Il est entré avec moi dans la zone réservée aux passagers. Mon excédent de bagages atteignait deux kilos. Seulement personne ne fait payer deux malheureux kilos à une fille qui pleure…Je considère depuis environ dix-huit mois les terminaux des aéroports comme des non-lieux atroces, où toutes les larmes sont permises et où personne ne devrait sourire. Leurs sas d’attente sont malignement suspendus dans le temps : tu es déjà parti et mais ton avion pas encore.
C’est quand je l’ai bousculée en posant mon ordinateur dans la barquette blanche que cette femme m’a regardée. Tout va bien ? – Oui. – Vous êtes sûre ? – Oui, oui. Si j’avais eu la force d’articuler plus que des couinements, je lui aurais sans doute retourné la question, avec un air accusateur : Et vous ? Pas de larmes ? Pas d’amour ? Pas de cœur ? Mais le couinement est resté mon dernier moyen d’expression sur le sol parisien.
Dans l’avion, je voulais vous écrire, pour vous ennuyer avec ces questions qui me taraudent : Qui suis-je ? D’où viens-je ? On verra bien où je vais. Je me suis simplement demandé à quoi servaient les consignes de sécurité dans un moyen de transport réputé aussi sûr. C’est normal que les gens aient peur. Dans l’avion, j’ai dormi, puis le train d’atterrissage a touché la piste. Je n’ai pas eu le temps de ressentir mon habituelle terreur des atterrissages, sans doute liée au premier vol dont je me souviens, et à l’aéroport de Marseille, posé sur un étang.
A mon réveil, j’étais à Cracovie (KRK), prête à récupérer mon bagage. Je suis montée dans un minibus qui m’a emmenée à la gare, et dont le chauffeur, travailleur au black, a porté ma valise. J’y ai redécouvert une chanteuse oubliée de son pays. J’ai pris le train deux heures plus tôt que je ne le voulais. Un homme bedonnant traversait les wagons en vendant de la bière, mais sans saluer le contrôleur. J’ai pensé qu’il fallait que je vous raconte, pour que vous compreniez mieux.
Bienvenue.
This is Poland.
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