Ce blog a déménagé. Rendez-vous ici.
Affichage des articles dont le libellé est Pologne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pologne. Afficher tous les articles

dimanche 13 janvier 2013

Visual Poland 2 : l'affiche polonaise

J'avais commencé la série des choses à voir en Pologne il y a quelques mois déjà avec mon coup de coeur pour le tout jeune duo de créateurs Zuo Corp. J'ai traîné pour ce deuxième épisode, mais le voilà, et cette fois-ci, on s'intéresse à une tendance de fond du graphisme polonais : l'affiche, celle qui parle de cinéma, d'opéra, de théâtre et de tout le reste depuis la touuute fin du XIXe.
Je dirais que c'est l'un des éléments les plus reconnaissables de la pop culture polonaise : le truc qu'on trouve dans les brocantes de France et dont les amateurs d'arts visuels se souviennent en rentrant de Varsovie. Ca et les femmes (qu'on ne trouve pas sur les brocantes)(en principe).

Crocodile Dundee, par Mieczyslaw Wasilewski

J'avais déjà parlé de deux expositions d'affichistes polonais à Paris en 2011 : Cieslewicz à la CNHI et Batory aux Arts Déco.
Cieslewicz fait partie des premiers graphistes polonais connus à l'étranger, dans les années 60, quand le cinéma étranger a vu ses affiches recréées par les membres du courant ensuite nommé l'Ecole polonaise de l'affiche, caractérisé malgré sa variété par l'économie de formes et de codes visuels au profit d'images fortes, l'ironie, le jeu avec des polices de caractères.

Un chien andalou, par Wieslaw Wakulski

Aujourd'hui encore, la tradition est perpétuée, et les jeunes graphistes continuent à créer des affiches, autant pour s'entraîner que pour illustrer les projections de vieux films en cinéma étudiants... et évidemment parce que la création sur un support aussi reconnu en Pologne permet de se faire remarquer.

Dernier Tango à Paris, projections en cinémas étudiants
Agence Homework, spécialisée dans la création d'affiches
(Joanna Gorska et Jerzy Skakun)

Cette reconnaissance permet aux affichistes de dépasser le cadre de l'affiche, mais aussi se faire travailler à l'étranger, comme pour Batory, qui a longtemps créé les affiches du Théâtre Chaillot, renouant ainsi avec les affiches de théâtre, qui sont un peu moins connues mais par lesquelles tout a commencé.

Peines d'amour perdues de Shakespeare, par Wieslaw Wakulski

C'est tout naturellement que c'est à Varsovie qu'a ouvert le premier musée de l'affiche, où l'édition 2012 de la Biennale de l'Affiche a été commissionnée par Michal Batory et a attribué sa médaille d'or à l'affiche de l'exposition Unfolding Keith Godard, par Jianping He.


Et pour en revenir à leur présence sur les brocantes, j'ai discuté avec celui qui est l'un des rares à vendre des affiches polonaises aux quatre coins de la France (il est sur les plus grosses brocantes parisiennes et je suis tombée sur lui à Avignon en juillet), et il m'a raconté comment il s'était procuré sa tonne d'affiches et pourquoi elles valaient aussi cher. D'une part, beaucoup de cinémas jetaient purement et simplement les affiches une fois qu'ils ne passaient plus le film en salle. D'autre part, sous le régime communiste, certaines galeries vendaient déjà des affiches de films, mais les galeristes s'en foutaient un peu, puisque le salaire que leur versait l'Etat ne dépendaient pas de leurs ventes. Résultat : si ça se vendait trop mal, ils jetaient, ou vendaient pour une bouchée de pain pour s'en débarrasser. C'est ainsi que notre brocanteur, dont la mère est polonaise, s'est constitué un joli fonds en rachetant d'anciennes affiches l'équivalent de quelques centimes ou tout simplement en les demandant directement aux cinémas.

Le Parrain II, par Andrzej Klimowski

Pour (sa)voir plus, jetez un oeil au site de la Galerie de l'affiche de la Bibliothèque de l'Université de Varsovie... et si vous lisez le polonais, vous pourrez lire cet historique très complet de l'affiche polonaise ! Et si vous ne lisez pas le polonais, patientez un peu, je me lance à l'assaut de Wikipédia !

