection perpétuelle.
Alors j'ai arrêté. J'ai arrêté de devoir être aimée à tout prix. J'ai continué à me fuir, mais en me construisant, aussi : je faisais toujours mille choses pour ne pas penser à moi, mais je prenais le temps de faire mille choses qui me faisaient plaisir.
En prenant un jour de congé de ces prenantes activités, près d'un an après leur début, je me suis rendu compte que je m'aimais. Qu'il y avait encore un peu de rancœur enfouie, mais que je pouvais sans mentir affirmer que je m'aimais. Que si je voyais toujours autant de gens, c'était parce que j'en avais envie, et non désespérément besoin.

Aimez-vous, et l'amour des autres, vous le recevrez mieux. Aimez-vous parce que quand vous êtes seuls face au miroir, il n'y a personne pour vous aimer à votre place.

jeudi 30 août 2012

j'aime le rose, et pourtant, je suis pas (tout à fait) la dernière des connes.

Les filles, faut qu'on parle.
Cet été, sur twitter, les blogueuses féministes ont crié très fort. Un peu parce qu'elles avaient raison, un peu parce qu'elles avaient de la place face à l'absence habituelle d'actualité estivale.
Parfois, je suis d'accord avec elles : bouh, le harcèlement de rue ; bouh, les femmes battues ; bouh, les inégalités salariales ; bouh, les pubs pour lessives qui mettent quasiment toujours en scène des femmes.
Parfois, j'ai envie qu'elles me laissent vivre ma vie.

Petite, je jouais aux petites voitures, principalement avec des garçons, tout en ayant une aversion pour le rose ("trop fille"). Quand avec ma cousine on sortait les Barbie, c'était pour monter des scénarios à l'image de notre famille, où les femmes passaient leur temps à sortir et bosser pendant que les hommes les attendaient en faisant la cuisine. Je ne connaissais pas le maquillage en dehors des jours de déguisement, mon corps m'importait peu. J'étais bonne en maths et je voulais devenir médecin ou scientifique. Un truc à prix Nobel, qui irait bien avec mon éducation de personne qui peut être la meilleure et donc qui le sera, avec tout ce que ça implique de succès et d'indépendance.
Je ne comprenais pas les campagnes d'égalité hommes-femmes et garçons-filles parce qu'elles semblaient viser un but qui était, à peu de choses près, à l'image de mon quotidien.

Et puis un jour, j'ai découvert le rose, les garçons et le khôl.

Le rose, un peu par hasard. Quand j'avais 14-15 ans, on m'a offert une trousse rose avec des coeurs, j'ai longtemps hésité avant de l'utiliser, parce que le rose, les coeurs, c'est pour les filles. Et j'ai fini par en avoir besoin, l'utiliser et m'y habituer. J'ai même commencé à l'aimer parce qu'elle était rose avec des coeurs, et qu'on s'en foutait que ce soit un "truc de fille", puisqu'elle me plaisait. En googlant la marque de l'objet, j'ai découvert Agatha Ruiz de la Prada et sa mode vitaminée, pleine de caractère, et en même temps très féminine.
Chaussures d'♥
Mon intérêt pour la mode a sans doute commencé un poil plus tard, quelque part entre un soin excessif apporté à mon corps et un abonnement à Elle. Il m'en reste une passion pour la mode, ses inspirations, ses contraintes, son influence sur l'économie et le quotidien. Les livres de mode (parfois de couture), les ELLE consacrés à la Fashion Week et les chaussures se mélangent chez moi avec les livres d'histoire de l'art, les magazines de philo et les romans d'auteurs contemporains. Cette semaine, un mec m'a arrêtée dans la rue pour me dire que j'avais de belles chaussures, j'ai trouvé ça trop cool.
Aujourd'hui, mon rapport au corps va mieux, ce qui ne m'empêche pas d'être parfois (souvent ?) au régime sans m'être pesée depuis des années et de faire mes abdos du matin en écoutant des podcasts politiques (les culturels sont plutôt faits pour le ménage, entre autres) pour me sentir bien dans mon corps. Pas particulièrement mince, juste bien.

Mais oui, ça m'arrive de vouloir être quelqu'un de différent. Un peu en changeant de temps en temps de parfum, un peu par le maquillage. En bonne victime du marketing,
j'ai craqué il y a peu pour le rouge à lèvres qui est - selon la pub - celui de la dernière tournée de Madonna. La vérité, c'est que j'adore sa couleur et sa texture, et qu'il tient assez bien pour que je puisse tenir le crachoir une soirée à parler de littérature en mangeant des pâtes.
Le jeune homme que j'ai en face de moi peut être le dernier prix Marcel Duchamp et avoir deux Molière, il peut toujours courir pour coucher avec moi s'il ne m'attire pas physiquement, et que je ne m'attends pas à ce qu'il accepte s'il me
Bon d'accord, je cherche toujours un peu dans
quel sens on tient les livres, mais ça viendra
trouve moche (parce qu'avoir de la conversation est une bonne clef pour la friend zone).
Donc je mets un peu en valeur l'extérieur pour pécho et pouvoir me sentir toute petite et en sécurité deux heures ou deux ans dans des bras musclés et avoir mon coup de... pardon, je m'égare, mais ça n'influe pas sur ce que je suis, même si quand mes ongles sont vernis, je suis un peu plus sure de moi, mais pas plus con. D'ailleurs, un ami de mon ex me prenait pour une jolie cruche jusqu'à ce qu'un jour je décide de le mettre face aux contradictions entre ses idéaux et son mode de vie.
Prendre soin de soin serait-il tellement associé à une superficialité extrême qu'il faut être moche pour être crédible ?


