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vendredi 11 décembre 2009

Du racisme ordinaire



Il y a quelques jours, j'ai déjeuné avec des copines. Trois copines qui se connaissent depuis le début des études, et qui s'entendent très bien. J'aime beaucoup ce genre de déjeuners, on peut y glisser un mot de temps en temps, tout en se tenant suffisamment en retrait pour se faire momentanément oublier des autres participant(e)s, qui ne se retiennent alors plus de confier leurs plus sombres et intimes pensées.
Etant toutes linguistes à ce déjeuner, la conversation a très vite concerné certains sujets de prédilections des étudiants en langues: quelle langue est difficile à apprendre, dans quel pays on a des amis, quelle langue est mélodieuse, dans quel pays on aimerait vivre...

Seulement sans que je ne comprenne comment (ni pourquoi), la discussion a étrangement dérivé vers:
quels peuples nous n'aimons pas.

Autant te dire que là, je me suis mise en mode d'observation complète et totale (avec interventions ponctuelles pour modérer le débat).

En vrac, il y a celles qui un jour ont discuté avec un mec vachement sympa, mais ont brutalement coupé les ponts avec lui parce qu'il était allemand (sans pour une fois avancer d'argument historique, ce que j'ai malgré tout trouvé classe). Il y a celles qui sont allées en vacances en Egypte et en Grèce, se sont fait arnaquer de 2€, ont acheté un bracelet de qualité médiocre, et ne font plus confiance aux Arabes et aux Grecs depuis. "Ah non, moi j'aime bien les Allemands, mais je supporte vraiment pas les Arabes", ai-je entendu. Les Italiens ne pensent qu'au sexe et sont toujours impolis, voire insultants. Les Turcs sont bizarres, cherche pas, un peu foireux, un peu imprévisibles, juste bizarres. Les Roumains sont pauvres, donc pas dignes d'intérêt. Et j'ai une copine qui s'est acheté une main de Fatma, et maintenant, elle a un symbole musulman (inexact) chez elle, tu te rends compte?

A la fin de la conversation, j'avais une drôle d'impression... Une drôle d'impression de quoi, je ne sais pas, mais je savais pourquoi. La Pologne ne s'est jamais considérée comme une terre d'immigration, mais plutôt comme une terre d'invasion, un coup les Russes, un coup les Allemands, un coup les Autrichiens, et un peu d'Ukrainiens pour pimenter le tout.
Alors oui, je savais qu'il y a une inimité envers les Russes qui se transmet assez bien de génération en génération (bien plus qu'envers les Allemands), les Soviets sont restés trop longtemps pour être aimés ; et jusqu'à la fin des années 90's, il y avait des écoles où le russe était obligatoire, faute d'enseignants d'autres langues. Je ne cautionne pas, je constate.

Toujours est-il que j'aimerais également comprendre ce désamour de l'étranger qui accueille le touriste à bras ouverts, dont le moindre représentant qui commet un faux pas devient représentatif, et alors que ses concitoyens sympathiques ne seront toujours que des exceptions...

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