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mardi 20 novembre 2012

Les Paris Photo Awards (1 sur 3)

La semaine dernière, c'était... Paris Photo ! Le rendez-vous des galeristes du monde entier, l'occasion pour les collectionneurs de mettre 100.000 euros dans neuf photos des Becher, pour les moins riches d'essayer de négocier un zéro sur une photo montée sur panneau lumineux (true story. le principal argument de la wannabe acheteuse étant : mais c'est cher), et pour les amateurs de photo et bobos assimilés de mettre 28 euros dans une entrée unique à un évènement qu'il est humainement impossible de faire d'une traite sous peine de mourir de fatigue, de mal de dos et d'éclairage artificiel (l'horrible aveu : je n'ai vu que les deux tiers de Paris Photo).

Au début, je voulais revenir avec un top de mes photos préférées de Paris Photo. Le problème, c'est qu'on est vite noyé dans la qualité, et même si j'étais plus ou moins touchée par certaines photos, c'était difficile de réduire à un top (ou alors un top 100, mais ça aurait été fatistidieux). J'ai donc eu l'idée, en traînant dans le salon, de faire une remise des prix, un truc qui permettrait de vous parler des photos qui m'ont parlé. Parfois par leur démarche artistique, parfois tout parce qu'elle trouvait un autre echo en moi.

Aujourd'hui, 10 photos. 10 autres ici. Et puis une troisième série quand j'arriverai à relire les gribouillis posés sur les plans de la Nef.


Prix du "tout le monde peut de faire"
attribué à... une dame devant Near Tikehau de Guy Tillim
J'étais en train de regarder la photo d'à côté, du même photographe, en me disant que c'était exactement la photo que j'aurais voulu prendre derrière chez mon ex, en Chine, mais je n'avais pas le bon appareil et encore moins de connaissances en photo que maintenant (c'est dire), quand une dame a déclaré à son accompagnant : "Oui m'enfin, il suffit d'avoir un bon appareil photo, de savoir faire les bons réglages et de se trouver au bon endroit au bon moment pour prendre une photo pareille. Tout le monde aurait pu le faire, tu vois, moi ça me chiffonne."


Prix de la photo qui aurait pu être dans l'expo d'à côté (chez Hopper)
attribué à... Shadow 3, de Haï Bo
Oui, je dis ça à cause de l'ombre de la fenêtre. Enfin il y a aussi la mélancolie et le calme qui émane de cette photo, mais si tu connais Hopper, tu vois ce que je veux dire. Et si tu connais pas, je te conseille d'aller voir l'expo au Grand Palais, parce qu'une image vaut mille mots (Confucius parlait de photo et de peinture américaine, c'est sûr).


Prix de la photo que je voulais mais dont je n'ai pas demandé le prix parce que bon.
attribué à... Profile Portrait with Glasses and Hat, de Dora Maar
Tu savais que Dora Maar avait une vie artistique autre que "muse de Pablo" ? Moi pas, grosse porteuse d'oeillères que je suis.
Je suis tombée sur le prix de la photo en le cherchant pour cette note : vendue en mai dernier chez Bloomsbury pour 85000 euros (estimation : 7500-8700). Je vais économiser encore un peu (ou vendre un rein et un poumon, à voir).


Prix de la photo qui touche à l'esthétique de certaines photos de Cindy Sherman, mais qui est issue d'une série pour Vogue Italia
attribué à... Chromo Thriller, de Miles Aldridge
Ce chaud-froid chromatique. Cette brune désarticulée qui n'a même plus la force de s'alcooliser dans sa chambre d'hôtel. Il y a un truc. La série complète.


