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mardi 12 octobre 2010

ikea m’a mis k.o.

Quand au bout de huit ans de voyages et déménagements divers, tu as enfin les clefs d’un lieu dans lequel tu vas vivre plus de six mois, c’est un peu un instant papillons et bonheur intense. Tu adores même l’odeur de renfermé neuf de l’appart qui n'a pas connu l'air libre depuis une semaine. Et comme tu ne peux pas vivre avec juste une salle de bain, un clic-clac, un frigo et rien d’autre, tout ça à cause d’une trentaine de paires de chaussures et d’autant de sac à mains, tu passes tôt ou tard un dimanche dans le temps de l’immobilier qui correspond à ton pouvoir d’achat post-vacances : Ikea.


Comme je le disais, après huit ans passés à habiter pas-chez-moi-ou-alors-pas-plus-de-six-mois, le catalogue Ikea, c’était un peu le fantasme ultime de la stabilité immobilière. C’est donc avec l’enthousiasme d’une ado à qui Justin B. aurait marché sur le pied que je suis montée dans le carosse de l’Homme dimanche matin. Précisons ici que l’Homme aussi achetait de l’égouttoir Hammarskjöld et des patères Lindgren : une visite à Ikea, deux apparts, la clef de l’engueulade de couple.
L’Homme ayant décidé de meubler léger, nous ne prenons que des sacs jaunes, ceux qui ne doivent jamais sortir du magasin et qui finissent inévitablement par te scier l’épaule. Les deux premières heures, tout va bien, nous suivons consciencieusement les flèches du showroom, jusqu’à l’apparition du self. L’odeur de la nourriture sortant mon cerveau de son bain de bonheur aménagemental, je réalise : j’ai à peu près quinze kilos de savonettes BjornBorg et tringles Nobel dans un sac qui me scie l’épaule, j’en peux plus de choisir des meubles en fonction du revêtement à repeindre, j’ai des baskets trop grandes qui m’explosent les chevilles. La salvation ne peut venir que de la nourriture. L’Homme refuse de se ruer à la cantoche suédoise. Les plats seraient soit-disant à la hauteur des meubles. Comme je le disais, j’ai d’un coup mille raisons de me plaindre et ne supporte donc aucune contestation. J’exige  en tapant du pied de me rendre au self. Il cède, on se baffre, j’en retiens que le renne fumé a un arière-goût de saumon, on retourne à l’assaut des luminaires Palme et bols en grès Bergman. Une fois arrivés au hangar géant où tu collectes ton mobilier toi-même grâce aux coordonnées de bataille navale glanées dans le magasin, une vigueur nouvelle nous pousse à récupérer six meubles Låckberg en quatre minutes. Et là, c’est le drame. Les étagères Abba sont introuvables dans LA couleur qui égayera mon intérieur. Pire : personne ne peut me dire où et comment me les procurer.
C’est là qu’entre en application la loi de Pareto : 20% du boulot prend 80% du temps. Avez-vous déjà couru avec des baskets trop grandes dans un escalier suédois en cherchant despérant le rayon bibliothèques pour y commander deux étagères à retirer 30 minutes plus tard à un guichet où les gens juste avant vous ont réservé trois canapés Strindberg et quatre meubles TV Lagerlöf ? Moi, si.

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