C'est un post de retour de soirée. J'étais à une soirée de gens que j'aimais bien, où je suis arrivée un peu tard après une première soirée de gens que j'aimais bien, j'ai sympathisé avec des gens que je ne connaissais pas, c'était chouette.
Et puis en fin de soirée, alors que le bar fermait et que je papillonnais de conversation en conversation, je suis arrivée dans un dialogue qui parlait de Russie. De Pierre 1er de Russie et de - "tu devrais savoir, toi qui es métisse...." - un Camerounais qui a fait je-ne-sais-quoi en Russie.
Autant vous dire que très vite, je suis partie de la conversation. Aussi intéressante que puisse être l'histoire de la Russie, l'approche "tu devrais savoir, toi qui es métisse..." fait partie des choses qui me mettent terriblement en rogne. Quand elle est prononcée par un noir, comme c'était le cas ici, elle sous-entend que je devrais connaître tous les Africains (bonus pour ceux qui ont les Antillais en tête. ou vice versa) qui ont marqué l'histoire, avoir trois anthologies comparées des poètes de la Négritude, et activement explorer mes origines africaines en écoutant Oxmo Puccino. Quand elle est prononcée par un blanc, elle signifie que j'ai dans une poche le menu du KFC, dans l'autre une carte de fidélité chez un salon de manicure kitsch et surtout, que j'ai le déhanché dans la peau.
Grosse déception pour tout le monde quand on apprend que je pourrais manger de la cuisine fusion dans un restau africain en pensant que ce sont des plats traditionnels, que non, ça ne me manque pas de n'avoir jamais mis un pied en Afrique, que je me lave les cheveux avec du shampoing prévu et marketé pour des cheveux de blanche (mais hyper hydradant avec parfois du karité dedans, certes), et que les mecs de Château d'eau (quartier des ongleries, coiffeurs et magasins de beauté africains à Paris) qui m'appellent "cousine", je leur ferais bien bouffer leurs produits de défrisage à la soude.
Cela dit, grâce au métissage, je sais que mes cheveux peuvent passer une semaine sans être lavés, j'ai peur des piqûres parce que ma peau est plus épaisse qu'une peau blanche (ça fait donc plus mal. mais je n'ai pas de point de comparaison. ha.), et que j'ai plus de chances d'être porteuse du gène de la drépanocytose que ma voisine italienne.
Cependant, je ne suis pas persuadée que ma couleur de peau ne m'offre des avantages innés (même si sérieux ça serait cool de savoir danser) ou des responsabilités envers tous les noirs du monde. Je ne me suis jamais intéressée outre-mesure à l'histoire récente du pays de naissance de mon père (alors que l'histoire de ma famille y est liée), mais alors imaginez ma tête quand on m'a dit que je devrais avoir entendu parler d'un Camerounais en Russie au dix-huitième siècle. Imaginez si un blanc disait à un autre blanc : "toi qui es blanc, tu connais sûrement cette histoire de..." Jamais. Parce que rares sont les blancs qui estiment qu'ils constituent une minorité qui doit revendiquer une histoire commune d'un bout à l'autre du continent.
J'ai tenté. Ca ne me parle pas plus que ça.
Et ça manque autant de diversité qu'un autre féminin.
Je ne me suis jamais senti particulièrement proche de ma "part africaine" (it's personal and complicated), je ne l'ai jamais explorée, ou en tout cas beaucoup moins que tout le reste, mais s'il y a bien une chose que je sais en tant métisse, c'est j'ai la chance de pouvoir choisir une culture, une autre, une troisième, ou d'appréhender les trois. Comme tout le monde, en fait, sauf que ces choix multiples m'ont été présentés sur un plateau d'argent, c'est sans doute le lot des enfants d'immigrés. J'ai la chance de pouvoir choisir. Personne ne m'a jamais mis de pression, personne ne m'a jamais dit que je devrais savoir que. Conclusion : je n'en sais pas plus que ce qu'on apprend à l'école, ce dont on célèbre les anniversaires, et ce qui fait la une des journaux.
