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mardi 28 décembre 2010

mangez-nagez, bordel

Un jeudi soir classique. Nocturne dans une piscine du douzième. Nageurs et aquagymnastes cohabitent dans une paix relative, entre celles qui se plaignent de n'avoir que la moitié de la piscine à disposition et ceux qui jalousent secrètement les manipulateurs de frites. Une catégorie d'intrus, que l'on remarque toujours après avoir touché le mur plusieurs fois : les couples. Les couples très amoureux, plein de passion et d'énergie sexuelle inépuisable. Les couples qui confondent la piscine avec le jacuzzi qu'ils ne pourront jamais s'offrir. Les couples qui la jouent - pardon pour le coup de vieux - Loana et Jean-Edouard, ou presque.


Piscine : milieu aqueux dans lequel tous les fluides versés se mélangent volontairement (comme dans le cas du chlore) ou par les remous des nageurs et aquagymnastes, qui évoluent ainsi dans une mixture homogène à laquelle il s'agit d'éviter d'ajouter les fluides qui n'y ont pas leur place.
Je répète : éviter d'ajouter les fluides qui n'y ont pas leur place. Parmi ceux-là : le jus d'orange pressée, l'eau minérale, le mauvais pinard, les liquides à connotation sexuelle ou procréatrice et la sauce barbecue (entre autres).
A la piscine, la salive échangée entre les individus en couple l'est souvent d'une façon qui porte à croire que sous la surface, des liquides à connotation sexuelle ou procréatrice le sont également. Le monsieur ayant parfois des difficultés à viser de sa frite dans la dame (qu'est-ce qu'on écrirait pas pour permettre aux mineurs de lire ce blog, hein ?), sans doute parce que l'une comme l'un sont ceints de maillots ou slips de bain, il est inévitable que tout liquide sortant de la frite soit propulsé dans l'immensité de l'eau chlorée, pour y être mixturé homogènement par les remous des nageurs ou aquagymnistes, qui sont ainsi tous couverts sans le savoir de liquide C'est ainsi qu'au premier pda (public display of affection, voyons, sale geek des années 90 !) aquatique, je me précipite vers l'échelle avec la grâce d'un bélouga qui aurait une crampe dans l'aileron gauche, et je quitte des lieux, non sans m'être frottée frénétiquement de solution antiseptique.
Souvent, le jeudi soir, pour me rassurer sur ma propre normalité, je m'empresse de rejoindre des amis, histoire de dîner à l'oeil et de chercher quelqu'un qui sait si Endemol a fait changer l'eau de la piscine après ce soir-. A table, deux couples, de la quiche, du vin blanc, et une montagne de pâtisseries au chocolat. Tout le monde s'accorde à dire que la piscine, t'y nages ou tu la quittes. C'est là qu'entre deux gorgées de vin, le couple d'en face décide de partager des miettes de quiche. Des miettes de quiche qu'ils avaient déjà commencé à mâcher. Comme les mères-oiselles servant de la bouillie d'orge et de son à leur progéniture duveteuse. Je les ai regardés, interloquée, avant de leur suggérer, doucement, d'aller nager ailleurs.

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