Alors non, je ne suis pas opposée au principe de libre-arbitre libéré du marketing, justement, j'aimerais qu'on ne tombe pas dans l'excès inverse. J'aimerais ne plus sentir cette petite pointe de culpabilité quand je dis face à certaines féministes que j'aime le rose, les chaussures à talons et le rouge à lèvres et qu'elles me toisent comme une dinde alors que oui, vraiment, j'ai choisi de faire un truc un peu pétasse (et de montrer mes seins sur internet afin de pouvoir dire un jour à mes petits-enfants que Mamie fut bonne, à l'époque) et d'apprécier des séries et films qui ne passeraient le test de Bechdel sous aucun prétexte pour le plaisir du divertissement. Que parfois, j'en ai rien à foutre qu'un produit soit un crime de marketing genré, s'il me plaît et qu'entre nous c'est le niveau mille de l'amour matérialiste, je l'achèterai. J'aimerais bien, aussi, qu'elles ne prennent pas un air étonné quand je dis que l'égalité hommes-femmes passe aussi par les discriminations dont les hommes sont victimes. J'aimerais qu'on ne parle plus de "féminisme", mais d' "anti-sexisme", moins dogmatique, qui ne divise pas terminologiquement la société en oppresseurs et en opprimées, mais en hommes qui sont obligés de réussir (d'ailleurs, est-il sain de reporter la même pression sur la femme ? la question serait à approfondir.) et qui ont parfois du mal à avoir la garde de leurs enfants, et en femmes qui gagnent moins et ont plus de tâches ménagères. La pression est simplement plus ou moins visible, mais elle est là.

Continuez à nous parler des gros problèmes de la société, et à vous battre, parce que c'est important. Mais arrêtez de souligner que c'est toujours la femme qui est perdante, et qu'aucun des choix "genrés" qu'elle a l'impression de faire n'en est un, parce qu'on ne s'y retrouve pas toutes et que tout ça revient à nous imposer une pression différente.
D'ailleurs, il ne s'agit pas de toutes s'y reconnaître, mais de tous s'y reconnaître.

mercredi 25 juillet 2012

l'égalité H/F dans la culture. pour quoi faire ?

Je ne signerai pas le manifeste du mouvement H/F pour l'égalité femmes-hommes dans l'art et la culture.

C'est un peu casse-gueule de ma part, puisque je veux être une femme qui travaille dans l'art et la culture, de préférence à un poste important. Je tire donc une balle dans mon pied à moi, et en même temps, j'ai la modeste impression de rendre service à la communauté.

La démocratisation de la culture. Gros sujet.
Le prendre du côté de l'inégalité hommes/femmes chez les décideurs, comme le fait le manifeste, c'est, à mes yeux, passer à côté d'un aspect assez essentiel de la culture que l'on a souvent tendance à oublier : le public.

Sans public, la culture n'existe pas. Sans public, la culture deviendrait un truc de cultureux qui se gargarisent (expression copyrightée par @AlmiraGulsh) de leur propre travail.

Oh wait. La culture est un truc de cultureux qui se gargarisent de leur propre travail et du travail qu'ils admirent et soutiennent. Des cultureux qui créent, diffusent ou communiquent (en gros, on va pas se faire tous les métiers) pour des habitués, des initiés, des instruits qui connaissent les codes et les clefs de compréhension. C'est comme ça dans les théâtres, c'est comme ça dans beaucoup de musées, c'est comme ça dans la littérature.

La culture n'est pas transversale socialement. Non. Pas du tout même. Si on laisse de côté les touristes, cas à part, qui visite le Louvre ? Qui profite des premiers dimanches gratuits dans les musées nationaux ? Qui fréquente la Comédie française, l'Opéra, et pire, les salles aux mises en scènes plus "pointues" ? Qui lit les primés du Goncourt, du Médicis, du Femina ? Ceux et celles qui s'y intéressent et qui n'ont plus aucun effort à fournir pour les comprendre. Et à toute personne qui me répondra, mais siiiiii, les bac+rien aussi ont leur musée, au mausolée de Lek & Sowat, je dirai : ouais, mais c'est un lieu que le bourgeois de la Sorbonne ne comprendra pas.
(Oui, on va vaguement caricaturer les classes sociales pour que cet article soit plus court.)


Les lieux universels n'existent pas, c'est évident, entrent en jeu des questions de goûts et de couleurs. Sauf que les trois quarts les jeunes de banlieue n'auront jamais l'occasion de se forger une opinion sur Littell, Pina Bausch, Le Caravage, Berenice Abbott ou Ostermeier. Les lieux qui doivent les rendre accessibles leur sont inaccessibles. Par manque de médiation, ils sont persuadés qu'ils n'y comprendraient rien et préfèrent mater 1h49 de Top Gun que de se risquer à ne rien piger à 25 min de La Jetée. Quand un lieu est réservé à une catégorie d'initiés, la sélection du public ne se fait pas par le goût, mais par une médiation qui ne plus sert à rien, puisqu'elle s'exerce vers un public qui n'en a quasiment plus besoin, au lieu de simplifier l'information à destination d'un public nouveau. On en reparlera plus longuement un autre jour.

La parité dans la création est un problème difficile à amalgamer au reste. Pas les mêmes métiers, pas les mêmes rôles, pas les mêmes objectifs. L’œuvre est créée, et si elle est bonne, c'est à la médiation de la rendre accessible. Bien sûr qu'il existe des femmes formidables qui méritent plus d'exposition, c'est indéniable, d'ailleurs j'en connais.

Toujours est-il qu'à moins qu'on ne me démontre que les quelques institutions dirigées par les femmes ou les créations des femmes attirent un public plus varié que celles des hommes (à oeuvres équivalentes, c'est-à-dire que l'image Panini d'Anne Roumanoff ne vaut pas celle d'Ariane Mnouchkine ou de Lars Eidinger), à moins qu'on ne me prouve que la majorité des femmes ont une approche différente de la médiation et ne se satisfont pas du public facile et acquis des critiques, des initiés, des artistes et de la nomenklatura culturelle, mon énergie pour la culture sera ailleurs dépensée que dans l'égalité du côté des décideurs et de leur équilibre.

