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lundi 24 décembre 2012

le 104 expose des souvenirs de l'amour.

Quand une histoire s'achève, il nous reste des souvenirs.
Qui ne s'effacent jamais, qui blessent, qui prennent de la place, que l'on regarde avec plaisir.
J'avais chez moi un presse-papier en verre, souvenir lourd mais fin, douloureux mais insignifiant, d'un amour qui a duré trois ans. L'un des rares cadeaux qu'il m'a offerts. Le genre d'objets que l'on garde sans savoir qu'en faire, mais que l'on n'ose pas vraiment jeter. Un bibelot transparent qui prenait bien plus de place qu'il n'en occupait vraiment.

Quand le Musée des Coeurs Brisés a lancé une collecte d'objets pour une exposition au 104, je n'ai pas hésité une seule seconde à leur raconter mon histoire et à leur offrir le presse-papier. Aujourd'hui, il est exposé avec tous les autres objets souvenirs de l'amour qui leur ont été apportés pour l'exposition parisienne. Plus tard, il rejoindra la collection à Zagreb et voyagera peut-être encore au fil des expositions temporaires locales, mais il ne m'en reste plus rien, même pas une photo.

Le Musée des Coeurs Brisés, c'est une belle idée qui a germé dans l'esprit de Olinka Vištica et Dražen Grubišić quand ils se sont séparés. Ils avaient des souvenirs auxquels ils ont voulu donner une deuxième vie, en leur consacrant un musée auxquels tous peuvent participer.
Face à l'afflux de participation, le 104 expose jusqu'au 20 janvier les objets collectés à Paris en deux temps (mon presse-papier et mon histoire y seront jusqu'au 7 janvier, avant de laisser leur place à d'autres objets). Vous pouvez jusqu'à la fin de l'exposition apporter vos propres objets, quels qu'ils soient... La collection croate comprend aussi bien une hache qu'un nain de jardin, des peluches ou des robes hors de prix !

A la fois une bonne façon d'assouvir notre curiosité en découvrant les objets et histoires d'inconnus, et de tourner la page des relations passées en leur offrant un maulosée de l'amour.



Le Musée des Coeurs Brisés, jusqu'au 20 janvier
Aux écuries du 104, 5 rue Curial, m° Riquet

samedi 15 décembre 2012

je ne suis pas ta cousine (putain).

C'est un post de retour de soirée. J'étais à une soirée de gens que j'aimais bien, où je suis arrivée un peu tard après une première soirée de gens que j'aimais bien, j'ai sympathisé avec des gens que je ne connaissais pas, c'était chouette.
Et puis en fin de soirée, alors que le bar fermait et que je papillonnais de conversation en conversation, je suis arrivée dans un dialogue qui parlait de Russie. De Pierre 1er de Russie et de - "tu devrais savoir, toi qui es métisse...." - un Camerounais qui a fait je-ne-sais-quoi en Russie.
Autant vous dire que très vite, je suis partie de la conversation. Aussi intéressante que puisse être l'histoire de la Russie, l'approche "tu devrais savoir, toi qui es métisse..." fait partie des choses qui me mettent terriblement en rogne. Quand elle est prononcée par un noir, comme c'était le cas ici, elle sous-entend que je devrais connaître tous les Africains (bonus pour ceux qui ont les Antillais en tête. ou vice versa) qui ont marqué l'histoire, avoir trois anthologies comparées des poètes de la Négritude, et activement explorer mes origines africaines en écoutant Oxmo Puccino. Quand elle est prononcée par un blanc, elle signifie que j'ai dans une poche le menu du KFC, dans l'autre une carte de fidélité chez un salon de manicure kitsch et surtout, que j'ai le déhanché dans la peau.

Grosse déception pour tout le monde quand on apprend que je pourrais manger de la cuisine fusion dans un restau africain en pensant que ce sont des plats traditionnels, que non, ça ne me manque pas de n'avoir jamais mis un pied en Afrique, que je me lave les cheveux avec du shampoing prévu et marketé pour des cheveux de blanche (mais hyper hydradant avec parfois du karité dedans, certes), et que les mecs de Château d'eau (quartier des ongleries, coiffeurs et magasins de beauté africains à Paris) qui m'appellent "cousine", je leur ferais bien bouffer leurs produits de défrisage à la soude.

Cela dit, grâce au métissage, je sais que mes cheveux peuvent passer une semaine sans être lavés, j'ai peur des piqûres parce que ma peau est plus épaisse qu'une peau blanche (ça fait donc plus mal. mais je n'ai pas de point de comparaison. ha.), et que j'ai plus de chances d'être porteuse du gène de la drépanocytose que ma voisine italienne.

Cependant, je ne suis pas persuadée que ma couleur de peau ne m'offre des avantages innés (même si sérieux ça serait cool de savoir danser) ou des responsabilités envers tous les noirs du monde. Je ne me suis jamais intéressée outre-mesure à l'histoire récente du pays de naissance de mon père (alors que l'histoire de ma famille y est liée), mais alors imaginez ma tête quand on m'a dit que je devrais avoir entendu parler d'un Camerounais en Russie au dix-huitième siècle. Imaginez si un blanc disait à un autre blanc : "toi qui es blanc, tu connais sûrement cette histoire de..." Jamais. Parce que rares sont les blancs qui estiment qu'ils constituent une minorité qui doit revendiquer une histoire commune d'un bout à l'autre du continent.

J'ai tenté. Ca ne me parle pas plus que ça. 
Et ça manque autant de diversité qu'un autre féminin.

Je ne me suis jamais senti particulièrement proche de ma "part africaine" (it's personal and complicated), je ne l'ai jamais explorée, ou en tout cas beaucoup moins que tout le reste, mais s'il y a bien une chose que je sais en tant métisse, c'est j'ai la chance de pouvoir choisir une culture, une autre, une troisième, ou d'appréhender les trois. Comme tout le monde, en fait, sauf que ces choix multiples m'ont été présentés sur un plateau d'argent, c'est sans doute le lot des enfants d'immigrés. J'ai la chance de pouvoir choisir. Personne ne m'a jamais mis de pression, personne ne m'a jamais dit que je devrais savoir que. Conclusion : je n'en sais pas plus que ce qu'on apprend à l'école, ce dont on célèbre les anniversaires, et ce qui fait la une des journaux.
Et en dehors des moments où on me contrarie en faisant des généralités et en créant des contraintes, je le vis très bien.