Hamlet, par Michal Batory

vendredi 24 août 2012

Visual Poland - Zuo Corp., de la mode qui brille

On ne parle pas souvent de mode, par ici, non ? Et pourtant, dans la vraie vie, j'en parle sans arrêt. Surtout quand je mets le nez dans le papier glacé made in Poland pour y découvrir les nouvelles collections des créateurs polonais que j'adore ou pour voir quelles sont les nouvelles marques qui mériteraient bien qu'on parle d'elles en dehors de la Pologne.
Cette année, en feuilletant un article sur Monika Brodka, ma chanteuse polonaise préférée, dans le Elle de septembre, je suis tombée sur cette photo :


Et deux autres de la même séance photo au musée du néon de Varsovie :

Spasmes oculaires pour l'amatrice de vestes originales, de motifs et de belles matières que je suis. Cette petite chose orange et rose est une tuerie, créée par la marque Zuo Corp. qui m'est complètement inconnue jusque là. Très vite, un petit coup de Google pour découvrir la collection dont est issue la pièce, et me voilà face à une maîtrise unique de la couleur et de la texture unique, des coupes structurées mais féminines par leurs empiècements, des matières fluides sublimes. Tout est excentrique mais élégant, élégant mais excentrique, chaque vêtement est une pièce forte qui rend marquante une tenue faite de basiques.

A puisqu'une image vaut mille mots, en voilà de la présentation de la collection AH 2012/13 qui interroge pression exercée la popculture sur notre image dans une scéno inspirée de la Belle et la Bête de Cocteau :


Cette vidéo vient de la chaîne youtube de Kazar,
mes chaussures polonaises préférées, qui ont fourni le défilé. <3

Et quelques photos des modèles :


Et parce que c'est beaucoup plus facile à porter qu'il n'y paraît, les stars sont venues au défilé habillées en Zuo Corp. :

Merci, Dagmara Rosa et Bartek Michalec, c'est par-fait.

mardi 21 août 2012

le jour où les abeilles ont sauvé ma peau.

Et oui, ces petites bêtes peuvent faire des miracles...

En Pologne, il y a un truc merveilleux, qui est la persistance de la médecine par les plantes, les produits naturels, les trucs qui n'ont pas été mis au point pendant des mois par les labos. Là où on utilise en France des crèmes à l'arnica, en Pologne, on boit des plantes. De la sagesse transmise de génération en génération, juste assez pour soigner les petits bobos de la vie quotidienne sans calculer combien d'ibuprofène on a pris aujourd'hui, et si on ne devrait pas plutôt passer au paracétamol.
Conclusion, il y a trois plantes que j'ai toujours à la maison, et un nouveau produit miracle dans ma trousse de toilette...


Quand j'étais petite, j'adorais avoir mal au ventre. Le mal de ventre était synonyme d'infusion à la menthe. Pas de thé à la menthe au sens où on peut l'entendre en France, pas de mélange avec du thé vert ou noir, pas de sucre, simplement des feuilles de menthe poivrée séchées qui, en breuvage, sont parfaites contre les maux d'estomac, les ballonnements, la digestion difficile.
Faciliter la digestion difficile, c'est aussi le boulot du millepertuis, qui peut aider aussi à délivrer des migraines (cela dit, ça peut aussi causer des interactions avec des médicaments, vigilance, donc).
Ma dernière plante fétiche, celle qui ralentit l'activité de mon petit cerveau stressé le soir, quand j'aimerais dormir mais que quelque chose me tracasse, c'est la valériane. Quelques gouttes plus tard, je respire mieux, je dors, et je reporte mes petits soucis au lendemain.
 

La révélation de cet été, c'est un petit tube que ma grand-mère m'a mis entre les mains quand une sorte de brûlure est apparue sur mon pied… et s'étend. J'avais envie de montrer ça à un pharmacien, quand Mamie m'a conseillé d'y mettre un peu de crème à la propolis, alias "mortier pour ruche d'abeilles". On est un 14 août au soir, je peux bien tenter. 36h et quelques applications plus tard, j'abandonne l'idée du pharmacien, mes rougeurs ont enfin commencé à réduire et sont même moins rouges. C'est anti-bactérien, ça a la texture de la crème Huit Heures d'Elizabeth Arden en un peu plus liquide, ça sent un peu moins bon, mais c'est beaucoup moins cher et plus efficace pour hydrater les peaux sèches en rien de temps… Depuis une semaine, j'en mets sur toutes mes petites irritations, et malgré ma peau qui marque facilement, tout cicatrise très vite, et sans traces. Parfait !

Et vous, vous avez de petites astuces pour éviter les cachets ?

samedi 19 mai 2012

les petites meufs à poil les plus inutiles de l'histoire de la pub.

Des publicitaires polonais ont mobilisé toute leur imagination pour vendre des cigarettes électroniques et sont arrivés à ça :

"Tu as déjà fumé des Ciggers ?
Alors tu ne sais pas ce que ça fait de fumer."

J'arrive à comprendre comment des stéréotypes arrivent dans la plupart des pubs sexistes, mais là...