Et en dehors des moments où on me contrarie en faisant des généralités et en créant des contraintes, je le vis très bien.
***
Pour celles et ceux que ça intéresse, j'ai googlé le Camerounais de Pierre Ier de Russie, histoire de mourir moins bête... Abraham Hannibal était en fait éthiopien/érythréen, est l'arrière-grand-père maternel de Pouchkine et a fait jeter sa femme au cachot pour infidélité.
Ah, ces grands hommes.

Pour ma part j'ai le droit à l'équivalent :
RépondreSupprimer"Tu devrais savoir, toi qui est grec... " Dès qu'on parle de mythologie hellénique.
Sinon dans le même ordre d'idée un jour on m'a dit : "Quoi tu n'aimes pas l'aubergine ? Donc t'aimes pas la moussaka alors ? Un grec (Les gens oublie vite que ma mère est originaire du Ch'nord et que donc je suis pas QUE Grec) qui n'aime pas les aubergine c'est du jamais vu (comme si ils connaissaient tout les grecs de la terre)".
En général je rajoute que je n'aime pas non plus les olives et l'Ouzo, mais que par contre j'adore les sushis, le kouign-aman et les hamburgers !
Je dois être métisse Nipo-Américano-breton sans le savoir.
Tout ça pour dire que je comprend parfaitement ce que tu exprimes ici.
C'est à la fois rassurant et désespérant de penser que je ne suis pas la seule à le vivre ! Ton témoignage (et d'autres que j'ai pu lire sur twitter) montre qu'il y a encore du boulot !
SupprimerCela dit, tu ne dis pas si tu aimes le Maroilles et la tarte au sucre, je suis déception. Mais tu m'as donné envie de faire de la moussaka. Voilà. :)
Pour le coup j'adore le Maroilles (et la tarte au Maroilles par extension) et je surkiffe la tarte au sucre.
SupprimerD'ailleurs j'avais eu l'idée un jour de me lancer dans une sandwicherie Greco-Chti' (pas turco, ya pas de kebab en Grèce ) : Tyropita au maroilles, Gyros endives patate oignons, Café grec au chicon, etc etc.
Je serai ta première cliente !!!
SupprimerNous avons déjà eu cette conversation IRL et... les gens ne comprennent pas qu'on ne se définisse pas d'abord par notre ethnie mais plutôt en tant qu'individu. Les gens ne comprennent pas qu'on puisse avoir l'air exotique (et sentir la mangue et la noix de coco parfois, par goût du jeu) ou être en mode nappy hair, sans pour autant être "noire" de bout en bout, sans forcément avoir la culture qui va avec. Et ça veut dire, que malgré tout, moi, comme d'autres, les gens me voient comme noire, ou comme métisse (la différence n'est pas évidente pour tous dans la campagne profonde) avant tout autre chose, et ils adaptent leur comportement à ce qu'ils pensent que je suis. Je suis blanche à l'intérieur, je l'ai toujours été, et je commence seulement à accepter ma "dualité" et à m'accepter physiquement comme fruit d'un métissage, parce qu'avant quand je me levais le matin, être noire me sautait au visage.
RépondreSupprimerOui, j'ai d'ailleurs pensé à notre conversation en écrivant !
SupprimerJe suis évidemment tout à fait d'accord avec ton commentaire, tenant néanmoins à préciser que tu soulèves un point intéressant : mes produits de beauté préférés, pourtant achetés en Pologne, sentent le chocolat et la vanille. Coïncidence ? Je ne crois pas.
Pour ce qui est des cheveux, j'avais été très choquée face aux réactions à la photo d'Audrey Pulvar avec les cheveux non-lissés : comme si d'un coup les gens découvraient qu'elle était née en Martinique.
Je ne sais pas si c'est une recherche "inconsciente" de lien olfactif, en tous cas c'est assez troublant oui ^^.
RépondreSupprimerPour les cheveux, je n'ai pas de solution, étant moi-même en bataille capillaire/recherche ethnique et changement permanent.