***

Pour celles et ceux que ça intéresse, j'ai googlé le Camerounais de Pierre Ier de Russie, histoire de mourir moins bête... Abraham Hannibal était en fait éthiopien/érythréen, est l'arrière-grand-père maternel de Pouchkine et a fait jeter sa femme au cachot pour infidélité.
Ah, ces grands hommes.

dimanche 28 octobre 2012

Aime-toi et le Ciel t'aimera (peut-être)

Avant, je ne m'aimais pas. Pire : je m'insupportais.
Il m'a fallu du temps pour accepter de me voir. Il m'a fallu du temps pour accepter le face-à-face avec moi-même.
Je crois que j'ai souvent rompu cette relation avec moi-même, d'ailleurs. Avec le corps, et même l'esprit parfois. Souvent j'ai préféré m'enfuir dans d'autres bras, avec d'autres rires, avec d'autres soucis. M'enrouler dans l'amour des autres comme rempart pour ne pas avoir à me rencontrer. 
Et puis un jour, je me suis perdue. J'ai eu une sale journée de brouillard, une journée où personne n'étais là pour me montrer qu'il m'aimait. J'ai compris que les autres ne t'apportent leur amour que quand ils sont là. Entendons-nous bien, je sais bien que les proches pensent aussi à toi quand ils ne sont pas à portée de bras, mais ils ne peuvent pas te couvrir de signes d'affection perpétuelle.
Alors j'ai arrêté. J'ai arrêté de devoir être aimée à tout prix. J'ai continué à me fuir, mais en me construisant, aussi : je faisais toujours mille choses pour ne pas penser à moi, mais je prenais le temps de faire mille choses qui me faisaient plaisir.
En prenant un jour de congé de ces prenantes activités, près d'un an après leur début, je me suis rendu compte que je m'aimais. Qu'il y avait encore un peu de rancœur enfouie, mais que je pouvais sans mentir affirmer que je m'aimais. Que si je voyais toujours autant de gens, c'était parce que j'en avais envie, et non désespérément besoin.

Aimez-vous, et l'amour des autres, vous le recevrez mieux. Aimez-vous parce que quand vous êtes seuls face au miroir, il n'y a personne pour vous aimer à votre place.

dimanche 23 septembre 2012

fin du chapitre. maintenant, la suite.

Dimanche soir, 20 heures, je suis au fond de mon lit, je bois du thé et j'écoute un podcast sur une pièce que je viens de voir.
Cette semaine, j'ai fait mes derniers pas d'étudiante et mes premiers pas dans la vie de... de quoi, d'ailleurs ? d'adulte responsable ? J'ai du mal à le voir comme ça. Mais ça doit être ça, quelque part : une vie sans filet.
J'aurais mis très long à me rendre compte que les études n'étaient pas faites pour moi, qu'il y a quelque chose de trop contraignant pour quelque chose d'aussi abstrait, d'éloigné de mes ambitions, tout en restant assez utile.
L'année a été longue. Éprouvante physiquement, administrativement, émotionnellement. Je suis soulagée de pouvoir la laisser derrière moi.
Je suis heureuse d'avoir la chance de pouvoir faire de ma vie ce dont j'ai rêvé ces dernières années, de pouvoir commencer dans une direction qui m'est propre.
C'est une page qui se tourne, un chapitre qui se clôt, et que je n'ai envie de relire pour rien au monde.
J'ai fui en avant pour que cette année finisse plus vite. Il est temps de ralentir et de regarder autour de soi. De ralentir et d'agir pour soi.

mardi 3 juillet 2012

Q est un film qui parle d'amour.


C'est un film qui s'appelle Q et qui parle d'amour.

C'est un film qui est criant de vérité et de sensibilité sur les rapports entre les femmes et les autres. Je m'y suis reconnue, j'ai pleuré à la fin, j'ai passé 5 jours à chercher comment vous en parler sans complètement dévoiler mes névroses. Disons simplement que la vie sentimenthàleau-sexuelle me serait mille fois plus légère si tous les hommes qui croisaient ma route avaient vu Q. Ce film gardera une place toute particulière dans mon passage à l'âge adulte.

C'est un film qui a été très mal accueilli par la critique, parce que le sexe non-simulé au cinéma classe automatiquement un film dans la catégorie pornographique et décrédibilise toute ambition scénaristique. D'ailleurs Laurent Bouhnik a fort justement fait remarquer, à la fin de la projection, que le cinéma est le seul art où le sexe doit être malsain, surexposé ou simulé pour être montré. Comme si une pénétration engageait plus l'intimité de l'acteur qu'un "je t'aime".
La vérité, c'est que le sexe n'y est pas érotique, et que Bouhnik continue simplement à filmer là où les autres s'arrêtent. Parce que des sentiments invisibles ressortent dans le sexe.

A voir absolument et à se procurer ici.



Merci Ladies Room d'avoir organisé cette projection, merci Laurent Bouhnik et Déborah Révy (aka the French Drew Barrymore) d'être intervenus et d'avoir partagé avec nous la polémique qui a étouffé la sortie du film l'an dernier.
Et oh waouh pour la première fois j'ai vu à l'écran une comédienne, un petit rôle, mais il faut bien commencer quelque part, et j'ai pu m'écrier "hey mais j'ai déjà travaillé avec elle". Ce fut donc un bond pour ma vie personnelle et un petit pas pour ma vie professionnelle. Une sorte de doublé gagnant. Hinhinhin.


Allez, encore un petit teaser...

mercredi 30 mai 2012

tout tenter.