Si quelqu'un pouvait m'expliquer ce que foutent les deux nanas à poil dans cette pub, j'écouterais bien volontiers son explication. Et notez que j'ai bien vu ce qu'elles faisaient, bien que ça me laisse un peu dubitative.

Ca fait chier, c'est un acteur que j'aime bien, en plus.

jeudi 10 mai 2012

je suis une petite poupie d'immigrée.

(Vous avez le droit le passer la première partie.
Je ne dis pas que ce que j'y raconte est intéressant… mais c'est ma vie.
Rendez-vous après l'image, du coup.)

Quand j'avais 2 ans, à Varsovie, ma mère savait qu'on allait finir par rejoindre mon père en France, alors elle m'apprenait des mots, des phrases en français pour que je ne sois pas complètement perdue.
Quand j'avais 3 ans, j'étais l'enfant timide mais hyperactive de ma maternelle privée, celle qui n'arrivait pas à dormir pendant la sieste et qui touchait à tout parce qu'elle n'osait pas poser les questions.
Quand j'avais 4 ans et que je suis revenue en France en septembre après avoir appris à lire en Pologne et en polonais pendant l'été, ma mère était tellement agacée de me voir lire les enseignes françaises comme du polonais qu'elle m'a acheté la méthode Boscher, que j'ai finie avant mes 4 ans et demi.
Quand j'avais 5 ans, je savais lire et écrire, alors je suis entrée en CP, et je me suis beaucoup ennuyée. J'ai d'ailleurs passé la plus grosse partie de ma scolarité à m'ennuyer. La faute à ma maman qui, sentant le truc, a passé son temps à travailler avec moi le programme de l'année suivante à grands coups de cahiers de vacances. J'adorais ça.
J'étais tellement une enfant modèle que quand on a senti que je pouvais entrer dans une école de petits génies (entre le CE2 et le CM2), on m'a laissé le choix, et j'ai poliment décliné, parce que je sentais que ça m'isolerait encore plus des autres enfants (j'étais consciente d'être un peu lunaire).
A 15 ans, je commençais la peinture. Pour de vrai, je veux dire. Si on peut commencer "pour de vrai".
A 17 ans, je me faisais engueuler par mon prof d'histoire-géo (un ami des parents) parce que j'aurais pu majorer le bac dans mon lycée si j'avais eu des bonnes notes en sport.

On m'a très vite sortie du privéepour me mettre dans le public parce que c'était l'école de la République, celle de l'égalité des chances, et que quand on est fille de profs, on croit à tout ça. Alors même si je finis dans le privé, oui, c'est grâce à l'école publique que j'ai atterri dans une Grande Ecole. Grâce à elle aussi qu'un jour je volerai le travail d'un bon Français de souche, parce que je serai bien plus qualifiée que lui.

Grosse polémique autour de quelques fontaines Wallace
qui ont changé de couleur sur les sites de fanboys du patrimoine.
Ca résume bien mon propos.

J'ai été une enfant élevée dans l'idée que j'avais tout pour faire partie de l'élite de la France. Oui oui, gamine d'immigrés, et même immigrée moi-même, j'ai été élevée pour faire partie de l'élite de la France. Un choix fait par mes parents.

Un choix fait par ma maman, quand elle a choisi de rester en France, alors qu'elle était prête à quitter mon père et repartir en Pologne. Seulement il y a 18 ans, la Pologne était un pays où les gens de couleurs, même les enfants, étaient mal vus. Ma maman tenait à ce que je grandisse loin des insultes, et c'était plus simple en France. Alors elle a eu la nationalité française, aussi. On touchait les allocations familiales, ma mère bossait tant qu'elle pouvait, et puis elle est devenue prof des écoles. Un peu parce que ça devenait urgent d'avoir un boulot stable (pas de détails sur les circonstances), beaucoup parce qu'elle est pédagogue, qu'elle croit à l'importance des valeurs transmise par l'école et qu'elle aime. D'ailleurs, les électeurs de la bourgade où elle enseigne, malgré leurs 27% pour MLP au premier tour, trouvent qu'elle est une excellente prof. Sans doute oublient-ils qu'elle est l'une des premières à ne pas avoir été scolarisée en France et à avoir été titularisée en primaire.

Un choix fait bien avant par mon père, qui, après un détour par le Liban, a choisi de franciser son nom et de s'installer définitivement en France, où il avait étudié des années auparavant, parce que ça serait plus simple pour ces enfants, même s'il tenait un peu à cette vieille marque de noblesse africaine. Il s'est éloigné à l'occasion d'un héritage politico-familial trop lourd pour être détaillé. Il n'a jamais compris pourquoi ma soeur avait tenu à avoir le passeport d'un pays dans lequel elle n'avait jamais vécu. Disons simplement que des décennies après la chute de l'empire colonial, je pourrais décrocher mon téléphone pour obtenir une planque et ne plus jamais connaître le découvert de toute ma vie ou presque. Mais j'aurais l'impression de manquer une occasion de faire mes preuves.