Alors signez la pétition du mouvement H/F si vous voulez, mais ça sera sans moi, vraiment.
Même si oui, si je devais me retrouver quelque part tout là-haut, je ferais tout pour la démocratisation de la culture. Même si elle devait se faire au prix de ma propre place (de femme).

jeudi 17 mai 2012

tout ça n'existe pas.



“Une oeuvre qui n’est pas vue par les autres n’existe pas.”


image cliquable

Il suffit que Buren dise une phrase pour que je regarde mon carton à dessins
et que je me demande à quoi bon.
Reste à savoir qui sont "les autres".

lundi 7 mai 2012

dans une bulle de parfum.


Il m'a absorbée.
Jean-Claude Ellena, parfumeur de la maison Hermès, m'a prise par la main pour me faire découvrir le fascinant processus de la création d'un parfum. Des inspirations poétiques aux formules chimiques, j'ai tout senti. Je l'ai vu sentir les poires sur les marchés italiens, je suis revenue avec lui à des formules oubliées, je l'ai imaginé réfléchir au nom de ses nouvelles créations. Il m'a gardée captive de l'univers du parfum, des senteurs qui l'entourent, des flacons de son atelier de Grasse. J'avais l'impression de sentir avec lui. J'ai d'abord beaucoup regretté que ce journal ne soit pas en odorama. Et puis mon imagination a tellement pris le dessus que j'ouvrais le livre dans le métro et ne sentais plus que le citron, la pomme, le lilas. Purs. Rien d'autre, pas d'associations compliquées, de parfums géométriques. Avoir de petites cartes à gratter et sentir au fil de la lecture aurait rendu les effluves réelles, donc parasitées par les odeurs qui nous entourent, au lieu de leur permettre de nous transporter loin chaos et de l'agitation urbains.
Je ne sens plus de la même façon. J'ai l'impression de redécouvrir le monde.
Vous aussi, lisez Journal d'un parfumeur de Jean-Claude Ellena

mardi 3 avril 2012

asynchronisme


On ne le dira jamais assez, ça fait un bien fou de se couper un peu du quotidien, du stress, de la précipitation. D'enfin considérer les mails et sms comme ce qu'ils sont : des moyens de communication asynchrones auxquels ont prend le temps de réfléchir au lieu de répondre sous l'impulsion du moment. De se soucier de la réalité, mais de la prendre avec distance, avec des horaires qui nous conviennent mieux, avec du thé et des Balisto. De prendre le temps de faire ce qu'on aime avant de revenir à la contrainte, et à ce qu'elle a de plaisant, aussi.
Vivre selon son propre rythme, le temps de quelques jours.
On ne le dira jamais assez.
On l'oublie même trop.

samedi 24 mars 2012

l'heure d'être romantique.


Cette nuit, on change d'heure.

On perd une heure, on en gagne une autre. J'aime bien changer d'heure. Je ne dors jamais aux changements d'heure. Je les attends avec impatience et me refuse à dormir quand ils arrivent. Ils permettent de caser un plaisir d'une heure entre 2h et 2h, ou de croire que l'on s'est distrait une heure durant entre 1h59 et 3h01, là où notre emploi du temps ne nous aurait permis de profiter que de quelques minutes de temps libre.

Souvent, je me surprends à être gagnée par une sorte de… mélancolie romantique, une envie de partager ces instants avec un être cher, pour les rendre encore plus exceptionnels. Parce que ces moments artificiels sont le carde temporel parfait du rendez-vous galant idéal.

Quand le temps est l'un de nos biens les plus rares, on a envie de pouvoir dire à l'autre que cette heure qu'on nous a offerte, on a voulu la passer à ses côtés, et que non, on n'a pas vraiment le temps, mais on aimerait croire que l'on a passé une heure entière ensemble.

vendredi 17 février 2012

le jour où j’ai arrêté la presse pour nanas.