Je sais exactement ce que je veux faire quand je serai grande (dans moins de 6 mois) et je tâtonne beaucoup pour y arriver. Je lis énormément, je me nourris d'ouvrages et d'images qui ouvrent d'autres portes, qui donnent envie de reprendre des études dans un domaine différent, ou plus précisément de la recherche. Je ne suis pas certaine que ça soit possible tout de suite. Financièrement, surement pas. Sans doute cela deviendra-t-il l'obsession d'une vie, assouvie dans mon temps libre pour ne pas étouffer sous la frustration. Certains ont des buts à très long terme. J'ai été élevée avec l'idée que je pouvais tout, tout de suite, ça me dessert un peu en m'autorisant à tout tenter. J'ai appris à patienter. Chaque objectif est dans un coin de ma tête et voit son chemin se construire doucement au fil des Moleskine. En attendant.

jeudi 17 mai 2012

tout ça n'existe pas.



“Une oeuvre qui n’est pas vue par les autres n’existe pas.”


image cliquable

Il suffit que Buren dise une phrase pour que je regarde mon carton à dessins
et que je me demande à quoi bon.
Reste à savoir qui sont "les autres".

jeudi 10 mai 2012

je suis une petite poupie d'immigrée.

(Vous avez le droit le passer la première partie.
Je ne dis pas que ce que j'y raconte est intéressant… mais c'est ma vie.
Rendez-vous après l'image, du coup.)

Quand j'avais 2 ans, à Varsovie, ma mère savait qu'on allait finir par rejoindre mon père en France, alors elle m'apprenait des mots, des phrases en français pour que je ne sois pas complètement perdue.
Quand j'avais 3 ans, j'étais l'enfant timide mais hyperactive de ma maternelle privée, celle qui n'arrivait pas à dormir pendant la sieste et qui touchait à tout parce qu'elle n'osait pas poser les questions.
Quand j'avais 4 ans et que je suis revenue en France en septembre après avoir appris à lire en Pologne et en polonais pendant l'été, ma mère était tellement agacée de me voir lire les enseignes françaises comme du polonais qu'elle m'a acheté la méthode Boscher, que j'ai finie avant mes 4 ans et demi.
Quand j'avais 5 ans, je savais lire et écrire, alors je suis entrée en CP, et je me suis beaucoup ennuyée. J'ai d'ailleurs passé la plus grosse partie de ma scolarité à m'ennuyer. La faute à ma maman qui, sentant le truc, a passé son temps à travailler avec moi le programme de l'année suivante à grands coups de cahiers de vacances. J'adorais ça.
J'étais tellement une enfant modèle que quand on a senti que je pouvais entrer dans une école de petits génies (entre le CE2 et le CM2), on m'a laissé le choix, et j'ai poliment décliné, parce que je sentais que ça m'isolerait encore plus des autres enfants (j'étais consciente d'être un peu lunaire).
A 15 ans, je commençais la peinture. Pour de vrai, je veux dire. Si on peut commencer "pour de vrai".
A 17 ans, je me faisais engueuler par mon prof d'histoire-géo (un ami des parents) parce que j'aurais pu majorer le bac dans mon lycée si j'avais eu des bonnes notes en sport.

On m'a très vite sortie du privéepour me mettre dans le public parce que c'était l'école de la République, celle de l'égalité des chances, et que quand on est fille de profs, on croit à tout ça. Alors même si je finis dans le privé, oui, c'est grâce à l'école publique que j'ai atterri dans une Grande Ecole. Grâce à elle aussi qu'un jour je volerai le travail d'un bon Français de souche, parce que je serai bien plus qualifiée que lui.

Grosse polémique autour de quelques fontaines Wallace
qui ont changé de couleur sur les sites de fanboys du patrimoine.
Ca résume bien mon propos.

J'ai été une enfant élevée dans l'idée que j'avais tout pour faire partie de l'élite de la France. Oui oui, gamine d'immigrés, et même immigrée moi-même, j'ai été élevée pour faire partie de l'élite de la France. Un choix fait par mes parents.

Un choix fait par ma maman, quand elle a choisi de rester en France, alors qu'elle était prête à quitter mon père et repartir en Pologne. Seulement il y a 18 ans, la Pologne était un pays où les gens de couleurs, même les enfants, étaient mal vus. Ma maman tenait à ce que je grandisse loin des insultes, et c'était plus simple en France. Alors elle a eu la nationalité française, aussi. On touchait les allocations familiales, ma mère bossait tant qu'elle pouvait, et puis elle est devenue prof des écoles. Un peu parce que ça devenait urgent d'avoir un boulot stable (pas de détails sur les circonstances), beaucoup parce qu'elle est pédagogue, qu'elle croit à l'importance des valeurs transmise par l'école et qu'elle aime. D'ailleurs, les électeurs de la bourgade où elle enseigne, malgré leurs 27% pour MLP au premier tour, trouvent qu'elle est une excellente prof. Sans doute oublient-ils qu'elle est l'une des premières à ne pas avoir été scolarisée en France et à avoir été titularisée en primaire.

Un choix fait bien avant par mon père, qui, après un détour par le Liban, a choisi de franciser son nom et de s'installer définitivement en France, où il avait étudié des années auparavant, parce que ça serait plus simple pour ces enfants, même s'il tenait un peu à cette vieille marque de noblesse africaine. Il s'est éloigné à l'occasion d'un héritage politico-familial trop lourd pour être détaillé. Il n'a jamais compris pourquoi ma soeur avait tenu à avoir le passeport d'un pays dans lequel elle n'avait jamais vécu. Disons simplement que des décennies après la chute de l'empire colonial, je pourrais décrocher mon téléphone pour obtenir une planque et ne plus jamais connaître le découvert de toute ma vie ou presque. Mais j'aurais l'impression de manquer une occasion de faire mes preuves.