Alors oui, il y a des jours où je me lève avec l'envie de tout plaquer, d'assouvir mes envies de changer d'air et de partir à Lille ou au bout du monde. Mais il y en a d'autres où je pourrais passer ma vie entière à Paris, et où je me sens un peu plus chez moi à chaque pas que je fais dans mon quartier. Mon boulot actuel, à la fois ouvert sur le monde et très parisiano-centré, y est pour beaucoup. J'ai souvent l'impression qu'au-delà de Paris, c'est la France que je travaille, et que Paris n'en est que la vitrine touristique.

Quand près d'un Français sur cinq a voté FN, je n'ai pas réagi. Parce que j'ai eu du mal à croire à ce ras-le-bol-là. Parce que je crois trop à l'intelligence et à la bonté de l'être humain pour croire que la haine et le désespoir (surtout le désespoir) peuvent aveugler au point de donner du sens à des idées aussi creuses. Et puis François Hollande a été élu. J'ai vu fleurir les réactions de gens qui avaient "honte d'être Français". Des gens que j'aimais bien, qui me faisaient sourire, pour qui j'avais du respect. Et qui m'ont fait beaucoup de peine. Parce qu'ils ont utilisé ces mots-là à la légère. J'étais heureuse, moi, que la démocratie ait pu parler. Bien sûr, on peut dire que François Hollande a été élu par moins de 50% des électeurs, mais par le jeu des abstentions et des bulletins blancs, il a gagné, c'est comme ça, c'est le jeu, c'est la loi.
Je n'y connais pas grand-chose en politique, je pense que de toute façon l'importance des échanges internationaux laisse peu de marge de manœuvre économique. Alors souvent, comme je suis jeune et qu'après il sera trop tard pour avoir des idéaux, je vote sur des valeurs, des idées. Des utopies, peut-être. Le droit des femmes, la culture, les immigrés, en autres.

Dans cette campagne, j'ai entendu des idées malsaines qui allaient à l'encontre de ce qui avait donné envie à mes parents de s'installer en France. Je me suis demandé comment on s'y retrouvait, nous, dans ma famille recomposée et internationale, où on a tous au moins un parent né ailleurs. J'ai pensé à ma belle-sœur, dentiste dans les beaux quartiers de Paris, espagnole, qui a fait sa demande de nationalité française "parce qu'on ne sait jamais, le climat se tend". Je me suis demandé comment je réagirais si on me demandait de choisir entre mes deux passeports. Je me suis demandé comment je vivais d'entendre le mot "immigré" et le mot "étranger" sans arrêt confondus, et surtout fondus dans une idée de délinquance.
Il y avait comme une gêne.
Un peu comme si on m'annonçait d'un coup que j'avais le même passeport et les mêmes droits et devoirs que les autres, mais que j'entrais quand même dans une case à part. Je n'aime pas trop les cases, c'est vite réducteur.

Mais j'ai compris aussi ce qui ferait de moi à jamais une immigrée, alors que je ne m'étais jamais posé la question. Mon amour de la France, mon incapacité à avoir honte d'appartenir à un pays qui m'a tant donné, et que j'ai envie d'aider à construire, à ma façon.
Un pays que j'aime, parce qu'il ne se résume pas à ses couleurs et à sa couleur politique.
Un pays dont je me méfierai un peu s'il se teinte de ce noir-là.

mercredi 1 février 2012

le SIDA et les inconnues polonaises sur facebook

Parlons un peu de cette vidéo qui traîne en ce moment sur les réseaux sociaux, et qui suscite une mirifique quantité de réactions passionnées et passionnantes que l'on peut résumer à "Pourquoi il ne faut pas accepter d'inconnues sur facebook" :



*éclaircissement de gorge*
Point interculturalité.