J’adore la presse magazine. Dans ma chambre d’ados (où je garde précieusement les mags qui ont un peu de valeur à mes yeux), il y a une pile d’environ 1,50 m de Elle, des numéros de Wired US, Wired UK, Beaux-Arts, Connaissance des Arts, Lire, Causette, de vieux Journaux de Mickey, des National Geographic, TIME, des numéros de Books, Citizen K, Philosophie magazine, dazed&confused, WAD, le souvenir des hors-séries spécial sexe des Inrocks et de quelques numéros de VICE que je soupçonne ma mère d’avoir jeté à la faveur d’un déménagement, et puis des mags étrangers tout plein. Pour résumer, la fin de la forêt amazonienne, c’est moi.
La plupart de ces titres, je les ai connus dans des halls de gares et des aéroports, ces endroits où on tue le temps en cherchant de quoi tuer le temps.
Sauf Elle. Elle a été l’un des rares magazines auxquels j’ai été abonnée (avec TIME mag). J’ai souscrit quand j’étais grande ado, parce que ça faisait adulte. J’ai adoré faire ses mots-croisés, découvrir la complexité du rapport mère-fille au Japon et les sondages sexo clairement pipés par le fait que la sodomie soit encore un tabou, lire Sophie de Fontanel pendant les cours, rêver sur du Prada et tester les fiches recettes. Ca me parle, j’assume malgré le regard des quelques personnes de mon entourage persuadées que ce genre de mags est nocif et creux. Tout est une question de distance. A force d’entendre les critiques adressées aux « féminins traditionnels », j’ai trouvée révolutionnaires les initiatives qui en prenaient le contre-pied : j’ai l’intégrale de Causette et j’ai traîné à leurs apéros, j’ai sauté de joie à la sortie de Fashizblack (que je n’ai jamais acheté, puisque j’ai gagné un abonnement sans jamais recevoir mon dû, donc par principe…). Un jour, j’ai arrêté de prendre le métro, qui était finalement l’occasion de lire cette presse-là, et sans m’en rendre compte, j’ai arrêté d’acheter des féminins, tout en continuant à les suivre sur les réseaux sociaux (et à cliquer de temps en temps sur des webzines néo-féminins). Au fil des publications, d’une qualité certaine, j’ai commencé à retenir des impressions plutôt que du contenu, parce que c’est internet, parce que ça va vite, parce qu’on est submergé et qu’une info pousse l’autre. Ca m’a fait un drôle d’effet. Là où Elle me disait d’être drôle et jolie, de m’ouvrir un peu sur le monde, d’avoir assez de vocabulaire pour faire les mots croisés de Jacques Rouvière (qui sont un peu durs, ne nous méprenons pas) et de faire attention parce que j'étais bien volupteuse dans mon 38, Causette me disait de ne pas attacher d’importance à mon apparence, de réfléchir avant de me laisser avoir par la pub, tout en m’intéressant à la science et à la littérature féministe pour. Là où Elle ne me présentait que des mannequins blancs, Fashizblack ne montrait que le visage noir de la mode.
J’ai commencer à traquer tous ces petits gestes que je trouvais naturels ou presque. Un œillade à un beau garçon, une jupe pour un rendez-vous galant, un sourire pour faire tomber une prune (arrêtons de nous mentir, nous sommes des animaux, et tu peux avoir 3 doctorats, si un mec te saute pour ça et non pour ton physique, c’est aussi un pervers). J’ai commencé à traquer les signes du sexisme et du racisme ordinaire, et je suis devenue une fille libre, forte, indépendante qui en plus d’aimer Aretha Franklin, trouvait que c'était une merveilleuse légende de la musique noire. Je sortais avec des mecs plus féministes que moi et c’était facile, jusqu’au jour où j’ai eu assez d’indépendance pour dire que le couple était un poids. Je sortais avec des mecs qui croyait plus à la discrimination positive que moi, et c'est facile de me dire que ça n'était pas du tout étrange de voir des mags avec uniquement des mannequins noirs, parce que c'était de la diversité, et non du communautarisme (au sens non péjoratif du terme).
C’était anxiogène et réducteur tout pareil. Juste pas sur les mêmes plans. C'était même pire, parce qu'en plus de me dire ce que je devais faire et ce que je devais être, cette nouvelle vague de la presse féminine m'indiquait la presse traditionnelle comme l'écueil à éviter. J'entends déjà des voix s'élever et m'expliquer que oui, bien sûr, c'est anxiogène d'utiliser son cerveau, de sortir de sa zone de confort, de se contraindre à réfléchir. Peut-être. Mais ça l'est tout autant de ne pas s'autoriser à être légère, frivole, superficielle.
Bien sûr, tout cela n'est que marketing et publicité, mais laissez-moi passer des heures à choisir mon vernis, avoir plein de potes de toutes les couleurs ou presque, mais lire aussi de gros livres intelligents quand j'en ai envie (si si, je vous jure que ça arrive). Laissez-mou être aussi féminine du cerveau que du capiton.
Dénoncez ce que vous voulez, mais évitez de l'interdire.

mardi 14 février 2012

nous sommes mardi.

J'ai failli intituler cet article "pourquoi vous me faites chier avec votre saint-valentin de merde" et puis je me suis souvenue que j'ai beau jurer tous les deux mots dans la vraie vie, ça m'ennuie un peu de coller des gros mots dans un titre. Mais je n'en pense pas moins.
Alors… Pour faire simple, je vais vous raconter ma dernière Saint-Valentin, mon dernier Noël, et deux de mes dernières Saint-Sylvestre (pas mon dernier anniversaire, non, c'est toujours cool, les anniversaires, on pique-nique, on boit des cubis de chardonnay et on joue au pictionnary).

Commençons dans le désordre :
- Mon dernier Noël. Je l'ai passé en Pologne, parce que je n'avais aucune envie de le passer chez ma mère (alors qu'avec ma mère, je l'aurais fait avec plaisir), et que je me sentais bête de vouloir rester au fond de mon lit avec comme seuls potes Ben et Jerry. J'ai donc pris mes billets d'avion sur un presque coup de tête, pour ensuite passer un Noël atrocement codifié avec un entourage que j'adore dès qu'on se retrouve de façon informelle. La tentative d'égayer ce Noël a aussi été motivée par le naïf désir de recommencer à croire aux fêtes après une longue série de repas de famille toujours pires, le summum étant atteint lors de l'avant-dernier Noël, celui dont la date correspond étrangement bien avec le début de la rupture avec mon ex, et que je passais bien sûr dans sa famille, dans le sud, à sourire après avoir passé un bon quart de la journée à pleurer. (J'ai survécu à la rupture, merci, mais l'impression de m'être fait voler un Noël est bien là.)

- Ma dernière Saint-Sylvestre. Un dîner, un saut de puce pour le dessert, une soirée. Finalement une nuit comme toutes les autres nuits avec les mêmes gens avec qui je passe les nuits alcoolisées (coucou les copains, je vous aime quand même, vous savez). Une soirée comme il y en a eu mille, ni plus fascinante, ni plus ennuyeuse qu'une autre. Juste un samedi soir qui m'a rappelé la Saint-Sylvestre que j'ai passée en Allemagne, où nous nous sommes éclipsées vers minuit et demie, ma copine et moi, pour mater Türkisch für Anfänger sous la couette en mangeant de la glace à la vanille, alors que ses parents continuaient à fêter en bas. Pas de motivation pour y aller, retour tôt pour faire un truc qu'on aime, soirée sauvée.