Alors oui, il y a des jours où je me lève avec l'envie de tout plaquer, d'assouvir mes envies de changer d'air et de partir à Lille ou au bout du monde. Mais il y en a d'autres où je pourrais passer ma vie entière à Paris, et où je me sens un peu plus chez moi à chaque pas que je fais dans mon quartier. Mon boulot actuel, à la fois ouvert sur le monde et très parisiano-centré, y est pour beaucoup. J'ai souvent l'impression qu'au-delà de Paris, c'est la France que je travaille, et que Paris n'en est que la vitrine touristique.

Quand près d'un Français sur cinq a voté FN, je n'ai pas réagi. Parce que j'ai eu du mal à croire à ce ras-le-bol-là. Parce que je crois trop à l'intelligence et à la bonté de l'être humain pour croire que la haine et le désespoir (surtout le désespoir) peuvent aveugler au point de donner du sens à des idées aussi creuses. Et puis François Hollande a été élu. J'ai vu fleurir les réactions de gens qui avaient "honte d'être Français". Des gens que j'aimais bien, qui me faisaient sourire, pour qui j'avais du respect. Et qui m'ont fait beaucoup de peine. Parce qu'ils ont utilisé ces mots-là à la légère. J'étais heureuse, moi, que la démocratie ait pu parler. Bien sûr, on peut dire que François Hollande a été élu par moins de 50% des électeurs, mais par le jeu des abstentions et des bulletins blancs, il a gagné, c'est comme ça, c'est le jeu, c'est la loi.
Je n'y connais pas grand-chose en politique, je pense que de toute façon l'importance des échanges internationaux laisse peu de marge de manœuvre économique. Alors souvent, comme je suis jeune et qu'après il sera trop tard pour avoir des idéaux, je vote sur des valeurs, des idées. Des utopies, peut-être. Le droit des femmes, la culture, les immigrés, en autres.

Dans cette campagne, j'ai entendu des idées malsaines qui allaient à l'encontre de ce qui avait donné envie à mes parents de s'installer en France. Je me suis demandé comment on s'y retrouvait, nous, dans ma famille recomposée et internationale, où on a tous au moins un parent né ailleurs. J'ai pensé à ma belle-sœur, dentiste dans les beaux quartiers de Paris, espagnole, qui a fait sa demande de nationalité française "parce qu'on ne sait jamais, le climat se tend". Je me suis demandé comment je réagirais si on me demandait de choisir entre mes deux passeports. Je me suis demandé comment je vivais d'entendre le mot "immigré" et le mot "étranger" sans arrêt confondus, et surtout fondus dans une idée de délinquance.
Il y avait comme une gêne.
Un peu comme si on m'annonçait d'un coup que j'avais le même passeport et les mêmes droits et devoirs que les autres, mais que j'entrais quand même dans une case à part. Je n'aime pas trop les cases, c'est vite réducteur.

Mais j'ai compris aussi ce qui ferait de moi à jamais une immigrée, alors que je ne m'étais jamais posé la question. Mon amour de la France, mon incapacité à avoir honte d'appartenir à un pays qui m'a tant donné, et que j'ai envie d'aider à construire, à ma façon.
Un pays que j'aime, parce qu'il ne se résume pas à ses couleurs et à sa couleur politique.
Un pays dont je me méfierai un peu s'il se teinte de ce noir-là.

mercredi 2 mai 2012

clef de compréhension.


Je suis une grande névrosée des lieux. Je planifie sans cesse des voyages, même tout petits, parce que je cherche depuis toujours le lieu auquel j'appartiens, le lieu dans lequel je me sens chez moi. Tout à l'heure, j'ai pris une énième fois le train Valenciennes-Paris, twitté mon arrivée à Paris, et on m'a souhaité la "bienvenue à la maison". J'ai souri parce que ça ne veut rien dire pour moi. Parce que je passe mon temps à quitter la maison et à retrouver la maison. Parce que j'ai toujours eu l'impression de semer des bouts de moi un peu partout à force d'essayer de me trouver. Enfin, je ne sème pas exactement dans les lieux, je sème dans les gens que j'aime, même si je ne les aime qu'un tout petit peu, parce que les lieux sont trop instables pour s'y fier. Quand on me demande d'où je viens, je réponds parfois "du Nord" quand je n'ai pas envie qu'on me pose de questions, parfois "je suis née à Varsovie" ou "je suis polonaise" quand je suis d'humeur à parler de moi. C'est drôle, non ? Je ne dis jamais que "je viens de Varsovie", sans doute parce que j'ai dû me réapproprier cette ville que j'ai quittée trop tôt, et que je n'y suis vraiment parvenue qu'il y a 2 ou 3 ans, quand j'ai commencé à vraiment l'appréhender seule. Quand je dis que "je rentre chez moi", certains amis comprennent que je vais dans le Nord, certains que je pars à Varsovie, d'autres encore que je retourne à Paris. Aller, partir, retourner, trois verbes interchangeables. Et puis sur chaque parcours, des gares et des aéroports, sans doute l'étape dont j'ai l'approche la plus détendue, parce que tous les non-lieux ont les mêmes rituels rassurants, où qu'on soit.

Ma mère, qui se sent toujours un peu coincée dans le Nord, elle qui a grandi dans une grande ville où la vie foisonnait, bien que contrôlée par l'Etat, m'a dit hier qu'elle était heureuse de pouvoir s'échapper de ce monde en ayant une autre langue, une autre culture. Comme si elle était physiquement là, mais culturellement ailleurs. Il y a de ça.

Le reportage ci-dessous témoigne de tout ça, et c'est ce qui le rend précieux.

vendredi 20 avril 2012

mercredi 18 avril 2012

en passant...

Untitled
L'image n'a a priori pas grand chose à voir avec la note, 
mais ce que j'avais ressenti face au Leviathan de Kapoor colle assez bien.
Sérénité et mouvement.

Cher petit loup d'amour,
Cher lecteur en fraise Tagada,
Tu l'auras remarqué, je ne blogue plus des masses, en ce moment. J'ai plein d'idées de notes en tête, mais pas vraiment le temps de les construire, de les approfondir, et voilà pourquoi :

- Je bosse. Beaucoup. Je bosse parce que ce sont les 6 dernières semaines d'études de ma vie (en gros), et que tout instant passé sur autre chose me fait culpabiliser.

