mercredi 1 février 2012

le SIDA et les inconnues polonaises sur facebook

Parlons un peu de cette vidéo qui traîne en ce moment sur les réseaux sociaux, et qui suscite une mirifique quantité de réactions passionnées et passionnantes que l'on peut résumer à "Pourquoi il ne faut pas accepter d'inconnues sur facebook" :



*éclaircissement de gorge*
Point interculturalité.

La Pologne est un pays sublime, plein de forêts, de lacs, de farfadets et d’immeubles communistes. On y trouve aussi plein de jeunes, des églises sectaires et quelques anticléricaux. Puis des capotes par boîtes de 3, des flics qui traquent les forums sur comment acheter du RU484 aux Pays-Bas, des faiseuses d’anges et des gynécos progressistes dont on se refile l’adresse sous le manteau. Et quelque part, dans un petit coin de l’éducation sexuelle, le SIDA et d’autres IST plus ou moins mortelles.
Alors oui, le (jeune) Polonais utilise des préservatifs. Mais pas pour toutes les bonnes raisons. Le nombre de personnes qui se découvrent contaminées par le SIDA est en augmentation quasi-constante depuis 20 ans. La part des relations hétéros à risque parmi les « nouvelles contaminations » tourne autour de 21 % (contre 14 % pour les relations homos et 47 % pour l’injection de drogue… et 16 % de contaminations dont la cause reste indéterminée). Toujours est-il que le SIDA reste un truc de gays et de drogués. Une bonne partie des jeunes Polonais que je connais ne sort pas spontanément de préservatif et ne se fait pas tester régulièrement, pas après une prise de risque, souvent pas du tout. La capote reste un moyen de prévention de la grossesse, pas des maladies, alors elle est interchangeable avec les autres moyens de contraception. Pire, en cherchant les chiffres pré-cités, je suis tombée sur l’interview d’un expert sur la question du préservatif (oui je perds toutes mes références) qui – en plus de n’aborder les IST que très succinctement - disait que les filles avaient souvent honte d’imposer le préservatif, donc laissaient tomber. L’amour et la fidélité et l’Eglise protègent du SIDA. Ou plutôt : oui, le SIDA existe, mais la menace n’est pas réelle, ça peut tomber sur n’importe qui, donc ça arrive forcément aux autres, tout est une question de confiance en la personne qu’on a en face de soi, après tout. Le SIDA n’est pas assez abordé dans l’éducation sexuelle en Pologne, alors que les mœurs se libèrent peu à peu, donc cette campagne de la Croix Rouge polonaise est un petit pas en avant, même si ça serait chouette qu’un jour on parle de l’éventualité du SIDA dans le couple.
Alors oui, si vous voulez, vous pouvez faire le raccourci qui consiste à dire qu’accepter les bonbons des inconnues file le SIDA, mais dites-vous qu’il y a des pays où le SIDA reste un  sujet peu tabou et que vous avez de la chance qu’on vous répète sans arrêt que le latex peut sauver des vies. Et profitez-en pour réfléchir à la baisse de l’utilisation de la capote en France (et dans vos destinations de tourisme sexuel), au lieu de vous dire que tout ça ne vous concerne pas.

(chiffres de 2010 du Ministère de la Santé polonais)

4 commentaires:

  1. Je n'ai pas vu d'invitation à utiliser un préservatif dans le clip.

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    1. C'est vrai, mais c'est déjà énorme qu'on parle de la possibilité d'attraper le SIDA dans une relation hétéro...

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  2. Ravi de participer au processus de création. Je comprends mieux ta réflexion complète.

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    1. Plus simple à expliquer en un billet qu'en trois twitts !

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