- Ma dernière Saint-Valentin. Aucun souvenir. Blackout complet. Au vu du timing, j'ai sans doute dû :
a. passer une soirée sans tendresse avec mon ex.
b. passer une soirée sans tendresse avec les larmes aux yeux.
c. passer une soirée entre célibataires en faisant semblant d'aimer la vie (en gros).
La seule chose dont je me souvienne, c'est que j'ai accordé beaucoup d'importance à cette Saint-Valentin-là. Trop, sans doute. Plus que les trois années précédentes, c'est sûr. Les trois années où finalement, j'étais bien dans mon couple, sans le besoin d'être rassurée, sans le besoin qu'on me dise quand nous retrouver, sans le besoin d'exposer cet amour-là à la face du monde.

Alors plus jamais de retrouvailles sur commande.
Et pour ce soir, pas de soirée de célibataires, pas de prétexte pour voir les gens que j'ai envie de voir (ou pas, d'ailleurs), pas de remontage de moral de copine qui déprime.
Juste un mardi.


(Cela dit, si tu m'aimes et que tu veux m'offrir de longs gants en cuir rouge suite au suicide des miens du haut d'un panier de vélib, yes you can.)

mercredi 1 février 2012

le SIDA et les inconnues polonaises sur facebook

Parlons un peu de cette vidéo qui traîne en ce moment sur les réseaux sociaux, et qui suscite une mirifique quantité de réactions passionnées et passionnantes que l'on peut résumer à "Pourquoi il ne faut pas accepter d'inconnues sur facebook" :



*éclaircissement de gorge*
Point interculturalité.

La Pologne est un pays sublime, plein de forêts, de lacs, de farfadets et d’immeubles communistes. On y trouve aussi plein de jeunes, des églises sectaires et quelques anticléricaux. Puis des capotes par boîtes de 3, des flics qui traquent les forums sur comment acheter du RU484 aux Pays-Bas, des faiseuses d’anges et des gynécos progressistes dont on se refile l’adresse sous le manteau. Et quelque part, dans un petit coin de l’éducation sexuelle, le SIDA et d’autres IST plus ou moins mortelles.
Alors oui, le (jeune) Polonais utilise des préservatifs. Mais pas pour toutes les bonnes raisons. Le nombre de personnes qui se découvrent contaminées par le SIDA est en augmentation quasi-constante depuis 20 ans. La part des relations hétéros à risque parmi les « nouvelles contaminations » tourne autour de 21 % (contre 14 % pour les relations homos et 47 % pour l’injection de drogue… et 16 % de contaminations dont la cause reste indéterminée). Toujours est-il que le SIDA reste un truc de gays et de drogués. Une bonne partie des jeunes Polonais que je connais ne sort pas spontanément de préservatif et ne se fait pas tester régulièrement, pas après une prise de risque, souvent pas du tout. La capote reste un moyen de prévention de la grossesse, pas des maladies, alors elle est interchangeable avec les autres moyens de contraception. Pire, en cherchant les chiffres pré-cités, je suis tombée sur l’interview d’un expert sur la question du préservatif (oui je perds toutes mes références) qui – en plus de n’aborder les IST que très succinctement - disait que les filles avaient souvent honte d’imposer le préservatif, donc laissaient tomber. L’amour et la fidélité et l’Eglise protègent du SIDA. Ou plutôt : oui, le SIDA existe, mais la menace n’est pas réelle, ça peut tomber sur n’importe qui, donc ça arrive forcément aux autres, tout est une question de confiance en la personne qu’on a en face de soi, après tout. Le SIDA n’est pas assez abordé dans l’éducation sexuelle en Pologne, alors que les mœurs se libèrent peu à peu, donc cette campagne de la Croix Rouge polonaise est un petit pas en avant, même si ça serait chouette qu’un jour on parle de l’éventualité du SIDA dans le couple.
Alors oui, si vous voulez, vous pouvez faire le raccourci qui consiste à dire qu’accepter les bonbons des inconnues file le SIDA, mais dites-vous qu’il y a des pays où le SIDA reste un  sujet peu tabou et que vous avez de la chance qu’on vous répète sans arrêt que le latex peut sauver des vies. Et profitez-en pour réfléchir à la baisse de l’utilisation de la capote en France (et dans vos destinations de tourisme sexuel), au lieu de vous dire que tout ça ne vous concerne pas.

(chiffres de 2010 du Ministère de la Santé polonais)

jeudi 1 décembre 2011

adopteunmec, le produit vs. l'emballage.

Pour commencer quelques données qui planteront le décor de cette note.
- Je suis inscrite sur AdopteUnMec, j'aime bien y traîner. Je n'ai jamais rencontré personne, parce que ça n'est pas exactement mon but, mais il m'arrive - entre deux boulets - de discuter avec des garçons intéressants. Je connais des gens qui y rencontrent de nouveaux potes, de nouveaux plans cul, ou même l'amour.
- Je ne suis pas une féministe. Ou plutôt : je n'aime pas les cases, et celle dit se définit d'une façon dans laquelle je ne me reconnais pas, en plus de rassembler à mes yeux trop de courants pour être claire. (On ne va pas rentrer dans ce débat maintenant. S'il-vous-plaît.) Cela dit, ça ne m'empêche pas de croire dur comme fer à l'importance de l'égalité hommes-femmes.
- Je suis la sexy taulière de VieDeGarces. Si j'en parle ici, c'est que j'ai déjà eu le débat intitulé "VDG, sexiste or not sexiste ?" sur twitter, et que d'aucuns pourraient estimer que VDG invalide la suite de mon discours pour cause de misandrie avérée. Disons simplement que je sais être garce envers des filles, et que je n'y peux rien si toutes les filles qui postent ne sont pas aussi fourbes.
- Le burlesque, j'aime bien, c'est joli. (Et sans en faire, je ne suis pas la dernière pour me désaper en public.)