- Je bosse sur d'autres trucs, aussi. La bonne nouvelle, c'est que tu seras au courant au fur et à mesure (ouiiiiiii, je vais publier sur les vastes internets, imagine mon excitation !!!!).

- J'ai repris la lecture. J'ai retrouvé le plaisir perdu de prendre un livre, de m'asseoir deux heures avec un thé, et de me laisser absorber par un univers. J'ai enfin fini L'Or de Cendrars, dans lequel j'avais eu un peu de mal à avancer, mais dont j'ai adoré les dernières pages, sans doute parce que ce sont celles que j'ai vraiment pris les temps de savourer. Mon livre du moment, c'est Journal d'un parfumeur de Jean-Claude Ellena, de la maison Hermès. Je l'ai acheté un peu par hasard, il pleuvait trop pour le vélib, je n'avais pas ma bibliothèque sous la main et l'idée de prendre encore une fois les transports en commun sans livre me faisait frissonner. L'ouvrage parfait pour se laisser happer par le monde du parfum et oublier le chaos urbain.

- J'ai repris le sommeil. Je suis repassée à mes 6h habituelles après 6 mois à 3 ou 4h par nuit. Je commence à sentir pour de vrai la fatigue accumulée au fil du temps, j'ai l'impression que je pourrais dormir des semaines entières, mais je tiens 6h tout au plus. Voyons les choses en face, ça fait toujours 2 à 3h disponibles en moins chaque jour.

- J'ai recommencé à sortir. Tout doucement, j'ai repris un bon rythme d'expos, de théâtre, de cinéma. J'aime bien, ça m'avait manqué. Une conséquence de la reprise de sommeil, je suppose. Ça, je vous en ferai une note assez vite.

- A force de sorties, justement, j'ai entrevu le métier idéal. Pas tout à fait dans ma formation, mais complètement dans mes cordes. Alors je me documente pour compléter mes lacunes en la matière, et surtout, je cherche des inspirations visuelles, tout plein tout plein. J'écoute beaucoup, aussi. Tout ça pour avoir un projet bien ficelé qui évitera une crise cardiaque à ma mère le jour où je lui annoncerai que je veux être freelance. Cela dit, je cherche aussi dans quel type de structure je pourrais m'intégrer. A construire. Pour l'instant, j'y crois. A mort.

- Mes besoins en production visuelle sont en ce moment plus importants que ceux en production écrite. La dernière fois que j'ai eu du temps, j'ai donc peint comme une folle, et j'ai des projets dans les tuyaux (ou "dans le païpe", pour faire branché).

On a fait à peu près le tour… Je vais essayer de revenir très vite, de prendre une heure par-ci par-là pour ce blog, parce qu'il me manque, que malgré tout, j'utilise mon temps de cerveau disponible à réfléchir à ce que je pourrais écrire, et que tôt ou tard, je vais finir par le coucher sur un clavier. En attendant, vous pouvez me suivre, retrouver mes coups de coeur et inspirations, mes photos, me faire un virement ou m'envoyer un mail… Et pour le reste, je vous tiens au courant !

mardi 3 avril 2012

asynchronisme


On ne le dira jamais assez, ça fait un bien fou de se couper un peu du quotidien, du stress, de la précipitation. D'enfin considérer les mails et sms comme ce qu'ils sont : des moyens de communication asynchrones auxquels ont prend le temps de réfléchir au lieu de répondre sous l'impulsion du moment. De se soucier de la réalité, mais de la prendre avec distance, avec des horaires qui nous conviennent mieux, avec du thé et des Balisto. De prendre le temps de faire ce qu'on aime avant de revenir à la contrainte, et à ce qu'elle a de plaisant, aussi.
Vivre selon son propre rythme, le temps de quelques jours.
On ne le dira jamais assez.
On l'oublie même trop.

dimanche 18 mars 2012

comme un dimanche


Lassée des quatre thés que j'ai à la maison,
Toute en indécision, je ne sais plus quoi boire.
Le drame du dimanche soir.

vendredi 20 janvier 2012

la maladie des chiffres.


Il y a quelques jours, l'image ci-dessus a commencé à traîner dans les albums de mes contacts facebook. Et puis il y a eu quelques remarques désobligeantes anti-courbes, un peu au second degré, mais qui m'ont fait penser à cette époque de ma vie où je suis revenue après quelques mois hors de mon habitat naturel avec quelques kilos en plus (en trop ?). Les adolescents sont parfois cruels. Ou simplement ne se rendent pas compte que oui, l'humour peut blesser. C'était il y a 7-8 ans, et ça m'a poussée à faire des choses étranges. Oui, bien sûr, il y avait d'autres causes, j'avais l'impression de ne plus rien contrôler dans ma vie, mais ça reste révélateur qu'elles se soit traduites par une action sur mon poids. Je voulais vous en parler depuis un moment, mais je n'arrivais à trouver le bon format. La compulsive liste des compulsions (chiffrées, souvent) a fini par paraître évidente.
Entre autres, j'ai…