La Pologne est un pays sublime, plein de forêts, de lacs, de farfadets et d’immeubles communistes. On y trouve aussi plein de jeunes, des églises sectaires et quelques anticléricaux. Puis des capotes par boîtes de 3, des flics qui traquent les forums sur comment acheter du RU484 aux Pays-Bas, des faiseuses d’anges et des gynécos progressistes dont on se refile l’adresse sous le manteau. Et quelque part, dans un petit coin de l’éducation sexuelle, le SIDA et d’autres IST plus ou moins mortelles.
Alors oui, le (jeune) Polonais utilise des préservatifs. Mais pas pour toutes les bonnes raisons. Le nombre de personnes qui se découvrent contaminées par le SIDA est en augmentation quasi-constante depuis 20 ans. La part des relations hétéros à risque parmi les « nouvelles contaminations » tourne autour de 21 % (contre 14 % pour les relations homos et 47 % pour l’injection de drogue… et 16 % de contaminations dont la cause reste indéterminée). Toujours est-il que le SIDA reste un truc de gays et de drogués. Une bonne partie des jeunes Polonais que je connais ne sort pas spontanément de préservatif et ne se fait pas tester régulièrement, pas après une prise de risque, souvent pas du tout. La capote reste un moyen de prévention de la grossesse, pas des maladies, alors elle est interchangeable avec les autres moyens de contraception. Pire, en cherchant les chiffres pré-cités, je suis tombée sur l’interview d’un expert sur la question du préservatif (oui je perds toutes mes références) qui – en plus de n’aborder les IST que très succinctement - disait que les filles avaient souvent honte d’imposer le préservatif, donc laissaient tomber. L’amour et la fidélité et l’Eglise protègent du SIDA. Ou plutôt : oui, le SIDA existe, mais la menace n’est pas réelle, ça peut tomber sur n’importe qui, donc ça arrive forcément aux autres, tout est une question de confiance en la personne qu’on a en face de soi, après tout. Le SIDA n’est pas assez abordé dans l’éducation sexuelle en Pologne, alors que les mœurs se libèrent peu à peu, donc cette campagne de la Croix Rouge polonaise est un petit pas en avant, même si ça serait chouette qu’un jour on parle de l’éventualité du SIDA dans le couple.
Alors oui, si vous voulez, vous pouvez faire le raccourci qui consiste à dire qu’accepter les bonbons des inconnues file le SIDA, mais dites-vous qu’il y a des pays où le SIDA reste un  sujet peu tabou et que vous avez de la chance qu’on vous répète sans arrêt que le latex peut sauver des vies. Et profitez-en pour réfléchir à la baisse de l’utilisation de la capote en France (et dans vos destinations de tourisme sexuel), au lieu de vous dire que tout ça ne vous concerne pas.

(chiffres de 2010 du Ministère de la Santé polonais)

vendredi 30 décembre 2011

j'ai deux amours

J'adore les Parisiens.
Je m'en suis rendue compte avant hier, en descendant de l'avion qui me ramenait de Varsovie. Je les trouve souvent désagréables, égoïstes, impolis, mais intellectuellement stimulants. Ils ont des avis. Ils construisent des avis, ils les construisent dans le débat, la dispute, la confrontation. Ils se frottent et s'agrippent les uns aux autres. Des plus désagréables, on apprend à sélectionner les gens que l'on fréquente. Des plus intelligibles, on découvre une aventure humaine d'une seconde ou d'une éternité.
Je le revis à chaque fois que je reviens de Varsovie. A chaque fois, avant de monter dans l'avion, à l'aéroport Chopin, je suis fâchée avec la ville. A chaque fois, quand je descends de l'avion, je me jure de ne plus jamais y retourner. Il y a ce décalage étrange entre Varsovie et moi. Ou plutôt : il y a ce décalage étrange entre ses habitants et moi. Une gêne. Je vis toute l'année dans un monde où l'Eglise ne décide plus de ce qu'on fait le dimanche. Où le mariage n'est pas l'étape incontournable précédent la vie de couple. Où il est admis que l'homosexualité existe. Où les filles qui se font sauter le jeudi soir dans les soirées étudiantes assument. Où le fait d'enlever les signes religieux des bâtiments publics n'est plus une question. Où tous finissent par se ressembler, mais par leur quête de la différence.
Oui, bien sûr, il s'agit là d'un tableau quelque peu manichéen auquel il convient d'ajouter les nuances que constituent mes amis jeunes et ouverts d'esprits et anticléricaux d'un côté ainsi que mes connaissances frontistes ou presque ou catho-coinços de l'autre.
Malgré ces nuances, je reste souvent mal à l'aise dans les débats d'idées étriquées dans lesquels je prends souvent le contrepied des courants dominants, parfois par pur esprit de contradiction. Je repars donc souvent de Varsovie avec ce sentiment de ne pas réussir à rentrer dans ce moule-là, ce moule dont je ne suis pas censée dépasser mais pour lequel je n'ai pas l'air à la bonne forme.
Me voilà alors grommelante, frustrée, ermite, à Paris. Une nuit de sommeil, et ça va mieux. Pas encore réconciliée, mais moins en colère.
Et tôt ou tard, je croise quelqu'un qui part à Varsovie, et qui me demande de lui en parler. J'hésite toujours un peu, parce que c'est très intime, ça revient à ouvrir son coeur en devenant bavarde d'itinéraires, d'anecdotes, de petits détails à distinguer. J'éprouve un plaisir certain à parler de ces murs. J'éprouve ces murs, j'y trouve une émotion que je ne trouve pas ailleurs, cette impression d'appartenir à un lieu et d'y être en équilibre : la plénitude.
Je ressens Varsovie.