Venons-en à la présentation de la V2 d'AdopteUnMec qui a eu lieu hier après-midi à la Nouvelle Eve. Un cadre élégant, une ambiance tamisée, une tournée de free hugs pour toutes les filles. Une jolie blonde arrive pour nous parler de la nouvelle version du site (qu'on aurait aimé voir en vrai, mais là n'est pas le propos), explique en quoi AdopteUnMec > Meetic et consorts, et raconte des trucs un peu légers sur le public du site. Et puis elle annonce que chez Adopte, ils sont féministes, "mais pas féministes qui ne se rasent pas sous les bras, plutôt féministes modernes." Voilà une blague bien éculée, je crois que même dans les milieux les plus anti-féministes, plus personne ne la fait depuis le bug de l'an 2000.
Avant l'intervention du directeur marketing, trois danseuses burlesques. J'aime, elles dansent bien. C'est simplement dommage que même pour nous vendre le principe révolutionnaire de l'homme objet, on nous file du strip-tease féminin.
Arrive le directeur marketing, évidemment en caddie, poussé par les danseuses.
Et là, c'est le drame. Je m'attendais à ce que la blague des féministes poilues soit rattrapée par un discours chouette et frais sur un site de jeunes. Pas de chance, on nous sert un produit novateur avec les préjugés du sexisme ordinaire. Ainsi, le directeur marketing nous déclare que "le site change comme une fille qui aime changer de garde-robe." Je change plus souvent les livres que je traîne dans mon sac que le contenu de mon placard, alors j'ai eu un peu de mal à me reconnaître, mais suis-je vraiment une fille ? Vous voulez encore une blague qui passe mal ? "Si les filles veulent aller dans le sud se faire bronzer, il y a plein de Marseillais sur AUM." Lors de ma dernière visite de Marseille, j'ai insisté pour faire un tour dans la Cité Radieuse, mais Dieu sait qu'une fille qui s'intéresse à l'architecture, ça n'existe presque pas. Bien sûr, il a fait tôt ou tard remarquer à la blonde qui présentait qu'elle était jolie, mais on avait déjà touché le fond.
D'un coup, l'illumination (bon d'accord, le mot est un peu fort) ! Tous ces préjugés sur les garçons et les filles, je les ai déjà entendus quelque part… Mais où ? Ah oui, dans la vraie vie ! Tu sais, là où les mecs t'interpellent dans la rue et où tu choisis de leur parler ou non (comme les charmes AUM). Là où les copines discutent et se refilent les mecs qui ne leur vont pas tout à fait (comme dans le LAB de la V2). On reste bien coincé dans le clivage fille-fragile-qui-fait-attention-à-qui-l'accoste/mec-prédateur-qui-drague-tant-qu'il-peut. C'est drôle, de nous refiler un truc révolutionnaire emballé dans du discours plus tradi tu meurs.
C'est sans doute pour ça qu'Adopte a plus de succès que n'importe quel site où les garçons comme les filles payent et où chacun est libre d'accoster l'autre. Ca rassure, tous ces points communs avec la vraie vie.
Je trouve tout simplement dommage de le présenter comme la révolution ultime des codes de la séduction.



PS : Toi que j'ai inconsciemment embarqué dans le traquenard AUM, merci pour ton soutien moral.

mardi 27 septembre 2011

n'soyez pas trop jalouse, mad'moiselle...


Mon ex, en plaisantant, m'appelait parfois "Madame Nom-de-famille-de-Lex". Ca m'agaçait. Je veux bien être en couple, dans la relation la plus sérieuse au monde, je veux bien même éventuellement un jour envisager de peut-être me marier (ou pas), mais je risque de toujours tenir à "Mademoiselle", que j'associe à une certaine liberté, à un excès jouissif, à une indépendance saine. Pas du tout à l'attente qu'un homme me libère de mon misérable et vertueux sort de célibataire.
Il y a là un peu par jeunisme, parce qu'on peut avoir 22 ans et une pointe d'angoisse du temps qui passe, comme dans je-suis-jeune-et-je-tiens-à-le-rester-toute-ma-vie-parce-que-l'âge-c'est-dans-la-tête. Un peu par coquetterie, parce que dans "Mademoiselle", il y a deux ailes, et que "Madame", ça sonne lourd et marié et... responsable. C'est très con, je sais, et ça ne m'empêche pas de cocher la case "Madame" dans les formulaires administratifs, parce que c'est comme ça, c'est la loi, et que mon était civil n'intéresse personne. Un peu comme quand on m'appelle "Andie" au lieu d'utiliser mon vrai prénom, que je n'aime entendre que de la bouche des très intimes ou des inconnus, et dont j'ai parfois l'impression qu'il est fait pour être dit dans un souffle au creux du cou. Je m'égare, mais je pense la même chose de l'effet érotique du mot "Madame".
Mais au quotidien, parce que tout le monde ne peut pas nous héler en nous susurrant des douceurs, certaines femmes adorent être appelées "Mademoiselle", parce qu'elles se sentent rajeunir d'un coup par la magie de l'apostrophe. Pourquoi leur refuser ce petit plaisir ?




En fait, je crois que je suis pour la suppression de "Madame".
Le monde à l'envers, hein...

mercredi 21 septembre 2011

la couleur de la beauté

Dimanche matin, je me réveille de la douceur du réveil naturel. Comme tous les matins, je fais le chat, je traîne, et je finis par me passer la main dans les cheveux. Cheveux qui ont visiblement décidé de ne plus encaisser le combo pppp (piscine+putain de pollution parisienne) et de rendre ses lettres de noblesse à la texture de la paille sous prétexte que j'oublie de les pshitter à l'huile magique avant d'aller nager. Comme on est dimanche, je ne sors pas du lit et commence à surfer les internets à la recherche d'un bon site spécialisé dans les crises capillaires des cheveux un-peu-crépus-mais-pas-trop, un truc qui ne serait pas constitué de tests produits et coupes tressées-lissées-décolorées, mais qui serait fait avec amour et petites astuces. Introuvable.

Renee Thompson. Pas moche, comme on dit.
(Un clic sur l'image et tu en vois plus !)