- mâché des chewing-gums parce que l'air qui remplit le ventre d'empêche d'avoir faim.
- arrêté de mâcher des chewing-gums parce que l'air qui remplit le ventre te fait vraiment un profil de femme enceinte.
- flippé parce que j'avais grossi.
- flippé parce que j'avais maigri, alors que j'étais dans une phase de saine reprise de poids. Ou alors parce que j'étais stabilisée et que j'avais peur de glisser à nouveau.
- flippé parce que mon poids restait stable.
- déjeuné plus d'une fois d'une pomme et d'un coca light.
- globalement, avalé des litres de coca light dégazé.
- relevé mon poids tous les matins avant de faire pipi.
- relevé mon poids tous les soirs après avoir fait pipi.
- relevé mon tour de taille, de hanches, de bras et de cuisse tous les matins.
- consigné ces chiffres dans un cahier.
- noté, dans ce même cahier, les calories ingérées à chaque instant, ainsi que la quantité de lipides, protéines et glucides.
- vérifié, tous les matins, allongée sur le dos mais sans rentrer le ventre, s'il y avait bien un espace entre mon ventre et ma culotte appuyée sur les os du bassin.
- vérifié, trop souvent, s'il y avait bien de la lumière entre mes cuisses quand j'étais debout.
- fait croire à ma mère que si je mangeais des trucs différents du reste de la famille, c'était parce que j'étais la seule à savoir ce que j'aimais vraiment.
- conservé une boîte avec des trucs à grignoter dans ma chambre, aucun ne dépassant les 70 calories (= 1 kinder chocolat), chacun étant annoté des chiffres utiles au relevé quotidien. Même si à la fin, je les connaissais par coeur.
- pris beaucoup de laxatifs (parce que se faire vomir, c'est perdre du phosphore) en prenant bien soin de changer de pharmacie après qu'on m'a repérée dans celle du quartier.
- fait un concombre l'aliment de base.
- compté chaque longueur de piscine, chaque saut à la corde (1000 par jour), chaque abdo.
- tenté de me persuader que j'aimais le tofu, parce que la viande, c'est quand même une source de protéines super grasse.
- bu entre 3 et 4 litres d'eau par jour.
- mangé un yaourt pendant un rhume pour spontanément vomir ce yaourt dans les 5 minutes parce que c'en était trop pour mon estomac.
- compté les pâtes au blé complet, puis repéré combien de calories de pâtes rentraient jusqu'au motif bleu de mon bol préféré.
- refusé beaucoup d'invitations à dîner.
- flotté dans du 36.
- sauté 3 cycles. (Enfin, ça, en fait, c'est plutôt une non-action de mon utérus.)
- appris à cuisiner sans goûter les plats, parce que la moindre cuillère de crème pâtissière est une cuillère de trop.
- arrêté de manger des jaunes d'oeufs parce que c'est plein de mauvais cholestérol.
- fait sans doute une multitude d'autres trucs complètement barjes qui ne me viennent pas à l'esprit.

A l'époque, des amies, des profs se sont rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond, ont très vite compris pourquoi, ont fait ce qu'il fallait. Je leur serai toujours reconnaissante d'avoir su voir au-delà des os, des repas sautés, de la volonté de maigrir. A elles, merci.

Aujourd'hui.
Aujourd'hui, je tiens plus que tout à avoir l'air normale dans ma façon de fonctionner, je crois que ça me sauve. Ca ne fait que quelques mois que j'ai réappris la sensation de faim. Je me fais parfois violence quand je mange, mais je mange pour le rôle social de la nourriture, tout en gardant dans un coin de mon esprit l'éventualité laxative et le fantasme de me pencher au-dessus d'une cuvette. Les quelques secondes avant de planter ma fourchette dans une assiette restent très difficile et j'ai toujours envie de me barrer en courant, mais une fois cette étape passée, ça va. Seule, je suis assez incapable de faire des repas équilibrés à heures fixes. Je peux passer la journée sans manger et ne pas m'en rendre compte. Je passe encore du temps à zoner dans les allées des supermarchés avant de remplir mon panier parce que c'est plus dur d'être face à l'idée de manger que face à la nourriture. D'ailleurs, il m'arrive de faire les courses parce que j'ai besoin de manger, beaucoup, très vite. Soit je vais jusqu'au bout et je culpabilise, soit je traîne au supermarché parce que rien ne me fait vraiment envie et j'en ressors frustrée. Je ne me pèse plus, même si personne ne me croit. J'aime toujours cuisiner parce que j'adore voir les autres manger, et qu'ils me rappellent que ça peut être un plaisir. Parfois j'y pense, je me dis que tout ça n'est pas normal, et puis je pleure et je suffoque.
J'ai appris à me fier aux autres, aussi. Dans ma tête, je serai toujours boulotte, voire carrément grosse, ça dépend des jours. Ce corps, je le sens, mais je le sens mal, assez éloigné de ce qu'il est. Je le sais, c'est déjà ça. Alors j'ai appris à ne pas m'écouter et à accepter les moments où on me dit que je suis jolie. J'ai appris à me montrer, à susciter le désir. Pas parce que j'ai besoin d'attention, mais parce que j'ai besoin de cette attention-là.

Edit d'octobre 2012 : J'ai complètement déréglé, fragilisé mon corps. On me découvre des maladies du système digestif, des trucs dormants, qui ont sans doute profité de mon intestin mis en vrac par les laxatifs. J'aimerais tellement pouvoir laisser tout ça derrière moi.