On a su me faire aimer mes cheveux, mon teint, et les formes que je dois à mes origines et à la génétique... mais tout ça est parti, alors je cherche, à nouveau.
Je crois que nous sommes beaucoup à avoir ce "souci", les articles sur la mode nappy et les commentaires associés sont très instructifs d'ailleurs. On vit dans un monde où même ta coupe de cheveux est un positionnement.
Oui. Du coup, je pense que je vais bientôt aller chez Ethnicia en désespoir de cause (parce que mes cheveux sont trop bouclés pour un coiffeur "pour blanches" et pas assez crépus pour un coiffeur "pour noires"), et leur dire de faire ce qu'ils veulent, mais sans trop couper et sans lisser. Voilà voilà.
SupprimerEt encore tu as une double culture mais moi je suis métisse mono-culture. Ce n'est pas un rejet : mes deux parents ont été éduqués en métropole donc, le créole personne ne connait. Nous parlons anglais, allemand. Je connais mieux l'europe occidentale ou orientales que les Antilles ou l'Afrique ce qui est normal : la culture est l'environnement de vie pas d'origine génétique sauf pour les métis selon les non-instruits! Ils auraient systématiquement un bagage culturel génétique, transmis d'office. Du coup leur feire comprendre que la couleur de peau ne peut etre un indicateur de culture. Bref, il n'est pas admis -des deux côtés d ailleurs - que l'on puisse etre métis et amateur de hard metal, ou culture punk, japonaise etc...
RépondreSupprimerEntendu dans le métro parisien d'un ado ecoutant des camerounais parlant allemand, dire à son camarade "Mais comment des renoi parlent allemand ? "
J'ai en effet une double culture, mais je ne sais pas ce qui est plus simple à justifier : la monoculture "franco-française" ou la double culture fortement polonaise qui est toujours commentée d'un "ah c'est fou, je les voyais plutôt blondes, les Polonaises"... :)
Supprimercomme je vous comprends je suis metisse et on me reproche souvent de ne pas aimer le zouk ou de ne pas savoir me coiffer etc.. mais aujourd'hui je m'en fous j'ecoute du punk et j'ai les chvx grainés lol bonne continuation
RépondreSupprimerC'est exactement ce qu'il faut faire, trouver sa propre voie !
SupprimerPerso ma meilleure MEILLEURE anecdote cliché restera toujours : "mais vous êtes NOIR. Vous avez CHAUD ? Vous pouvez transpirer ?".
RépondreSupprimerJ'en ris encore. (Noir = Afrique = "pays" chaud = pas chaud).
"Mais je ne comprends pas, ça n'est pas plus rapide pour vous de courir pour aller au bureau plutôt que de prendre le tram ?!"
Supprimerhttp://www.youtube.com/watch?v=j2odOu0Oguo
RépondreSupprimerMouahaha ! La boucle des clichés, j'adore !
SupprimerCa n'a pas grand-chose à voir avec l'article, et tout le monde s'en fout, mais c'est un peu dommage et injuste de résumer la vie d'Hanibal par l'emprisonnement de sa femme, qui a surtout été une peine pour sa tentative d'assassinat sur lui, plus que pour son infidélité...
RépondreSupprimerC'est dommage et injuste, tout comme de résumer sa vie à une grande révolution sociale sans le moindre accroc tel que cela m'a été présenté.
Supprimer"Quand elle est prononcée par un blanc, elle signifie que j'ai dans une poche le menu du KFC, dans l'autre une carte de fidélité chez un salon de manicure kitsch et surtout, que j'ai le déhanché dans la peau."
RépondreSupprimerJe ne saisi pas pourquoi si c'est une personne "blanche" cela se traduit ainsi. Les "blancs" sont-ils necessairement de nature "raciste" ?
Nicolas.
Je ne dis pas que les blancs sont nécessairement racistes, n'ai-je pas écrit juste après que les noirs qui prononcent cette phrase y associent également un lot d'idées ? Il ne s'agit pas vraiment de racisme, ni d'un côté, ni d'un autre, mais de quelque chose de plus édulcoré : les préjugés.
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