J’adore la presse magazine. Dans ma chambre d’ados (où je garde précieusement les mags qui ont un peu de valeur à mes yeux), il y a une pile d’environ 1,50 m de Elle, des numéros de Wired US, Wired UK, Beaux-Arts, Connaissance des Arts, Lire, Causette, de vieux Journaux de Mickey, des National Geographic, TIME, des numéros de Books, Citizen K, Philosophie magazine, dazed&confused, WAD, le souvenir des hors-séries spécial sexe des Inrocks et de quelques numéros de VICE que je soupçonne ma mère d’avoir jeté à la faveur d’un déménagement, et puis des mags étrangers tout plein. Pour résumer, la fin de la forêt amazonienne, c’est moi.
La plupart de ces titres, je les ai connus dans des halls de gares et des aéroports, ces endroits où on tue le temps en cherchant de quoi tuer le temps.
Sauf Elle. Elle a été l’un des rares magazines auxquels j’ai été abonnée (avec TIME mag). J’ai souscrit quand j’étais grande ado, parce que ça faisait adulte. J’ai adoré faire ses mots-croisés, découvrir la complexité du rapport mère-fille au Japon et les sondages sexo clairement pipés par le fait que la sodomie soit encore un tabou, lire Sophie de Fontanel pendant les cours, rêver sur du Prada et tester les fiches recettes. Ca me parle, j’assume malgré le regard des quelques personnes de mon entourage persuadées que ce genre de mags est nocif et creux. Tout est une question de distance. A force d’entendre les critiques adressées aux « féminins traditionnels », j’ai trouvée révolutionnaires les initiatives qui en prenaient le contre-pied : j’ai l’intégrale de Causette et j’ai traîné à leurs apéros, j’ai sauté de joie à la sortie de Fashizblack (que je n’ai jamais acheté, puisque j’ai gagné un abonnement sans jamais recevoir mon dû, donc par principe…). Un jour, j’ai arrêté de prendre le métro, qui était finalement l’occasion de lire cette presse-là, et sans m’en rendre compte, j’ai arrêté d’acheter des féminins, tout en continuant à les suivre sur les réseaux sociaux (et à cliquer de temps en temps sur des webzines néo-féminins). Au fil des publications, d’une qualité certaine, j’ai commencé à retenir des impressions plutôt que du contenu, parce que c’est internet, parce que ça va vite, parce qu’on est submergé et qu’une info pousse l’autre. Ca m’a fait un drôle d’effet. Là où Elle me disait d’être drôle et jolie, de m’ouvrir un peu sur le monde, d’avoir assez de vocabulaire pour faire les mots croisés de Jacques Rouvière (qui sont un peu durs, ne nous méprenons pas) et de faire attention parce que j'étais bien volupteuse dans mon 38, Causette me disait de ne pas attacher d’importance à mon apparence, de réfléchir avant de me laisser avoir par la pub, tout en m’intéressant à la science et à la littérature féministe pour. Là où Elle ne me présentait que des mannequins blancs, Fashizblack ne montrait que le visage noir de la mode.
J’ai commencer à traquer tous ces petits gestes que je trouvais naturels ou presque. Un œillade à un beau garçon, une jupe pour un rendez-vous galant, un sourire pour faire tomber une prune (arrêtons de nous mentir, nous sommes des animaux, et tu peux avoir 3 doctorats, si un mec te saute pour ça et non pour ton physique, c’est aussi un pervers). J’ai commencé à traquer les signes du sexisme et du racisme ordinaire, et je suis devenue une fille libre, forte, indépendante qui en plus d’aimer Aretha Franklin, trouvait que c'était une merveilleuse légende de la musique noire. Je sortais avec des mecs plus féministes que moi et c’était facile, jusqu’au jour où j’ai eu assez d’indépendance pour dire que le couple était un poids. Je sortais avec des mecs qui croyait plus à la discrimination positive que moi, et c'est facile de me dire que ça n'était pas du tout étrange de voir des mags avec uniquement des mannequins noirs, parce que c'était de la diversité, et non du communautarisme (au sens non péjoratif du terme).
C’était anxiogène et réducteur tout pareil. Juste pas sur les mêmes plans. C'était même pire, parce qu'en plus de me dire ce que je devais faire et ce que je devais être, cette nouvelle vague de la presse féminine m'indiquait la presse traditionnelle comme l'écueil à éviter. J'entends déjà des voix s'élever et m'expliquer que oui, bien sûr, c'est anxiogène d'utiliser son cerveau, de sortir de sa zone de confort, de se contraindre à réfléchir. Peut-être. Mais ça l'est tout autant de ne pas s'autoriser à être légère, frivole, superficielle.
Bien sûr, tout cela n'est que marketing et publicité, mais laissez-moi passer des heures à choisir mon vernis, avoir plein de potes de toutes les couleurs ou presque, mais lire aussi de gros livres intelligents quand j'en ai envie (si si, je vous jure que ça arrive). Laissez-mou être aussi féminine du cerveau que du capiton.
Dénoncez ce que vous voulez, mais évitez de l'interdire.

J'ai parfois été surprise par le ton un peu dogmatique, ou disons tranché, de Causette. Mais bon, tant qu'à me faire laver le cerveau, je préfère ce magazine à d'autres ^^
RépondreSupprimerJe préfère ne pas me faire laver le cerveau du tout !
SupprimerMerci pour cet article, j'ai exactement le même ressenti en ce moment !
RépondreSupprimerMerci ;) Dire que je me sentais un peu seule face à l'engouement suscité par les nouveaux titres !
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