vendredi 30 décembre 2011

j'ai deux amours

J'adore les Parisiens.
Je m'en suis rendue compte avant hier, en descendant de l'avion qui me ramenait de Varsovie. Je les trouve souvent désagréables, égoïstes, impolis, mais intellectuellement stimulants. Ils ont des avis. Ils construisent des avis, ils les construisent dans le débat, la dispute, la confrontation. Ils se frottent et s'agrippent les uns aux autres. Des plus désagréables, on apprend à sélectionner les gens que l'on fréquente. Des plus intelligibles, on découvre une aventure humaine d'une seconde ou d'une éternité.
Je le revis à chaque fois que je reviens de Varsovie. A chaque fois, avant de monter dans l'avion, à l'aéroport Chopin, je suis fâchée avec la ville. A chaque fois, quand je descends de l'avion, je me jure de ne plus jamais y retourner. Il y a ce décalage étrange entre Varsovie et moi. Ou plutôt : il y a ce décalage étrange entre ses habitants et moi. Une gêne. Je vis toute l'année dans un monde où l'Eglise ne décide plus de ce qu'on fait le dimanche. Où le mariage n'est pas l'étape incontournable précédent la vie de couple. Où il est admis que l'homosexualité existe. Où les filles qui se font sauter le jeudi soir dans les soirées étudiantes assument. Où le fait d'enlever les signes religieux des bâtiments publics n'est plus une question. Où tous finissent par se ressembler, mais par leur quête de la différence.
Oui, bien sûr, il s'agit là d'un tableau quelque peu manichéen auquel il convient d'ajouter les nuances que constituent mes amis jeunes et ouverts d'esprits et anticléricaux d'un côté ainsi que mes connaissances frontistes ou presque ou catho-coinços de l'autre.
Malgré ces nuances, je reste souvent mal à l'aise dans les débats d'idées étriquées dans lesquels je prends souvent le contrepied des courants dominants, parfois par pur esprit de contradiction. Je repars donc souvent de Varsovie avec ce sentiment de ne pas réussir à rentrer dans ce moule-là, ce moule dont je ne suis pas censée dépasser mais pour lequel je n'ai pas l'air à la bonne forme.
Me voilà alors grommelante, frustrée, ermite, à Paris. Une nuit de sommeil, et ça va mieux. Pas encore réconciliée, mais moins en colère.
Et tôt ou tard, je croise quelqu'un qui part à Varsovie, et qui me demande de lui en parler. J'hésite toujours un peu, parce que c'est très intime, ça revient à ouvrir son coeur en devenant bavarde d'itinéraires, d'anecdotes, de petits détails à distinguer. J'éprouve un plaisir certain à parler de ces murs. J'éprouve ces murs, j'y trouve une émotion que je ne trouve pas ailleurs, cette impression d'appartenir à un lieu et d'y être en équilibre : la plénitude.
Je ressens Varsovie.

Je pense souvent au tout début de ce blog, et comme les mots "ici c'est partout" m'avaient paru évidents quand je les ai entendus. Tout avait commencé par un déplacement, une quête, un avion. On pourrait dire que j'ai voyagé plus que d'autres depuis 8 ans. On pourrait dire que j'ai à tout prix voulu trouver une voie qui me soit propre. On pourrait dire c'est grâce à ça que je cerne qui je suis. Mais que ça m'angoisse de ne pas savoir où j'ai envie de l'être.

Varsaviana

samedi 3 décembre 2011

lundi 28 novembre 2011

portrait chinois.


Tagguée la semaine dernière par l'adorabeul Lucie de Paola dans un joli portrait chinois lancé par Célibat au nutella, je me suis trouvée face à la difficile mission de parler de moi en parlant d'autre chose (tu suis ?)... Voilà le résultat...


Une garniture de pizza ?
Artichaut-olives-champis-oeuf sur une pizza blanche. La garniture ultime. Inexplicable, c'est comme ça, c'est tout.

Un personnage de dessin animé Disney ?
Belle, pour sa merveilleuse capacité à croire jusqu'au bout que l'amour rend les gens bons… (et parce que danser des valses vêtue d'or dans des salles de bal somptueuses, ça ne se refuse pas.)

Une marque de vêtements ?
Très très bonne question… Sans doute une marque pleine de basiques, de jolies couleurs, de sequins et d'accessoires sympas, mais laquelle ?

Une friandise ?
Du fromage à pâte dure ! Bon d'accord, ça n'est pas sucré, mais rien de vaut des dés d'Appenzeller grignotés en travaillant !

Un livre ?
Ne pouvant décemment pas être Les Bienveillantes de J. Littell, parce que c'est super glauque de s'y identifier (même si c'est mon livre préféré…), je citerais bien Il faut qu'on parle de Kevin de Lionel Shriver, parce que c'est un roman épistolaire, et qu'Eva est l'un des personnages féminins les plus résilients de la littérature contemporaine (comment ça, ce n'est pas moins glauque ?).

Une position sexuelle ? (vous l’avez vue venir celle-là hein !)
Evidemment… C'est le moment d'annoncer que je suis vierge, pure et innocente, isn't it? Je serais bien... un truc matinal et paresseux (oh, ça va, personne n'est parfait !)

Un parfum ?
Un parfum fruité ou floral, ou fruité et floral, très léger, qu'on sent à peine, et dans lequel on ne s'étouffe pas (oui, j'ai un nom en tête, non, je ne révèlerai pas mon secret).

Une couleur ?
Le bleu, qui pendant très longtemps n'était pas considéré comme une couleur, parce que trop instable et trop difficile à maîtriser dans sa fabrication.

Un moyen de communication ?
Une lettre, écrite d'une écriture ronde au stylo plume, et parfumée. Quelque chose qu'on aime recevoir, qu'on peut traîner avec soi, et qu'on garde précieusement, comme un objet rare.

Un personnage d’Harry Potter ?
Luna Lovegood ! Il est possible que les gens qui m'entourent ne comprennent pas toujours complètement ce qui me passe par la tête, mais je suis sure qu'ils aiment bien, au fond…


Et parce que le tag n'est drôle que si on le transmet (mais siii), je joue à mon tour à la petite curieuse avec Gallïane, The Célinette et The Eat Girl.

dimanche 20 novembre 2011

intimes.


Rentrer à 2h du matin. Poser sac, manteau, talons. S'asseoir.
Troquer son vague habit de lumière contre un pyjama en coton dépareillé et un pull gris trop grand.
Se glisser sous la couette et passer une heure au téléphone avec une copine.
Attendre un peu pour effacer de son visage les artifices de la beauté.
Pester contre le chauffage trop lent.
Contempler son vernis à ongles.
Un livre, un magazine, un film.
Du travail, beaucoup.
Du Perrier citron et du chocolat au lait avec des noisettes entières.

Les meilleurs moments sont ceux que l'on n'avait pas prévu d'avoir pour soi.

jeudi 10 novembre 2011

des histoires mises sous verre.