Néanmoins, je suis tombée sur un reportage canadien, La couleur de la beauté, qui suit Renee Thompson, mannequin de 24 ans, belle comme c'est pas permis, dans ses castings new-yorkais. A son âge, c'est un peu sa dernière chance. Comme Renée est noire, elle rame à se faire une place au soleil, loin des shootings "ethniques".

Je vous laisse regarder le reportage, il est chouette et ne vous prendra que 18 minutes (génériques compris).









En somme, on apprend rien de vraiment nouveau. La mode est LE milieu de la dictature de l'apparence, et une fille qui a autant de hanches et de fesses que Renee (putain mais comment elle ose se présenter aux castings avec son obésité morbide) aura du mal à y percer, parce que les vêtements "tombent" moins bien. Fais le calcul, chérie, ça veut aussi dire que tu portes des vêtements qui sont faits pour bien tomber sur des filles qui font du 34. C'est bon, tu complexes ?
Et là, j'ai repensé à mon corps de fille métisse qui a forcément plus de gras dans les hanches que la caucasienne lambda, mais qui s'est récupéré une longueur de jambes toute polonaise, et qui donc use ses pantalons jusqu'à la trame parce que c'est vraiment trop la merde pour trouver une coupe qui va bien. La plupart des marques ne coupent pas leurs futals pour moi. Je me suis dit "heureusement que Levi's a fait les curve iD, bordel" et j'ai pensé que c'était un bon point de départ pour l'infiltration des mannequins noires. Sauf que je suis tombée sur la pub de la ligne en question en feuilletant une magazine hautement smart et qu'elle a cette gueule-là :


Reposons-nous donc la question mille fois posée de façon différente : mais pourquoi on devrait réussir à s'identifier, dans notre diversité, à des filles qui ont clairement toutes le même cul ? C'est quoi le pire : devoir s'identifier à une anorexique de 16 ou à une noire ? Comment je fais, moi, pour m'identifier à toutes ces mannequins blanches, blondes aux yeux bleus ? Je me concentre sur la pub Lacoste où la nana a l'air d'une blanche saucée dans le chocolat en me disant que j'ai aussi l'air d'une blanche saucée dans le chocolat au lait ? Est-ce que j'ai le droit être superficielle ET métisse ?
Jourdan Dunn

Bah oui, des mannequins noires, toutes pages confondues du ELLE de vendredi dernier, il y a en deux. Sur à peu près 200 pages. Toujours plus qu'il y a quelques temps, je sais. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai croisé sur papier glacé une noire avec un shooting pour elle toute seule. Pire, la dernière fois où j'ai croisé une noire avec de vrais traits africains au lieu d'un air de blanche photoshoppée. Sauf dans les "black issues" des magazines US, qui sont un peu comme les mags consacrés aux "rondeurs", une charmante façon de montrer sa bonne volonté le temps d'un numéro pour reprendre sa "ligne éditoriale habituelle" le mois suivant. D'un coup, j'ai compris pourquoi ces magazines que je ne regarde jamais dans les kiosques, Amina et consorts, se devaient d'exister… même s'il est probable que je n'en feuillette jamais aucun (sauf Fashizblack quand il sortira en papier ♥), parce qu'il faut bien avouer, au risque de décevoir les tombeurs de Château d'Eau, que je suis toute polonaise à l'intérieur et que ces mags abordent certains sujet d'un point de vue afrocentré qui m'agace. Et puis la beauté noire est encore plus horriblement commerciale que la beauté blanche. En partie parce que les grandes marques ne s'y intéressent pas beaucoup, mais surtout parce que les noires sont aussi à la recherche du produit miracle, et que putain blanchiment de la peau + lissage de cheveux + perruques + ongles de folie = encore plus de gens qui lancent encore plus de produits miracles pour encore plus de problèmes.

Liya Kebede

Pour en revenir à Renee, elle a un deuxième inconvénient pour passer des castings : elle a 24 ans. Quand tu es noire, tu t'en fous, ta peau ne vieillit pas de la même façon qu'une peau blanche, et d'ailleurs, ta peau ne vieillit pas. Pourtant, c'est dur de se battre contre des gamines biélorusses paumées dans un monde trop grand pour elles et qui se font parfois entourlouper par des photographes et agents peu scrupuleux… Mais c'est un autre problème, et Sarah Ziff et ses copines en parlent beaucoup mieux que moi dans Picture Me, témoignage concret des travers de l'industrie.

vendredi 16 septembre 2011

du pire, du mieux, de la vie.

J'ai passé des heures hier à zoner sur internet, trop claquée pour travailler (parce que réussir à oublier ce qu'on fait le temps de changer d'onglet sur Chrome, c'est un art). Au bout de deux heures à essayer de ne pas échouer à être raccord avec le monde qui t'entoure, tu finis par te concentrer sur le seul truc avec lequel tu es à peu près en phase : ton nombril. Le truc du nombril, c'est qu'on ne s'en occupe jamais vraiment. La plupart des gens s'occupent de leurs abdos, et la peau du ventre qui sont autant d'à-côtés intéressants, je le concède, mais qui évitent de se concentrer sur le coeur de ce qui ne va pas dans ta vie. Comme si tu... cachais ton bordel dans un placard au lieu de ranger, tu vois ?
Alors j'ai ruminé mes trois névroses préférées, cherché des solutions pour en sortir, me suis rendu compte que j'en avais élevées certaines en art de vivre, pour tenter d'en tirer du positif. J'ai vu que j'avais de la chance, aussi, parce que j'ai finalement très peu tâtonné avant de voir se dérouler devant moi la vie que je veux, même si tout n'est encore que fondations. De la chance d'être entourée des bonnes personnes, des bons mecs, des bons amis. Des gens qui poussent à se remettre en question, volontairement ou pas. Des gens qui font des choses qu'ils aiment, mais que je ne pourrais pas faire. C'est important de se connaître aussi en négatif, de savoir où se trouvent ses limites.
Et de se rendre compte que finalement, tout va bien.

lundi 8 août 2011

delit de sale gueule.