Prix du poldar
attribué à... la galerie Asymetria (Varsovie)
Tu vois, j'ai un truc bizarre. Un radar à Polonais. Un Poldar. Quand j'en croise à Paris, je les jauge et je sais. Là, je me dirigeais vers la sortie de Paris Photo en glissant négligemment mon regard sur les photos autour de moi, et j'avais à peine regardé quelques photos en noir et blanc quand j'ai pensé "Oh ! Des Polonais !" Et puis j'ai vu des collages qui m'ont rappelé ceux de Cieślewicz, mais qui étaient en fait du contemporain Tomasz Szerszeń. Et puis des photos du quartier de Nowa Huta. Une atmosphère. Et puis comme j'étais crevée, je me suis dit que j'aurai tout le temps de les voir quand je serai à Varsovie (en plus, Asymetria représenta aussi Wojciech Wieteska, que je coeur-love-coeur, même que j'ai repris une de ces silhouettes ).


Prix "c'est où à Paris ? ah non c'est vrai, c'est aux Steïtse."
attribué à... Woman smoking at counter, de Diane Arbus
On pourrait croire que j'ai fini par retenir que cette photo n'a pas été prise à Paris. Hé ben non. Mais on s'y croirait, vous ne trouvez pas ?


Prix de l'oeuvre dont le titre a visiblement échappé à pas mal de gens
attribué à... Tumblrarbeit 2, de Rudolf Bonvie
Je ne suis pas restée très longtemps devant les Tumblrarbeiten (qui sont assez représentatifs des internets dans leur multiplicité grâce à l'utilisation aussi bien d'oeuvres d'art que d'images someecards), mais j'ai entendu au moins 4 personnes commencer des phases par "alors tu vois tumblr c'est" pour les finir par "et ça peut donner ce genre d'assemblage visuel".


Prix du Poinçonneur des Lilas
 attribué à... Miguel Rothschild pour une bonne partie de son oeuvre
Miguel Rothschild prend des photos (souvent à connotation religieuse, ça rend suuuper bien dans des images de vitraux, quand la lumière remplace la lumière), y fait des trous de façon plus ou moins chaotique et ensuite expose les photos dans un cadre en verre juste assez épais pour que les confettis obtenus trouvent le spectateur entre le verre et la photo. C'est joli, non ?


Prix de la photo qui rend hommage à un artiste mais te fait penser à un autre
attribué à... Cubes for Albers and LeWitt, de Jessica Eaton
J'ai vu les oeuvres, j'ai eu l'impression d'avoir été transportée sur un détail de Varasely. Sans doute parce que je garde un très bon souvenir des travaux manuels autour de l'artiste. Mais oui, le format est bieeeen plus proche d'Albers ou de LeWitt. D'ailleurs, Jessica Eaton a bien dû kiffer à multiplier les techniques pour arriver à ce résultat.
C'est arrivé assez souvent, à Paris Photo, ce déclic "ah tiens on dirait du...", parce qu'il y avait plusieurs hommages photographiques, notamment la très réussie série We all love Ruscha de Mark Ruwedel, hommage aux photographies des infrastructures urbaines prises par le bon vieux Ed (oui, je donne des surnoms aux gens dont je suis fan, c'est comme ça).


Prix de la photo qui a créé un embouteillage alors qu'il y avait une photo de Bettina Rheims juste à côté
attribué à... Kate Moss, de Anton Corbjin
Je soupçonne l'embouteillage d'avoir en réalité été créé par une cloison qui rendait le passage soudainement plus étroit, surtout que la photo à côté, c'était un tirage super grand de la Théorie du Complot de Bettina Rheims (pas trouvée, pas linkée), et que c'est dur de se détacher de cette jeune fille qui a un pistolet dans la bouche. En plus, même si les deux photos étaient exposées par la même galerie, je ne suis plus certaines qu'elles étaient sur le même mur... Le vrai prix, ici, c'est le prix de la nana à avoir des photos prises par le plus grand nombre de photographes différents exposées à Paris Photo. Oui, évidemment, Kate Moss. Kate à poil, Kate entièrement couvert de dentelle, Kate jeune, Kate épilée ou pas, Kate de dos, on a eu un peu de tout.


Retrouver la suite et la fin des Paris Photos Awards.

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