Je ne sais rien de l'amour. Pas grand-chose, en tout cas, à mon âge, bien que je ne sois pas sûre qu'on apprenne vraiment avec le temps.
Comme dans la vie de toutes les filles (hétérosexuelles, non-nonnes), il y a eu les garçons que j'ai aimés, les coups de cœur, ceux qui n'ont fait que croiser mon chemin et ceux qui se sont installés avant de suivre une route différente de la mienne.
Et il y a une catégorie rare, très rare, faite de garçons d'exception. De garçons devenus inoubliables en quelques heures, quelques jours, quelques phrases. De garçons jamais consommés, malgré une attraction mutuelle. De garçons dont la rencontre rappelle qu'il est plus beau de désirer quelqu'un que de le posséder.
Avec eux, des souvenirs uniques, faits d'instants d'équilibre fragile qu'un simple baiser aurait pu anéantir à jamais. Des images, des rires des mots.
Et puis rien de plus qu'un mail énamouré tous les six mois, ou quelques phrases échangées en se croisant par hasard entre deux rendez-vous. De petites bulles de rien au goût d'irréel du passé.
La tentation de se revoir est grande, mais il y en a toujours un pour freiner l'ardeur de l'autre. Heureusement. Hors de question de courir le risque de découvrir qu'ils auraient mal vieilli, changé du tout au tout, ou qu'on ne s'entend plus.
Mes plus précieuses histoires d'amour sont celles que je n'ai pas vécues.
Sans regrets. Aucun.

samedi 29 octobre 2011

semiautomatisme.

Images cliquables, bien sûr, pour le plaisir de déchiffrer mes pattes de mouche.
Pour l'amour du lol qui contraste avec le reste de la note, dites-vous que 3 minutes après avoir fini d'écrire,
Arrêtez la drague de rue, les garçons.
Vraiment vraiment. 





Champs Elysées - 10h20. Un jeudi soir.

J'ai eu envie de marcher. J'ai eu envie d'écrire. Je n'avais pas grand-chose à dire, alors j'ai pensé à toutes ces choses qui étaient mon ici et mon maintenant. C'est drôle d'écrire ça, parce que ça fait partie de toutes ces choses dans j'ai une vision distordue. Dismorphique. Ici, c'est partout et nulle part à la fois, on le sait. Maintenant, c'est devenu un peu d'hier, qui a l'air d'être le mois dernier, et beaucoup de demain, qui est dans moins de deux heures. Tellement près que je panique dès que j'entends le mot "bientôt". Comme s'il y n'y avait aucune chance que j'ouvre mon emploi du temps, ou que j'arrive à me préparer à voir les gens. Comme si d'un coup je croisais une connaissance et qu'elle me voyais là, assise, pas maquillée, des restes mal dissous de mon vernis préféré dans le creux des ongles et coiffée à la va-vite.
Et pourtant, il m'a abordée. En me demandant si j'étais de Paris. J'attends toujours qu'on aborde en me demandant si j'aime écrire. J'ai un stylo-plume dans la main bon sang ! "Je ne vous dérange pas, au moins." Si, bien sûr, j'ai autre chose à foutre que de t'écouter, j'échange des DMs avec une copine. Et puis je pense et le fait que tu me déranges me dérange. Mais j'apprécie que tu me vouvoies, merci.
Oui, voilà, je pense. A Paris, qui est trop pleine de pavés pour y être vraiment heuresuse en talons, A mon banquier, aussi, qui me demanderait sans doute à quoi me sert une troisième paire de bottines noires alors que l'évidence est là : leur échancrure à la cheville attirera des lourdingues non-encore repoussés. Ou alors ils viendront parce que j'ai l'air drôle et compréhensive et qu'ils pensent que je ne les jugerai pas. Erreur. J'en ai assez fait pour ne pas juger les gens que j'aime, mais je n'ai aucune pitité pour ceux que je conchie. C'est humain. La confidence appelle la confidence. L'intrusion, pas vraiment. Je ne suis beaucoup confiée. Jamais du principal, mais suffisamment pour que les gens s'ouvrent, au moins un peu, et me laissent lire entre les lignes. Oui, parfois quelques informations sans importance s'exfiltrent mais elles ne sont qu'une soupape qui permet à la boîte de Pandore de ne pas se briser et déverser son contenu.
"Oh ! Une intellectuelle, c'est beau." Le genre de mecs à la voix ironisante qui me donne envie de ne plus jamais toucher personne.
Nous étions lundi, j'allais chercher du pain, et le SDF qui d'habitude m'appelle Princesse m'a dit qu'il n'avait "jamais vu autant de détresse dans les yeux d'une fille qui a tout pour elle". J'ai eu honte, mais j'allais mal. Je crois qu'il y a des névroses que je traîne (j'entretiens ?) depuis 7 ans environ, au point qu'elles sont devenues motrices de ma façon de socialiser. C'est pour ça que personne ne doit savoir. Parce que sans elles, je serais une personne diamétralement - c'est le mot - différente. J'ai aussi mille fois plus urgent à faire que de d'en débarrasser. Elles m'aident aussi à créer. D'ailleurs, j'ai déjà une réponse pour le jour où on m'abordera en me demandant si j'aime écrire. Je l'ai retournée mille fois dans ma tête et pourtant je sais que je la balbutierai avec peine quand son heure aura sonné.
J'y ai beaucoup réfléchi, tu sois, j'aimerais bien me laisser aller à m'éprendre, mais je ne suis pas certaine d'en avoir le temps. Il est probable que je sois de toute façon trop égoïste. Comme ce fameux lundi, où j'étais trop occupée à essayer de reprendre mon souffle, écrasée par mes névroses et ma détresse et mon besoin de garder mes larmes pour moi. Alors j'ai décidé de ne penser qu'à mon nombril, ces 4 soirs d'affilée où j'étais seule, dans mon lit, en pyjama de coton, mais coiffée et maquillée au cas où le voisin frapperait pour du sel. Ces quatre soirs ont suffi à compenser tous les autres où j'étais entourée et où je me sentais aimée et aimante (mais pas aimable) d'une façon ou d'une autre, mais toujours un peu acerbe.
Ces soirs-là sont plus simples, ils vident l'esprit. Ils permettent de ne plus penser à soi. Ils permettent de ne penser à rien.

Champs Elysées - 11h04. Un jeudi soir.