Je pense souvent au tout début de ce blog, et comme les mots "ici c'est partout" m'avaient paru évidents quand je les ai entendus. Tout avait commencé par un déplacement, une quête, un avion. On pourrait dire que j'ai voyagé plus que d'autres depuis 8 ans. On pourrait dire que j'ai à tout prix voulu trouver une voie qui me soit propre. On pourrait dire c'est grâce à ça que je cerne qui je suis. Mais que ça m'angoisse de ne pas savoir où j'ai envie de l'être.

Varsaviana

lundi 24 octobre 2011

le scam africain prend vie.

Bon lundi mes petits poulets en sucre ! Ci-dessous, une très belle transposition du scam africain irl qui donne un article assez hallucinant...
(traduit d'un article polonais publié sur gazeta.pl)

Un habitant de Varsovie s'est fait avoir par un Camerounais. Magistral...

Un restaurateur de Varsovie s'est montré particulièrement naïf en donnant 10.000 euros à un escroc qui devait lui rendre 20.000 soi-disant maculés d'encre.


350.000 zlotys (env. 79700 euros). C'est la coquette somme proposée par 3 hommes à un restaurateur de Varsovie pour le rachat de son local. Une vraie bonne affaire. Les acheteurs disaient que les 30.000 euros du premier versement étaient en leur possession, mais qu'ils avaient dû les maculer d'encre spéciale pour leur faire passer la frontière discrètement. Pour nettoyer l'encre, ils avaient besoin d'un produit spécial et d'argent sonnant et trébuchant.

Un des hommes a montré comment récupérer l'argent. Il a apposé une feuille de papier de chaque côté d'un billet de 100 euros, arrosé de produit mystère et… a fait apparaître 2 billets de 100 euros de plus. La victime a été tellement impressionnée par la démonstration qu'il a accepté de fournir 10.000 euros qui seraient transformés en 30.000. L'argent nettoyé devait servir de premier versement pour son local.

Le lendemain matin, le propriétaire du local avait apporté 10.000 euros à une nouvelle rencontre. Le magicien a bien appliqué des feuilles de papier sur l'argent et a emballé le tout hermétiquement pour le laisser reposer quelques jours. Les hommes se sont présentés au bout de la période convenue pour partager les gains. Il s'est alors avéré que l'opération ne s'était pas déroulée comme prévu… Selon le magicien, il n'y avait pas assez de la solution chimique faisant réapparaître l'argent et il valait mieux, en l'absence de moyen pour en obtenir plus, prolonger le processus de plus d'un mois.

Les hommes se sont séparés et ont chacun repris leur route. Quelques jours plus tard, le restaurateur a activité son petit cerveau. Ne serait-ce qu'un peu. Il est allé vérifier comme les billets se multiplient. Néanmoins, tout ne s'est pas passé comme prévu quand il a voulu récupérer l'argent, puisque les vrais billets avaient disparu et qu'il ne restait que les feuilles vierges.
Il a enfin appelé la police, qui a préparé un guet-apens. La victime a appelé le Camerounais pour lui proposer d'apporter encore 10.000 euros à multiplier. Il a été arrêté quand il s'est présenté au lieu de rendez-vous. Il encourt une peine de 8 ans de prison.

lundi 10 octobre 2011

peut-on être noir et Polonais ? (nous demande Slate)

(clique sur l'image et file sur Slate.)

Je vais pas me répéter, hein.
On en a déjà parlé ...
et puis .

Mais relativisons, c'est toujours plus simple que d'être gay :
Pas besoin de l'annoncer à tes parents
puisque ça se voit et qu'ils sont de toute façon dans le même cas que toi.

Merci Herr Döktör Z pour le lien !

jeudi 25 août 2011

Varsovie : Photos photos photos

Une fois notre équipée tri-générationnelle arrivée à l'entrée la vieille ville, j'ai dégainé l'appareil photo, et ma mère a lancé : "Oulah, tu vas pas faire la touriste ?!" J'ai reconnu dans sa voix l'indignation d'il y a 3 ans, quand j'ai explosé mes sandales juste avant d'arriver à Varsovie, que j'ai émis l'idée de faire la semaine en tongues en plastique, et qu'elle m'a fait un virement dans la demi-heure pour que je puisse battre le pavé dignement chaussée. C'est comme ça, ma mère, à Varsovie, devient snob, anti-touristes et chauvine sur les bords. Bref, Parisienne. Mais elle prend quand même des photos pendant que ma grand-mère lit les interminables renseignements historiques dispersés dans la ville. Nier qu'elle m'a transmis ce paradoxe serait mentir. Ces quelques photos n'ont pas été prises pour assouvir une soif de tourisme, mais pour pouvoir les regarder avec envie et mal du pays jusqu'à mon prochain tour à Varsovie.