Mettons-nous bien d’accord : je n’ai pas exactement la gueule de la polonaise de base. Je sais. On me le répete assez. On s’en étonne assez, ça fait un peu plus de 22 ans. Ça m’a meme valu, associé a d’autres petites contrariétés, un début de dépression adolescente suite a quelques insultes bien placées. C’est dur de rentrer avec l’intense sensation de revenir chez soi et de se retrouver face a des inconnus qui en décident autrement.
Les garçons qui me draguent ici le font le plus souvent en anglais, avant de se sentir cons quand je leur réponds en polonais. Pire, certains s’autorisent a me faire des propositions indécemment répugnantes en s’imaginant que je n’en comprends pas un mot. (Note a tous les mâles de l’assistance : ne misez jamais sur la barriere linguistique pour proposer a une inconnue de lui ramoner la chatte toute la nuit a l’arriere d’un camion. Jamais.)
Il paraît que je ressemble a Patrycja Trucmuche, dont le pere vient d’Afrique Noire et la mere est polonaise. C’est a peu pres aussi pertinent que de dire que tous les Chinois ont la meme tronche.


Patrycja Trucmuche. Plus jolie en temps normal.
 
Passons le moment ou je laisse les non-Polonais deviner mes origines, et qu’ils me cherchent plus du côté des Antilles que de l’Europe de l’Est. Ou encore le joyeux moment ou les gens me présentent en disant qu’ « elle est polonais, ça ne se voit pas, hein ? » En fait si, j’ai les jambes et le bas du visage qui crient le Slavisme (Slavitude ? Slavité ?). Mais pour ça, forcément, il faut chercher plus loin que les Polonaises blondes aux yeux bleus. Ma mere en est une, certes, mais décolorée.
Le sommet de l’ubuesque a été atteint l’an dernier, quand les visiteurs du Consulat Polonais a Montréal demandaient au Consul si je parlais polonais, alors que j’avais le cul vissé sur une chaise de l’étage administratif.
Alors, oui, j’ai oublié, lors de l’enregistrement de mon Paris-Varsovie, le cliché qui me colle a la peau. J’ai tendu en disant bonjour mon passeport polonais a l’hôtesse, et elle m’a demandé si je parlais français. Une premiere. Et puis, quelques metres plus loin, avant de me demander de sortir mon appareil photo de son étui, puis d’enlever ma veste, mon gilet, mes chaussures, ma ceinture et mes lunettes, et apres avoir vu le meme passeport, l’agent de sécurité m’a demandé si j’étais polonaise. Merci d’avoir remis les choses a leur place.

(Edit : Oh dis donc he, j'en avais deja fait une note...)

samedi 9 juillet 2011

Pourquoi faire la Marche des Fiertés quand on est une fille qui couche avec des garçons ?

Pour les boys du char Têtu. Parce que les inégalités hommes-femmes, c'est une chose. Certaines d'entre elles s'expliquent par la pure différence physique et biologique entre les hommes et les femmes, n'en déplaise aux féministes. Mais les inégalités hommes-hommes ou femmes-femmes n'ont pas lieu d'être.
Je ne me vois pas comme hétérosexuelle. Je suis une fille qui couche avec des garçons, et qui, un jour, aura peut-être une "expérience" avec une fille. Une relation suivie, sans doute pas. N'empêche que tout cela me tient à coeur, parce qu'au-delà de droits, il s'agit dans mon esprit de choix. De se marier ou non, d'adopter ou non. Je ne vais pas vous pondre un billet pour le mariage gay et l'adoption, et toutes ces choses qui ont été mille fois soulevées ailleurs. Voilà juste quelques photos de gens comme nous.

jeudi 9 juin 2011

hadopi : l'autoparodie.

Mais non, bien sûr qu'on ne parle pas d'une éventuelle autoparodie teintée d'autodérision de ma part. Je me prends bien trop au sérieux pour ce genre de choses. Non non, on parle de ça :

J'ai quelques questions de sous-sous auxquelles je cherche désespéremment des réponses :
- Combien cette campagne de pub a-t-elle coûté ? (Qui l'a validée ? L'agence qui l'a pondue avait-elle des comptes à régler avec Pascal Nègre ?)
- Combien l'intégralité du dispositif Hadopi a-t-elle coûté ?
- Combien une boîte de prod touche-t-elle sur un CD/film ?
- Quelle est la somme reversée à l'artiste/aux artistes ?
- Quel est le budget annuel de la Direction générale de la création artistique ?
- De façon générale, quel est le montant annuel des subventions consacrées au spectacle vivant en France ? Au cinéma ? Comment ces subventions se décomposent-elles ?
- Combien les artistes perçoivent-ils en moyenne chaque année ?
- Combien les structures publiques et privées reçoivent-elles de subventions par saison ?
Participation au concours lancé par OWNI.

Tu vois, j'ai un but dans la vie (il paraît que c'est important), c'est de faire de la comm dans le domaine de la culture. Plus précisément, de rendre la culture plus accessible, de pousser des gens à aller voir des concerts en bas de chez eux, de petites pièces de théâtre, ou des expos d'artistes dont ils n'ont jamais entendu parler. Pousser à pousser des portes qu'ils n'ont jamais osé pousser. Guerilla artistique urbaine. Je sais, c'est un cause bien noble au croisement de deux secteurs un peu beaucoup bouchés. Mais j'ai plein d'idées. Pour du spectacle vivant, pas pour des CDs et DVDs qui ne sont finalement que la reproduction édulcorée d'une oeuvre artistique (perte de qualité sonore, petit écran).
Seulement, pour l'instant, voir le gouvernement soutenir la culture en nous promettant de protéger les grosses production de demain, celles qui auront déjà des majors derrière elles, et nous faire cette promesse de façon aussi médiocre, ça me fait doublement saigner de l'intérieur.

En bonus, le spot radio :