Warszawa, 10.11.2010DSC_0034DSC_0035DSC_0044
Un aigle et de la bière.La vieille ville, Patrimoine mondial de l'Unesco


Mon seul regret est de m'être retrouvée dans l'un des lieux les plus improbables de mon quartier sans appareil photo, et de ne pas avoir eu un seul jour ouvrable de soleil ensuite. Je n'ai plus qu'à croiser les doigts pour qu'il reste intact jusqu'à ma prochaine escapade !

lundi 8 août 2011

delit de sale gueule.

Mettons-nous bien d’accord : je n’ai pas exactement la gueule de la polonaise de base. Je sais. On me le répete assez. On s’en étonne assez, ça fait un peu plus de 22 ans. Ça m’a meme valu, associé a d’autres petites contrariétés, un début de dépression adolescente suite a quelques insultes bien placées. C’est dur de rentrer avec l’intense sensation de revenir chez soi et de se retrouver face a des inconnus qui en décident autrement.
Les garçons qui me draguent ici le font le plus souvent en anglais, avant de se sentir cons quand je leur réponds en polonais. Pire, certains s’autorisent a me faire des propositions indécemment répugnantes en s’imaginant que je n’en comprends pas un mot. (Note a tous les mâles de l’assistance : ne misez jamais sur la barriere linguistique pour proposer a une inconnue de lui ramoner la chatte toute la nuit a l’arriere d’un camion. Jamais.)
Il paraît que je ressemble a Patrycja Trucmuche, dont le pere vient d’Afrique Noire et la mere est polonaise. C’est a peu pres aussi pertinent que de dire que tous les Chinois ont la meme tronche.


Patrycja Trucmuche. Plus jolie en temps normal.
 
Passons le moment ou je laisse les non-Polonais deviner mes origines, et qu’ils me cherchent plus du côté des Antilles que de l’Europe de l’Est. Ou encore le joyeux moment ou les gens me présentent en disant qu’ « elle est polonais, ça ne se voit pas, hein ? » En fait si, j’ai les jambes et le bas du visage qui crient le Slavisme (Slavitude ? Slavité ?). Mais pour ça, forcément, il faut chercher plus loin que les Polonaises blondes aux yeux bleus. Ma mere en est une, certes, mais décolorée.
Le sommet de l’ubuesque a été atteint l’an dernier, quand les visiteurs du Consulat Polonais a Montréal demandaient au Consul si je parlais polonais, alors que j’avais le cul vissé sur une chaise de l’étage administratif.
Alors, oui, j’ai oublié, lors de l’enregistrement de mon Paris-Varsovie, le cliché qui me colle a la peau. J’ai tendu en disant bonjour mon passeport polonais a l’hôtesse, et elle m’a demandé si je parlais français. Une premiere. Et puis, quelques metres plus loin, avant de me demander de sortir mon appareil photo de son étui, puis d’enlever ma veste, mon gilet, mes chaussures, ma ceinture et mes lunettes, et apres avoir vu le meme passeport, l’agent de sécurité m’a demandé si j’étais polonaise. Merci d’avoir remis les choses a leur place.

(Edit : Oh dis donc he, j'en avais deja fait une note...)

samedi 16 avril 2011

expo : cieslewicz – une idee, une affiche.


« L’affiche est bonne si on a pas trop parlé.
Une affiche est forte si on a éliminé tout le superflu. »


Je vous parlais il y a quelques semaines de l’exposition Batory, au musée de publicité, et cette semaine de Polonia à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. Le chaînon manquant entre ces deux expos est celle consacrée à Roman Cieslewicz à la CNHI (aussi).


Cieslewicz a fait partie des affichistes de la grande époque des couvertures de magazines et affiches polonaises. Pourtant, il ne se considère pas comme un affichiste, mais comme un graphiste qui, parfois, fait des affiches. Nuance. Enfant spirituel de Cassandre, André François et Savignac, ses collages structurels ont orné les agendas Prisunic pendant que ses affiches inspirées du Pop Art invitaient le public au Centre Pompidou.


Pourtant, ce co-fondateur de l’agence Mafia n’a pas travaillé que pour la publicité. Son œuvre non-commerciale est toute en accumulations, juxtapositions d’images contraires, et maîtrise parcimonieuse du verbe. Le message prime sur le mot, car c’est « l’image qui gueule, intrigue », qui ne supporte « aucune neutralité ».
Une jolie plongée dans l’univers de celui qui avait pour mot d’ordre « Une idée, une affiche ».


Jusqu'au 31 mai
à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
Palais de la Porte Dorée, Paris

mardi 12 avril 2011

expo : polonia à la cnhi

C’était ma première fois à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. Je n’y suis allée que pour découvrir Polonia, l’exposition sur la diaspora polonaise en France. Polonia retrace l’histoire des Polonais en France depuis la toute première vague d’immigration en 1831, suite à l’échec de l’insurrection contre le pouvoir tsariste.


La force de cette exposition est de montrer à quel point la France, et Paris en particulier, a toujours été une formidable terre d’accueil pour les Polonais. Les exilés y ont établi des institutions, une école, un gouvernement (établi au Regina en 1831 et dirigé par Sikorski), une église, un cimetière. Certaines ont disparu, mais d’autres (Kultura à Maisons-Laffitte, la librairie de Saint-Germain, la bibliothèque de l’Ile Saint-Louis…) ont perduré comme autant de témoignages de ce lien continu entre la France et la Pologne.
Les artistes et intellectuels y ont trouvé refuge, de Chopin et Mickiewicz aux plasticiens contemporains mis à l’honneur à la toute fin du parcours. Les scientifiques – comme Bronia et Marie Skłodowska - y ont trouvé une formation et des moyens à leur hauteur. Les plus démunis y ont trouvé du travail grâce aux recrutements en Pologne de main d’œuvre pour la France, et surtout ses bassins miniers. Les plus patriotes y ont trouvé un moyen de combattre l’ennemi nazi en s’enrôlant dans l’armée française ou un soutien aux soulèvements et grèves provoqués par Solidarność et Lech Wałęsa. Ils ont en retour apporté à la France leurs connaissances, leur art, leur force de travail, ou encore leurs convictions, comme le mineur syndicaliste Thomas Olszanski, militant communiste dénaturalisé et expulsé en 1934.

Des Polonais d’hier à ceux d’aujourd’hui, l’exposition, logée dans un bâtiment construit pour l’exposition coloniale de 1931, alors que les Polonais étaient la deuxième nationalité la plus représentée dans l'Hexagone, dépeint avec brio la multiplicité et la complexité du lien entre la France, la Pologne, et Paris, qui est un peu sa seconde capitale.


Jusqu’au 28 août
A la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration
Palais de la Porte Dorée, Paris.

samedi 5 février 2011

expo : michał batory aux arts déco


Michał Batory est un artisan de l'affiche, né en Pologne, et digne héritier des plus grands affichistes polonais des années 70/80. Installé à Paris, il commence à toucher aux affiches en 1994 avec le Théâtre de la Colline, puis crée aussi bien des affiches pour le Palais Chaillot, des pochettes de disques pour France Musique que les couvertures des éditions polonaises de Coelho. L'exposition qui lui est consacrée (à Batory, pas à Coelho, 'faut suivre !) est sublime. Elle montre le travail d'un artiste qui, entre sculptures végétales et peinture en chocolat, démontre que l'artisanat existe toujours dans la photographie à l'ère de photoshop. C'est ce travail d'artisan que l'on peut voir dans la toute première salle, où sont exposés les objets pris en photo dans le processus de création, d'une couronne surmontée de verres de vin à une camisole de force en passant par des tubes de gouache écrasés.


Ce qui fait le style de Batory, c'est le mélange onirique du corps humain et de l'objet, de la nature et de l'artefact, du doux et du violent pour provoquer un sentiment chez le public. Ses affiches ne sont pas seulement belles, elles interrogent, au point qu'il soit parfois obligé d'expliquer ses oeuvres pour qu'elles soient acceptées par leurs commanditaires...
L'exposition regroupe notamment les travaux de Batory pour le Palais Chaillot et le Théâtre de la Colline, mais dépasse aussi ce cadre pour finalement montrer à quel point l'affichiste s'est aujourd'hui imposé dans l'affiche culturelle française. Puisqu'aucun ni aucune d'entre vous n'a pu échapper à ses affiches au détour d'un angle de rue, filez maintenant les découvrir sous un autre jour !

Michał Batory, Artisan de l'affiche
Jusqu'au 30 avril au Musée de la Publicité
Plus d'infos sur le site des Arts Décoratifs.

Conférence-rencontre avec l'artiste le jeudi 10 février à 18h30 aux Arts Déco.